Hey, Dolce Vita !

Dans cette Rome adorée et cette Italie fantasmée, on pourrait se promener à l’ombre des collines et des pins, en regardant les petits camions romains à trois roues pencher dangereusement dans les ruelles. On ne s’occuperait que de la lumière sur les peintures défaites, on ne se lèverait que pour arpenter une cour ombragée, pieds nus sur les pavés. On se baladerait dans ces robes légères et pâles, pour ressembler à nos idoles quotidiennes, avec leur grâce de madone et leur simplicité à peine travaillée.
Il n’y aurait à se préoccuper que de la nuit qui tombe, et du parfum de sa glace. Les ruines abriteraient les murmures du temps qui passe, en veillant jalousement sur les vivants qui déambulent. Et nos yeux deviendraient notre âme, s’émerveillant de toutes les strates de l’Art dans ces villes parfumées.

Mais tu veux la voir, l’Italie d’aujourd’hui, dans toute sa gloire ? Approche des vitrines. Contemple dans les rues de Rome ces boutiques de mauvais goût qui envahissent les quartiers les plus typiques, et s’affichent au côté du luxe sur les plus belles places de la ville. Regarde, droit dans les yeux, ce qu’est la vie des italiennes : allume le petit écran, et regarde une journée entière ce que la télévision propose. Gave-toi comme une oie de chirurgie esthétique, de cuisses et de seins, d’humiliations publiques. Admire l’Italie de Berlusconi, la femme tant respectée, la mère, la soeur, la fille :

IL CORPO DELLE DONNE // LE CORPS DES FEMMES est le titre de notre documentaire de 25’ sur l’usage du corps de la femme à la télévision. Nous sommes partis d’un état d’urgence. La constatation que les femmes, les femmes vraies, sont en train de disparaître de la télévision et qu’elles ont été remplacées par une représentation grotesque, vulgaire et humiliante. La perte nous a semblé énorme : l’élimination de l’identité des femmes était en train de se produire sous les yeux de tous mais sans qu’il y ait une réaction appropriée, même de la part des femmes. A partir de cette constatation, l’idée a fait son chemin de sélectionner des images de la télévision qui auraient en commun l’utilisation manipulatoire du corps des femmes pour raconter ce qui est en train de se produire, non seulement à qui ne regarde jamais la télévision, mais aussi et surtout à qui la regarde mais « ne la voit pas ». L’objectif est de nous interroger et d’interroger sur les raisons de cette disparition, un véritable « pogrom » duquel nous sommes tous les spectateurs silencieux. Le travail a donc donné une importance particulière à l’élimination des visages adultes de la télévision, au recours à la chirurgie esthétique pour éliminer le moindre signe du passage du temps et aux conséquences sociales de cette élimination.

Il y a des années, des italiennes j’admirais l’audace de leurs tenues courtes, la vivacité de leurs traits, leur mauvais caractère et cette habitude de parler haut, de parler fort. Comme une image d’Epinal, peut-être, mais pas complètement à tort. Désormais elle est laide. Vulgaire. Et désespérément opportuniste.

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Parisiano-parisien

(Photo trouvée ici)

Paris a beaucoup d’avantages : Musées, salons, expositions, on trouve le meilleur dans les rues de la capitale si l’on farfouille un peu. Une profusion de bonnes adresses, de la meilleure gastronomie française contemporaine aux trésor d’une papeterie magique, en passant parce que vous voulez.
Mais la province n’est pas dénuée d’attrait, de très bonnes adresses et de gens de passion qui savent s’épanouir en dehors de la sacro-sainte centralisation franchouillarde.

Alors j’ai une question. Pourquoi, dès que l’on souhaite « moderniser » une émission ou un magazine, l’équipe se sent-elle obligée de partir dans les sinueux sentiers de la hype parisienne ?

Un exemple : L’émission Question Maison, qui nous a pondu depuis quelques temps une version relookée de son magazine d’architecture et de décoration au sein d’un nouveau rendez-vous baptisé La maison France 5.

Je suis plutôt cliente de ce genre d’émissions, et pas forcément très exigeante puisque je n’ai que mon goût en guise de référence. Nouvelles architectures, rénovation de l’ancien, décoration d’intérieur, adaptation des structures aux paysages, projets un peu loufoques, nouvelles normes de construction ou matériaux innovants, tout se mélange pour en faire un magazine varié qui sait généralement éviter les redondances.

Du moins jusqu’à présent, puisque la nouvelle mouture de cette émission me laisse un arrière-goût de trottoir sous la pluie qui me déplait.

On y bouge beaucoup moins, on fait les salons parisiens. On adore décrypter les nouvelles tendances, généralement du plastique coloré et du béton ciré, façon hype 2005 mais malheureusement toujours d’actualité. On ne rencontre plus de propriétaires passionnés et encore en plein travaux, mais on visite des appartements parisiens redécorés façon banquise qu’un architecte chemise-à-carreaux-grosses-lunettes nous fait découvrir avec tous les poncifs du genre.

On fait du bobo parisien sans goût, sans saveur. C’est blanc et vieux rose, c’est gustavien et morne. Soudain, un magazine varié devient une redite de tout ce qui a déjà été fait, sans aucune identité propre.

Le plus flagrant ? La rubrique SOS maison, avec comme super-architecte Philippe Demougeot, a été remplacé par un duo de grandes gigues aussi dynamiques que des moules ; Gaëlle Cuisy et Karine Martin. Leur dada ? Relooker des deux-pièces parisiens blancs avec des modules Ikea roses. Ou mauves.

Non seulement elles me font physiquement très peur (Leur mollesse, leurs yeux sans vie, leur manque total de conviction à l’écran me font trembler comme devant un mauvais film de zombies… certains vont même plus loin), mais en plus, qu’est-ce qu’elles sont chiantes. Qu’est-ce qu’on s’emmerde ©… Et qu’est-ce qu’on s’en fout de mettre un placard pour cacher l’entrée dans n style glam-rock (foutredieu), histoire que le livreur de sushis ne voit pas tout l’appartement quand il vient apporter les sacs ? (Bravo à cette charmante demoiselle d’ailleurs, on déposera une petite gerbe devant sa porte en guise de remerciement pour cette petite phrase si puante.)

Raymonde a un cocard. / Hôtel du nord (via)

Bon dieu mais allez vous renseigner sur les chantiers, continuez à faire le tour de France des vieilles bicoques rénovées avec passion, sans blanc cassé et sans table basse design, faites-nous rêver devant de vraies innovations pour l’architecture de demain, lâchez un peu Paris, faites preuve d’un peu d’équilibre… La France ne se limite pas à 105 km² et aux quelques bobos expatriés dans les grandes villes de province.

En attendant, je vais aller zapper ailleurs et grommeler seule dans mon coin en attendant des jours meilleurs, avec pas mal d’amertume en bouche quand je vois les nouveaux formats d’une chaine que jusqu’à présent, j’aimais bien.

Mais c’est vrai qu’avec des émissions comme C dans l’air, le croisement ultime entre les pauses « Je fais ma pub » dans une émission d’Arthur et le  pire du télé-achat, on ne va pas pouvoir sauver grand monde chez France 5.
Heureusement qu’il reste Petitrenaud.

Bonus :

› Rendez-nous Philippe Demougeot chez La Luciole

Pétrolettes et filles à couettes

Au kiosque, je n’ai finalement pas pu résister à l’envie d’acheter Les Pétroleuses, ce fameux magazine dont on nous a fait la publicité partout sur les blogs, avant de le voir dépouillé par des détracteurs plutôt en forme. J’avais envie de me faire mon propre avis.

Me voilà débarquée devant une couverture ressemblant furieusement à un magazine d’ado, où l’on prône déjà les contradictions : Ma semaine sans cuisine en face de Les recettes de Michel et Augustin. D’accord.

Le sommaire est exactement identique au reste des magazines féminins. On est pas perdu, au moins – Et puis le changement c’est surfait.
Je commence à éplucher et me rend compte que les sujets d’actualité se résument à de la culture qui s’achète (ciné, livres, concerts…), du blog, du cul et du people. Ah, et de l’insolite.
Un long frémissement me parcourt l’échine, mais je suis forte, je pense à la crêpe, et je continue.
Une rubrique fourre-tout Ma vraie vie avec des interviews et des sujets boulot, bien.
Un dossier sur la réalité augmentée (gné ?).
Une rubrique mode, avec de la blogueuse.
Une grosse rubrique beauté, avec de l’herpès. (bah au moins les sujets restent cohérents.)
Une bonne dose de shopping.
Et oh, une rubrique découverte ! Avec des voyages ! … Et de la cuisine.
Et évidemment, du courrier, des annonces, et de l’horoscope.

Je me force à lutter contre un fort a-priori. Même si ça ne se voit pas.

Je commence donc à tourner les pages et je tombe sur Sarah Palin n’a pas les seins refaits, des brèves sur l’adultère, la malbouffe et la pseudo-graisse artistique de Silvio Berlusconi. A côté, les 15 lignes consacrées au loft israélo-palestinien font figure de caution intello mais pas trop, masstello quoi.

SCOOP

Là déjà je me demande si j’ai la nausée à cause du steak (dégueu) de ce midi, ou si ce sont les Pétroleuses qui m’ont mis un hamster dans mon moteur.

Rayon culture, du ciné cucul ou recommandé par Cannes (au moins on ne peut pas se tromper), de la musique sponsorisée par de bons labels bien dodus, et du Nothomb dans les bouquins (c’est comme Cannes, on ne peut pas trop se planter non plus). Remarquez, pour les bouquins le choix a l’air plutôt varié, sauf qu’on tourne beaucoup autour de « C’est l’histoire d’un type… » mais bon ça, hein, c’est bien français comme comportement.
On parle de Les hommes viennent de mars et les femmes de Vénus rubrique théâtre.
Là j’ai dit lol. A voix haute.

Je vais passer sur l’article relativement mauvais de la Meuf, hein, mais vu le niveau du blog C’est la gêne en ce moment ça ne m’étonne pas vraiment.

O RLY ?

C’est gras, ça manque totalement d’humour (enfin, d’humour qui me fasse sourire en tout cas), et c’est torché comme moi je fais le ménage. C’est dire.
Le premier « article » des Pétroleuses, c’est donc , comment trouver un mec et vérifier qu’il fait 20 bons cm.
J’overkiffe et je turbolol.
Passez-moi une aspirine, ensuite on passe à l’article sur les fantasmes concernant les collègues de travail.

Là j’ai envie de m’arrêter, et de me servir du magazine comme nouvelle marche de mon tabouret. (Les placards dans ma cuisine sont trop hauts.)

Mais je suis faible et je persiste : Je laisse Maïtena Biraben me chuchoter que sa devise c’est Carpe Diem, et qu’elle a très peur de la ménopause, et les Pétroleuses me dire qu’il faut reprendre la main au lit, donc être égoïste (cqfd) (soudain j’ai un immense sentiment de compassion envers les conjoints des lectrices de magazines féminins).
Je tombe sur une illustration de nonne (crucifix chapelet et mains jointes) maquillée comme une voiture volée dans ce fameux article Comment reprendre la main au lit, et je me souviens que les magazines féminins n’ont jamais été les apôtres du bon goût.

Non mais t’as pas compris c’est SUBVERSIF

Et puis les illustrations 100% vrai là dans les articles, placées partout comme les étiquettes de provenance sur la charolaise chez mon boucher, j’en peux plus…
La fille au pair parle de string…
Et moi je vais me faire une tisane à la camomille, et méditer sur la laideur du monde.
Le dossier sur la réalité augmentée commence avec un bon cliché vaseux… « Vous vous dites certainement : C’est quoi encore, ce truc de boutonneux à lunettes ? » – Finalement, ce sera la partie la moins mauvaise du magazine. Probablement parce qu’elle m’intéresse davantage en toute subjectivité, et qu’on sent bien que l’article a été travaillé – vu que c’est un peu la caution intello du numéro.

Intello mais copine avec un artiste coiffeur

On va s’arrêter là hein ? Je me suis forcée à lire le reste, mais je ne vais pas vous infliger les looks de parisiennes clonées portant des chaussures qui font rêver les kinés, les cucusseries à infliger aux bébés (oh une cagoule mouton KROMIGNON), le guide des fonds de teint peinture de salle de bain pour ressembler à quelque chose en novembre (ça sent le marronnier mensuel ça), le planning des courses, l’orchidée, le polaroid (putain, laissez-moi crever) (la vulgarité, synonyme de stress affectif intense).

Vas-y comment t’es trop moche prends un forfait chez Sephora

Un instant de répit avec le guide de voyage en Inde ? Ah oui, sauf qu’il commence par « Jour 1 : Bombay, shopping et bollywood« .
Putain putain putain.
Et qu’il finit par une vraie révélation culturelle : « Qu’est-ce que c’est bien le coiffeur en Inde, on y entre pour une nouvelle coupe, on en ressort avec une séance d’esthétique. Tout ça pour 150 roupies (2,50 €) ! »

(Preuve)

PUTAIN PUTAIN PUTAIN.

[Coupure xanax]

Ah oui bravo les Pétroleuses, ça c’est un magazine original et totalement nouveau qui DEPOTE.
Moi si j’avais des copines comme toi, ça fait longtemps que je les aurais envoyé au goulag.

Non mais d’accord : Sérieusement, à quoi peut-on s’attendre en achetant un « magazine féminin » ?

Trouver des sujets qui vont nous intéresser au quotidien ? Il vaut mieux fouiller du côté des magazines unisexe.
Pas dans une feuille de choux sponsorisée par un mode de vie consumériste puant livrant en pâture les pires clichés sexués.

Mais même ça, on le savait avant « Les Pétroleuses » – Le magazine qui définitivement, ne sert à rien.