Les mains lisses

Un café crème, pour elle, un déca pour lui. Ils sont assis l’un en face de l’autre, évidemment, étrangers au monde, indifférents aux autres, personnages à la Doisneau sur un bord de trottoir transformé en terrasse – en promontoire de leur bonheur. Ils nichent sur leur estrade, comme un couple de moineaux rieurs, la gravité en plus, le sourire étudié, les yeux perdus dans l’immensité de leurs rêves, là, juste derrière l’épaule de l’autre. Juste après, il y a le monde flou, les bords ternes d’une photographie vieillie, allégorie de leur amour éternel. Ils sont seuls à deux, à siroter leurs cafés améliorés, sur une table bancale – deux sous sur le bitume.

Le café enfin by *the-eyes-of-edera

C’est une jolie scène qu’immortalisent quelques touristes en goguette. Une jolie fille aux joues un peu rouges sous la bise de novembre, avec ses longues bottes camel qui lui font le pied léger ; un bel homme élégant, avec un foulard de soie jaune sur une longue veste anthracite.
Jolies couleurs d’automne qui finiront mâchées sous les clichés noir et blanc de maraudeurs photographes.

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Joyeuse nuit d Halloween !

Ne vous éloignez pas trop de la maison, ne vous perdez pas dans les bois sans lanterne.

Photos : Thibaut / Retouche : Lucie (présente sous le chapeau aussi.)

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Salut, on se connait ?

Hyena by *DaytonaBlue64Impala

Salut, j’ai 17 ans. Je fais partie d’un troupeau de boeufs dont j’ai pris la tête, puisque je suis le seul à avoir les cornes qui poussent. Pour l’instant. Je compte bien y rester : Mon statut de leader fait oublier mon acné crasse et mon léger bégaiement.

J’apprends la vie. Au lycée, ce n’est pas compliqué, pour s’imposer il faut faire peur. Je n’ai pas de carrure, mais j’ai une langue agile. Ma rhétorique est basique, d’accord, et mon argumentaire relativement pauvre. Mais le niveau de la cour de récré étant ce qu’il est, je n’ai pas de mal à m’imposer comme la vipère charismatique des terminales B. Je n’ai pas de style, mais j’ai la classe.

Bien sûr, il y a des rivaux en puissance. Mais comme je suis bien installé sur le banc d’en face, au milieu de ma petite armée, je n’ai pas grand mal à envoyer les lionnes chasser les mâles faméliques qui louchent sur mon territoire. Je ne me mouille jamais, c’est ma façon de rester au-dessus des autres. Il ne faut jamais commenter ses petites phrases.

J’ai lancé un journal indépendant, une feuille de choux très privée que l’on se passe sous le manteau pendant les cours de philo. J’excelle dans le lynchage facile des gros costauds et des jolies filles. Tout ce qui n’est pas à ma portée me dégoûte et m’ennuie, j’en ai fait une philosophie. Je suis le roi des moyens, le prince de la masse à qui personne ne donne jamais un dessert supplémentaire à la cantine. En régnant sans partage sur ceux dont personne ne veut, je me suis créé un empire de flatteurs et d’admirateurs.

J’ai de l’avenir, je vis dans un pays où les médiocres ont leurs chances et les lions solitaires, supposés dangeureux, sont systématiquement abattus.

L’année prochaine, je ne ferai pas médecine. J’irai tenter ma chance dans une école de commerce, où des dizaines de nouvelles recrues passeront leurs heures d’étude à me polir les canines et à me soigner les griffes. Je serai un petit coq en pâte sous le drapeau tricolore. J’espère que je n’aurais plus d’acné.