Pourquoi je n’aime pas les concerts

…et pourquoi je pourrais éventuellement changer d’avis.

Parce que le public m’est antipathique. Allez essayer d’écouter un concert de metal – et de profiter de la musique – en évitant les pogos. Pour moi la musique s’écoute assis, les yeux fermés (sauf en voiture), pas bourré en sautant partout.

Parce que le son est beaucoup trop fort. Être obligé de mettre des bouchons pour entendre quelque chose d’audible, c’est quand même la dernière des imbécilités. Oui, OK, les basses. Le sol vibre, c’est sympa, m’enfin…

Parce que, sauf rares exceptions (une seule en fait : Ghinzu, qui ont un sens de la mise en scène appréciable), la musique ne m’a pas convaincu. Le son ne rend pas hommage aux originaux sur CD, où l’on entend toutes les subtilités du jeu, les sons cachés, ceux auxquels on ne prête pas attention la première fois, et qu’on découvre deux mois après…

Parce que quand j’écoute une musique, j’y colle mes propres images. Elles décrivent des univers, des sentiments, des paysages, qui ne collent pas avec ce que je vois en concert : des gens sur une scène en train de jouer. C’est très mignon, mais je ne suis pas musicien, ça ne me touche pas.

Parce que l’ambiance d’un concert ne m’a jamais convaincu. Ah, si, un mix une fois, Above & Beyond avaient fait un détour à Paris. Mais je ne sais pas si on peut appeler ça un concert. On me rétorquera que je n’ai pas été aux bons concerts. Admettons.

Et malgré tout ça…

…cette version de Wreath, d’Opeth, enregistrée lors de la tournée des 20 ans du groupe au Royal Albert Hall (petite salle pas très connue), et très supérieure à la version album. Surtout à 1’50.

Mais avec ma mauvaise foi, je vais rétorquer que c’est la captation live qui fait ça, et que le rendu sur place devait être aussi brouillon et bruyant que n’importe quel autre concert.

N’empêche, ça avoine.

Matérialisme et désincarnation

Il est de bon ton, dans certains milieux, de défendre la dématérialisation de la création artistique, principalement musicale et littéraire. Je préfère généralement la fustiger, par préférence personnelle pour le support physique, sans trop savoir ce qui me gêne au juste. On veut nous faire accepter que l’avenir de la création est dans le numérique, que le support est déjà mort.

Oui après tout, avoir plus de trois romans sur soi en permanence (à condition de tous les lire), c’est très bien. Emmener avec soi sa discographie complète a de quoi séduire – surtout lorsqu’il s’agit, dans mon cas, de pouvoir brancher le lecteur n’importe où pour faire découvrir, commenter, écouter à plusieurs.

Malgré tous ces arguments, la gêne subsiste. Une habitude sans doute. J’ai toujours choisi les vêtements dont les poches étaient suffisamment grandes pour pouvoir contenir un CD (voire deux.) Je me plaisais à regarder encore et encore le visuel, à le sentir juste présent, à le posséder comme une amulette. Or je le sais bien, il semblerait ; le salut de l’humanité réside en ce que nous sommes, et non ce que nous possédons.

Il y a un truc qui cloche dans ce système que tout le monde semble accepter, cette… « solution ». En séparant l’œuvre de son support, nous ne faisons pas que la rendre plus accessible et plus transportable. Nous l’arrachons à son milieu naturel. Lire la suite

Le mouvement perpétuel à la portée de l’homme

Lancer un album pour la première fois, le boire du début à la toute dernière note, jusqu’à entendre le bruit du CD qui cesse de tourner.

Ne plus se souvenir des premières notes, et relancer fébrilement la piste 1.

Se raviser, créer de la frustration en attendant quelques minutes, puis seulement le rejouer une deuxième fois.

…y revenir, trois mois plus tard, et se rendre compte qu’au final, on ne le connaît toujours pas.

Et recommencer.