Pétrolettes et filles à couettes

Au kiosque, je n’ai finalement pas pu résister à l’envie d’acheter Les Pétroleuses, ce fameux magazine dont on nous a fait la publicité partout sur les blogs, avant de le voir dépouillé par des détracteurs plutôt en forme. J’avais envie de me faire mon propre avis.

Me voilà débarquée devant une couverture ressemblant furieusement à un magazine d’ado, où l’on prône déjà les contradictions : Ma semaine sans cuisine en face de Les recettes de Michel et Augustin. D’accord.

Le sommaire est exactement identique au reste des magazines féminins. On est pas perdu, au moins – Et puis le changement c’est surfait.
Je commence à éplucher et me rend compte que les sujets d’actualité se résument à de la culture qui s’achète (ciné, livres, concerts…), du blog, du cul et du people. Ah, et de l’insolite.
Un long frémissement me parcourt l’échine, mais je suis forte, je pense à la crêpe, et je continue.
Une rubrique fourre-tout Ma vraie vie avec des interviews et des sujets boulot, bien.
Un dossier sur la réalité augmentée (gné ?).
Une rubrique mode, avec de la blogueuse.
Une grosse rubrique beauté, avec de l’herpès. (bah au moins les sujets restent cohérents.)
Une bonne dose de shopping.
Et oh, une rubrique découverte ! Avec des voyages ! … Et de la cuisine.
Et évidemment, du courrier, des annonces, et de l’horoscope.

Je me force à lutter contre un fort a-priori. Même si ça ne se voit pas.

Je commence donc à tourner les pages et je tombe sur Sarah Palin n’a pas les seins refaits, des brèves sur l’adultère, la malbouffe et la pseudo-graisse artistique de Silvio Berlusconi. A côté, les 15 lignes consacrées au loft israélo-palestinien font figure de caution intello mais pas trop, masstello quoi.

SCOOP

Là déjà je me demande si j’ai la nausée à cause du steak (dégueu) de ce midi, ou si ce sont les Pétroleuses qui m’ont mis un hamster dans mon moteur.

Rayon culture, du ciné cucul ou recommandé par Cannes (au moins on ne peut pas se tromper), de la musique sponsorisée par de bons labels bien dodus, et du Nothomb dans les bouquins (c’est comme Cannes, on ne peut pas trop se planter non plus). Remarquez, pour les bouquins le choix a l’air plutôt varié, sauf qu’on tourne beaucoup autour de « C’est l’histoire d’un type… » mais bon ça, hein, c’est bien français comme comportement.
On parle de Les hommes viennent de mars et les femmes de Vénus rubrique théâtre.
Là j’ai dit lol. A voix haute.

Je vais passer sur l’article relativement mauvais de la Meuf, hein, mais vu le niveau du blog C’est la gêne en ce moment ça ne m’étonne pas vraiment.

O RLY ?

C’est gras, ça manque totalement d’humour (enfin, d’humour qui me fasse sourire en tout cas), et c’est torché comme moi je fais le ménage. C’est dire.
Le premier « article » des Pétroleuses, c’est donc , comment trouver un mec et vérifier qu’il fait 20 bons cm.
J’overkiffe et je turbolol.
Passez-moi une aspirine, ensuite on passe à l’article sur les fantasmes concernant les collègues de travail.

Là j’ai envie de m’arrêter, et de me servir du magazine comme nouvelle marche de mon tabouret. (Les placards dans ma cuisine sont trop hauts.)

Mais je suis faible et je persiste : Je laisse Maïtena Biraben me chuchoter que sa devise c’est Carpe Diem, et qu’elle a très peur de la ménopause, et les Pétroleuses me dire qu’il faut reprendre la main au lit, donc être égoïste (cqfd) (soudain j’ai un immense sentiment de compassion envers les conjoints des lectrices de magazines féminins).
Je tombe sur une illustration de nonne (crucifix chapelet et mains jointes) maquillée comme une voiture volée dans ce fameux article Comment reprendre la main au lit, et je me souviens que les magazines féminins n’ont jamais été les apôtres du bon goût.

Non mais t’as pas compris c’est SUBVERSIF

Et puis les illustrations 100% vrai là dans les articles, placées partout comme les étiquettes de provenance sur la charolaise chez mon boucher, j’en peux plus…
La fille au pair parle de string…
Et moi je vais me faire une tisane à la camomille, et méditer sur la laideur du monde.
Le dossier sur la réalité augmentée commence avec un bon cliché vaseux… « Vous vous dites certainement : C’est quoi encore, ce truc de boutonneux à lunettes ? » – Finalement, ce sera la partie la moins mauvaise du magazine. Probablement parce qu’elle m’intéresse davantage en toute subjectivité, et qu’on sent bien que l’article a été travaillé – vu que c’est un peu la caution intello du numéro.

Intello mais copine avec un artiste coiffeur

On va s’arrêter là hein ? Je me suis forcée à lire le reste, mais je ne vais pas vous infliger les looks de parisiennes clonées portant des chaussures qui font rêver les kinés, les cucusseries à infliger aux bébés (oh une cagoule mouton KROMIGNON), le guide des fonds de teint peinture de salle de bain pour ressembler à quelque chose en novembre (ça sent le marronnier mensuel ça), le planning des courses, l’orchidée, le polaroid (putain, laissez-moi crever) (la vulgarité, synonyme de stress affectif intense).

Vas-y comment t’es trop moche prends un forfait chez Sephora

Un instant de répit avec le guide de voyage en Inde ? Ah oui, sauf qu’il commence par « Jour 1 : Bombay, shopping et bollywood« .
Putain putain putain.
Et qu’il finit par une vraie révélation culturelle : « Qu’est-ce que c’est bien le coiffeur en Inde, on y entre pour une nouvelle coupe, on en ressort avec une séance d’esthétique. Tout ça pour 150 roupies (2,50 €) ! »

(Preuve)

PUTAIN PUTAIN PUTAIN.

[Coupure xanax]

Ah oui bravo les Pétroleuses, ça c’est un magazine original et totalement nouveau qui DEPOTE.
Moi si j’avais des copines comme toi, ça fait longtemps que je les aurais envoyé au goulag.

Non mais d’accord : Sérieusement, à quoi peut-on s’attendre en achetant un « magazine féminin » ?

Trouver des sujets qui vont nous intéresser au quotidien ? Il vaut mieux fouiller du côté des magazines unisexe.
Pas dans une feuille de choux sponsorisée par un mode de vie consumériste puant livrant en pâture les pires clichés sexués.

Mais même ça, on le savait avant « Les Pétroleuses » – Le magazine qui définitivement, ne sert à rien.

Mais.

Je ne connaissais pas cette pub, « Le Secret », pour Givenchy. Il parait qu’elle sévit depuis 2009, pourtant, mais il faut croire qu’on l’a ressorti dernièrement…

« Le secret », la dualité, le côté cucul et le côté chaudasse, c’est bon pour une minette de 15 ans qui regarde trop la télé-réalité non ?

Moi qui pensait que c’était un teaser fake pour Amour Gloire et Beauté.

Filet de dindes

Bon, la sortie du magazine Envy, ça m’avait déjà fait doucement rigoler. Des magazines féminins mettent la clé sous la porte, mais on prend les mêmes et on recommence, sans se demander pourquoi ça finit invariablement au fond d’une poubelle ; Mais ce n’est pas grave. Si l’introspection et l’analyse était le propre de la presse féminine, ça se saurait.

Girl, Girl, Girl by xxBambixx

Qu’on sorte des magazines sans autre originalité qu’une « nouvelle maquette » avec du « street style » dedans si ça vous chante, hein, au moins ça fait vivre des graphistes quelques mois.

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