Delinquance voyageuse

the train by ~pulmer

J’aime bien l’ambiance des vendredi soir dans les gares. Tous ces jeunes fringuants partant retrouver leurs conquêtes, ces petits vieux amoncelés sur les bancs et heureux comme des rois d’aller voir du monde, ces cadres dynamiques balançant leurs mallettes dans les poubelles transparentes, ces mères de famille faisant semblant de pleurer en quittant leur marmaille pour un weekend entre copines…

J’attends mon train, j’ai une heure d’avance – sur mon billet il y a écrit « place assise selon disponibilités ». Je n’ai pas eu tellement le choix de l’horaire, donc qu’importe. J’ai mes habitudes de voyageuse occasionnelle ; j’aime aller directement au wagon-bar, prendre un truc chaud, m’assoir dans un coin et regarder le paysage défiler, profiter du va et vient pour observer les gens, engager la conversation parfois. C’est le voyage tel que je le conçois, une parenthèse à remplir selon l’inspiration du moment.

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Et mets ton bavoir.

Il n’y a aucun scoop là-dedans : la recherche d’appartement est souvent fastidieuse. Trouver un appartement qui nous plait, dans lequel on se voit vivre, où il n’y a ni blattes ni voisins louches, où l’on ne traverse pas le mur quand on s’appuie dessus, qui ne soit pas un 3ème sous-sol…

Cardboard Kitty by *Aconitum-Napellus

Bon d’accord : dans beaucoup de grandes villes, la condition n°1, c’est déjà qu’il y ait un proprio qui veuille bien de nous. Le reste devient un détail. Même quand le chauffe-eau rend l’âme, et que le gentil monsieur qui nous paraissait si adorable devient un vieux rustre avare injoignable. Ce n’est pas grave, vous avez un toit. Une adresse. Vous êtes quelqu’un.

Bref ! L’appartement. Vous le trouvez ; Vous avez un bon contact avec l’agent immobilier – oui, vous avez fait l’erreur bête de choisir un appartement en agence, ce qui va vous coûter un mois et demi de loyer supplémentaire en honoraires (sans passer par la case départ, etc.). Vous avez un bon dossier : déjà, vous êtes deux, ce qui limite les risques, du coup vous avez le droit au sourire de l’agent immobilier. Vous avez deux salaires en CDI, du coup il en profite pour vous serrer la pince. Vous avez deux garants ; petite victoire, il vous rappelle.

Pour vous dire qu’il manque des pièces.

Pourtant vous aviez tout prévu : les cartes d’identité de tout le monde, les avis d’imposition, les dernières fiches de paye, la quittance de loyer, un RIB, et même le livret de famille quand c’est papa qui se porte volontaire en cas de pépin financier.

Mais il manque des pièces.

Il manque la taxe foncière des garants. Et les RIB de tout le monde : Les deux garants, le vôtre, celui de votre copain de bac à sable.

L’agent immobilier vous demande donc 5 RIB pour vous louer un appartement qui est moins cher qu’un studio parisien. (Oui là je crâne) (mais pas longtemps, parce que pour l’instant, je n’ai toujours pas d’appart hein.)

Evidemment, pour corser le tout, un de vos garants n’a pas de fax et n’a jamais appris à s servir du scanner. Galopades éperdues à 400 km de là pour trouver un spot wifi (c’est quoi le wifi ?), un scanner qui marche, un ordinateur avec accès internet accessible, et finalement, un vieux fax d’école.

Tout est bon. Mais pas de nouvelles de l’agent. Que fait-il ? Est-il en train de monter un dossier pour d’autres personnes qui ont eu le temps de visiter l’appartement depuis que vous y avez imaginé où y coller le canapé, et surtout les centaines de bouquins et cd entassés depuis des lustres ? Est-il en train de vérifier minutieusement si vous avez été interdit bancaire sur les 3 générations précédents (cousins compris) ?

Allez-vous devoir demander, encore une fois, à Tatie Noëlle de se porter garante avec son mari plein aux as, alors que vous travaillez tous les 2 depuis 4 ou 5 ans et que vous avez quitté le nid à 17 ans ?

Être locataire, c’est surtout mettre sa dignité au placard.

Au fond de la camionnette

On va dire qu’il risque d’y avoir ici quelques interruptions momentanées des programmes (même si on était pas franchement assidus depuis quelques temps). Parce que :

Inutile de préciser qu’au bout de, hum, quelques années de vie à deux, les choses s’entassent.
Mes yeux ne regardent plus les meubles, ils calculent leur volume. J’ai un radar à choses à jeter, choses à garder, choses à vendre, choses à donner. Il ne doit rien rester, que des souvenirs, des CD et des livres.
Le reste (des meubles) est abandonné sans regret – voire avec soulagement, pour ma part.

J’aime bien l’idée de recommencer encore, et de changer à peu près tout à chaque fois. C’est peut-être un reste de mon gentil côté fugueur.

Plus que quelques jours et ce sera fini pour ce 6ème appartement, reste encore à trouver le 7ème. Et à ne pas le meubler tout de suite, pour profiter des murs qui résonnent – et faire flipper les voisins.

Je peux crâner : j’ai 10 mètres de papier bulle, et je compte bien me rouler dedans avant de partir.