Grises mines

L’air sent les poubelles. Dans les rues moites l’odeur imprègne les trottoirs sales, et la pente dégueule des tas d’immondices. Au-dessus flottent les effluves des marchands de kebab, premiers réveillés, balayant mollement devant leurs portes les restes de de lointaines agapes que flairent d’insolents chiens faméliques. Les rideaux de fer des boutiques de déco, eux, restent clos sur la tristesse du spectacle.

Le flot emporte les rares passants entre les cartons comme de frêles esquifs chahutés par une rivière de montagne – dans ce mouvement lent d’un bord sur l’autre, ponctué de violents sursauts quand une poubelle les frôle.
Le ciel est saturé de gris, et les files s’agglutinent près des feux rouges. Un groupe équipé pour un hiver rigoureux patiente, devant la cathédrale. Le vent emporte les monologues hachés de leur guide, et fait claquer leurs imperméables avec le bruit caractéristique de vilains sacs plastiques.

Au rez-de-chaussée sur la rue pavée, la fenêtre fermée depuis des semaines est grande ouverte sur la fraicheur humide. Le visage et la cigarette sont les mêmes, mais les cheveux ont disparu – emportés comme les feuilles d’automne, sans roussir, sans offrir le spectacle des bois rouges avant de s’éparpiller en mèches grises sur le bord d’un oreiller.

Des grappes de lycéennes au style indéfini s’étirent sur le chemin de leur bagne. Le chat boude, planqué derrière une voiture, et j’évite de justesse une vieille hagarde, cherchant désespérément une cigarette à caser dans un trou béant entre deux chicots rongés.

Etrange rentrée.

Mega, mega.

Ropes 1 by Privatedanser

- Google + ? C’est gé-nial. D’abord c’est simple ; ensuite tous mes services sont regroupés avec Google, facile ; et surtout, grâce au premier round d’invitations privées, le réseau n’est peuplé que de gens sympa, professionnels et vrais utilisateurs du web… Ca change des kikoolol.

- Ah bon ? Pourquoi j’ai autant de gif animés bas de gamme et de photos de chatons alors ?

- Parce que c’est de l’humour geek ! De l’auto-dérision, du fun, mais utilisé par des gens bien. Moi qu’un mec du marketing d’une grosse boite transfère des images du Nyan cat, ça m’éclate.

- D’accord.
Bah je ne les trouve pas drôle, tes kikoo 2.0. Ils me gonflent à être sur Google + pour ne parler que de Google +. J’ai l’impression que leurs deux passions, les images rigolotes et leurs dossiers de fond sur la pertinence du +1 pour la branded-curation dans le domaine des semelles en caoutchouc, a donné naissance à un monstre protéiforme du niveau de Doctissimo.

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Les anfractuosites neutres


Ses ramures s’étendent en vastes delta autour de racines noueuses. Il y fait frais depuis des décennies – il y fait sec, aussi. La mousse a remplacé l’herbe rase, et la pénombre incomplète berce de lueurs transparentes le sol tapis d’aiguilles. Il est l’abri des nuits d’orages, quand le ciel tonne et les zébrures déchirent en chuintant des sommets verts tendres bien plus hauts que lui ; il est le creuset des amours infidèles, le lit des chevaliers errants et le gardien des secrets de gosses. On le dit sage ; il suffirait de tendre l’oreille, les nuits de pleine lune, quand sous l’astre froid il se délasse, et que se fendille son mutisme.
Des légendes innombrables courent sur sa forme de hutte, les reflets de son écorce ou l’odeur délicate qui l’enveloppe. Des contes fantastiques, peuplés d’images pastels, à la saveur de grenier d’enfance.

L’insolent qui l’a pointé du doigt en lui donnant ses titres de noblesse n’arpente plus le sous-bois depuis des lustres. Les journées d’été, quand son bois craque au fort de la fournaise, l’arbre s’incline sur des couples qui l’ennuient de suave indolence. Ce sont toujours les mêmes promesses qu’il laisse dégoûter de ses branches basses ; les mêmes gestes patauds qui froissent le tapis d’aiguilles ; la même ferveur de ceux qui se persuadent de mettre du sacré dans leurs vaines embrassades.

Les contes pour jeunes filles ferment pudiquement leurs pages cornées sur les escapades des princes aux multiples amoureuses, les troncs lacérées des arbres où les serments éternels s’étalent, et la rigueur des hivers qui toujours s’avancent.