Dormez bonnes gens

Il est à peine 9h, un vendredi matin. Les trottoirs sont encore jonchés ds débris festifs de la veille et au milieu des tessons de bouteilles, le marché grouille mollement. Chacun marche en silence, le nez rentré dans les plis d’une écharpe, les yeux guettant le sol à la recherche d’un éventuel obstacle malodorant. Il n’y a que les bruits de la ville – les couinements des boites de vitesse, le ronronnement des moteurs, les grincements des tréteaux que l’on monte autour de la halle.

Doe in wheat field by Alan Mackenzie

Soudain un groupe dévale la pente en donnant de la voix – et les têtes de tous les marcheurs se retournent, d’un mouvement brusque, dressés soudain comme les centaines d’oreilles d’un troupeau de biches frêles.

Ce ne sont que quelques étudiants en goguette ; le jeudi soir, ils le continuent ici en claudiquant, cahin caha, agglutinés les uns aux autres pour ne pas tomber. Ils vocifèrent un peu, joyeusement, pâteux et piteux, la voix suraigüe des adolescents un peu vieux, mais qui se souviennent de leur mue.
Ils n’ont rien d’effrayant et pourtant, une douzaine de paires d’yeux les fixent d’un air inquiet.
Jusqu’à les mettre mal à l’aise. Jusqu’à ce que l’un d’eux, à la voix plus forte que les autres, s’écrie d’un air presque joyeux : « Ne craignez rien, nous sommes français ! »

Français.
Le mot résonne avec étrangeté, à la fois cru et creux.

Et la douzaine de paires d’yeux, un peu honteuse, se plonge instantanément dans une étude géologique poussée du trottoir sous leurs pieds.

Moi de même.
J’ai un peu mal au coeur.

Ce que tout le monde pense

C’est la grosse tendance de la rentrée, en cette fin d’été un peu morose. Plus que le camel dans les magazines de mode, ou que les courbes enchanteresses de la progression d’Android sur le marché du smartphone, c’est la petite phrase qu’on a tous en tête. Comme une petite musique qui trotte et caracole. Cette connasse de petite phrase avec ces sous-entendus bien laids.

Silly by Alsebka

« Ce que tout le monde pense ».
Et que personne n’ose ne dire, mais tu sais, c’est le « bon sens ».

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Asphyxier la France et s’en réjouir

[...] Retenir la nuit. Un challenge de plus en plus compliqué pour les noctambules, car les arrêtés se multiplient pour que les établissements ferment plus tôt. Les épiceries, les bars, les discothèques et même les lieux publics sont concernés. Mais le monde de la nuit sait se réveiller quand il s’agit de refuser d’aller se coucher tôt. Tour d’horizon dans cinq grandes villes.

À Paris. Les acteurs de la nuit ont lancé une pétition il y a six mois. Ils dénoncent un regain de fermetures administratives des lieux de nuit. Ainsi, le Batofar (13e) a subi des fermetures pour tapage de plusieurs semaines en 2009, ce qui a mis en péril son économie. Dernièrement, Bertrand Delanoë a proposé de créer un lieu de vie nocturne à ciel ouvert dans un quartier avec peu de riverains.

À Lille. La municipalité publiera cette semaine un arrêté interdisant la vente d’alcool après 22h dans 25 épiceries de nuit. Un régime dérogatoire, de 0 h en semaine à 2h le samedi, sera établi pour les deux seuls magasins signataires de la charte de bonne conduite promue par la ville. [...]

À Toulouse. Les noctambules peuvent à nouveau sortir jusqu’au bout de la nuit. En février 2009, le préfet de la Haute-Garonne avait pris un arrêté fixant la fermeture des bars à 3h le samedi. Mais c’était compter sans le recours déposé par plusieurs établissements. Le 5 mai, le tribunal administratif leur a donné raison. La préfecture envisage de faire appel.

À Marseille. La régulation de la vie nocturne est un des objectifs pour 2013. Marseille sera alors la capitale européenne de la culture. Dernière restriction en date : la fermeture au public de la plage du Prophète à partir de 1h du matin. Aujourd’hui, la mairie devrait dire si cette décision a vocation à être étendue à d’autres plages.

À Nice. Le 16 mars, le maire, Christian Estrosi (UMP), avait pris un arrêté fixant la fermeture des établissements de vente à emporter et épiceries de nuit à 22h. Quatre jours plus tard, le préfet des Alpes-Maritimes lui emboîtait le pas, étendant le texte à d’autres communes. Devant la colère des commerçants, la municipalité niçoise est revenue sur le texte. Seule une vingtaine d’épiciers de nuit sont finalement contraints de fermer à 22h [...]

Séries noires pour les nuits blanches, sur 20minutes

Merci pour la jeunesse, merci pour la culture, merci d’enfermer les « soirées » dans un fourre-tout de délinquance et d’empêcheurs de laisser dormir les bonnes gens.
Étouffez-vous avec vos bonnets de nuit.
Et en passant, un grand coup de chapeau pour notre ministre de la Culture confit dans ses certitudes et son prozac.