Les mises en scène d’Ellen Kooi

Ellen Kooi est une photographe néerlandaise, spécialiste des mises en scène dans un univers naturel de personnages un peu étranges. Des grappes d’enfants, des corps abandonnés, des postures improbables peuplent des paysages choisis avec précisions, naturels mais sans effacer la main de l’homme.

Une artiste saisissante que nous avons pu découvrir au très chouette Institut Néerlandais à Paris, un lieu assez unique. L’expo est malheureusement désormais terminée…

En attendant on peut toujours se consoler avec certains des clichés exposés à cette occasion !

Les photographies d’Ellen Kooi sont attachantes. Il n’est pas rare, au cours de l’exploration, de découvrir un élément à peine masqué, et de se rendre compte que c’est lui qui apporte tout son intérêt à la photo.

Et chose plus attachante encore à nos yeux, mais qui rebutera certains : elle ose le traitement, triche avec nos sens pour maximiser son effet.

C’est un travail saisissant, plein de fraîcheur, de spontanéité malgré des mises en scène évidentes et souhaitées ; au delà de ça, ce rassemblement de travaux, dont certaines ficelles paraîtront évidentes à certains, a un pouvoir attractif étonnant. On se surprend à voir tout ça comme un bel objet d’art, abstrait, mental. Une impression globale qui ressort de cette exposition et qui ne m’a pas quitté depuis. Cette envie de garder sur moi cet objet, de l’emporter un peu partout, juste « pour l’avoir ».

Portfolio

L’expo « Autour de l’extrême » à la MEP

Dimanche dernier, la très sympathique Valérie nous traine à la MEP voir « Autour de l’extrême », dans le cadre du mois de la photographie à Paris. Nous sommes 4, prêts à en découdre avec la foule qui s’y presse. Nous sommes glorieux, nous sommes combatifs, nous grimpons jusqu’au premier étage et commençons la visite.

Mais avant ça, voilà ce qu’on dit de cette exposition :

« Autour de l’Extrême » renvoie à une des constantes de la création contemporaine qui tend à repousser inexorablement les limites, qu’elles soient sociales, politiques, esthétiques ou scientifiques.
À travers l’oeuvre de nombreux photographes, l’exposition explore tous les territoires du visible, de la conquête de la lune aux conflits les plus récents, en passant par la recherche médicale ou les expérimentations autour du corps et de ses représentations.
Mais rendre visible la transgression, c’est paradoxalement la rendre acceptable. Face à l’extra-ordinaire, la photographie a le pouvoir de banaliser le réel. Ainsi, ce qui est donné à voir dans ces images n’est le plus souvent que l’approche de l’extrême, cet «autour» qui le met à distance.
Dès lors, à travers la collection de la MEP défile non un spectacle du pire, mais une anthologie de l’extrême, une esthétique que seul le balancier de l’histoire pourrait, à un moment ou un autre, refigurer.
L’exposition est réalisée avec le soutien de Neuflize Vie, l’Association des Amis de la MEP et en partenariat avec Connaissance des Arts Spécial Photo.

MEP-fr.org

Comme d’habitude, le thème est intéressant et l’objectif cohérent. Le texte placé en évidence à l’entrée nous laisse à penser que le parcours sera mouvementé. Erreur, il s’agit en réalité d’une mise en garde : la photographie banalise le sujet, « rend acceptable ». Et effectivement…
Non pas que les photographies ne soient pas intéressantes : Elles sont, individuellement, admirables, et le travail de leurs auteurs n’est pas à remettre en cause.

Mais lorsqu’on impose un thème à l’art, quel qu’il soit, il faut aussi être à la hauteur, permettre au spectateur de s’y retrouver, de comprendre quelque chose, sur l’instant ou après. Là, on s’affole d’abord parce que l’on a rien retenu, et puis soudain l’encéphalogramme plat : Trop d’informations.
Trop de photographies alignées sans cohérences, trop de sous-divisions dans le thème de l’extrême… On est perdu et on décroche.

Seul le second étage redonne un peu d’air au spectateur abruti visuellement, avec quelques photographies plus percutantes ; Pour le reste on a l’impression d’un immense gâchis, d’une exposition fourre-tout dédiée aux plus voyeurs d’entre nous, et d’une mise en scène qui engloutit les individualités artistiques pour les réduire à la seule photographie-choc.

Iil faut visiter cette exposition avec un carnet, pour y noter les noms des artistes qui nous aurons vraiment intrigué, et aller voir des expositions consacrées à leur travail.
Pour moi ce sera Joël-Peter Witkin, par exemple.

Le baiser, Joel-Peter Witkin, 1982

Ou Sebastio Salgado, que je ne connais que très mal.

Sebastio Salgado, Kuwait, 1991

Ou les photographies immersives de Gabriele Basilico, autour d’un thème fort : « Beirut 1991″ :

Un livre photo que je vais rapidement m’offrir.

Et beaucoup d’autres… Qu’il faudra revoir en tant qu’artistes – Et pas comme les supports d’une subversion qui n’existe que dans l’esprit des tièdes. On ne trouve ici rien de transgressif, rien de foncièrement gênant ou différent, rien pour appuyer finalement le mot « extrême ».
A moins que l’on considère que le nudité est encore d’une perversion folle.

Moi, ça m’emmerde.
Pardon hein, mais ça suffit cette mise en avant systématique pour les parties génitales et le scato dans les expositions parisiennes, ce misérabilisme, cette complaisance morbide chérie par tous les commissaires d’expo concernant les malades du cancer et du sida. Comme si l’on voulait enfermer le spectateur dans les pires passages des oeuvres de Zola à chaque fois qu’il lui prend l’envie de se cultiver.

Voilà pour la parenthèse, qui ne concerne pas directement cette exposition mais plus généralement, beaucoup des manifestations culturelles grand public parisiennes. La grande messe du contemporain, en somme.

Au final, que dire ? Peut-être que nous avons tous une interprétation personnelle de la transgression. Et nos limites face à l’image…

Alors allez-y quand même ; Pour les artistes exposés que vous retiendrez. Et parce que la MEP dispose quand même d’images exceptionnelles.

» Exposition « Autour de l’extrême », du 10 novembre 2010 au 30 janvier 2011, à la Maison Européenne de la Photographie, Paris 4ème. Ouvert du mercredi au dimanche, entrée : 7€.

Archéologues à Angkor au musée Cernuschi

Ah, une exposition comme on les aime ! Le musée Cernuschi présente le 10 septembre 2010 jusqu’au 2 janvier 2011 une superbe rétrospective photographique consacrée aux travaux de l’École Française d’Extrême-Orient.

Ta Prohm, débroussaillage des ruines, auteur inconnu © EFEO

[C'est] l’une des institutions orientalistes les plus prestigieuses, qui mène une action exemplaire depuis 1907 pour ressusciter le site d’Angkor, l’une des grandes métropoles d’Asie envahie par la jungle depuis son abandon au XVIe siècle.
Le visiteur découvrira les différentes périodes qui ont marqué le site d’Angkor au travers de 108 photographies (1860-1960) des temples avant leur dégagement, alors que des arbres immenses enserrent sanctuaires et reliefs, puis durant et après leur restauration.

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