
Dimanche dernier, la très sympathique Valérie nous traine à la MEP voir « Autour de l’extrême », dans le cadre du mois de la photographie à Paris. Nous sommes 4, prêts à en découdre avec la foule qui s’y presse. Nous sommes glorieux, nous sommes combatifs, nous grimpons jusqu’au premier étage et commençons la visite.
Mais avant ça, voilà ce qu’on dit de cette exposition :
« Autour de l’Extrême » renvoie à une des constantes de la création contemporaine qui tend à repousser inexorablement les limites, qu’elles soient sociales, politiques, esthétiques ou scientifiques.
À travers l’oeuvre de nombreux photographes, l’exposition explore tous les territoires du visible, de la conquête de la lune aux conflits les plus récents, en passant par la recherche médicale ou les expérimentations autour du corps et de ses représentations.
Mais rendre visible la transgression, c’est paradoxalement la rendre acceptable. Face à l’extra-ordinaire, la photographie a le pouvoir de banaliser le réel. Ainsi, ce qui est donné à voir dans ces images n’est le plus souvent que l’approche de l’extrême, cet «autour» qui le met à distance.
Dès lors, à travers la collection de la MEP défile non un spectacle du pire, mais une anthologie de l’extrême, une esthétique que seul le balancier de l’histoire pourrait, à un moment ou un autre, refigurer.
L’exposition est réalisée avec le soutien de Neuflize Vie, l’Association des Amis de la MEP et en partenariat avec Connaissance des Arts Spécial Photo.
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Comme d’habitude, le thème est intéressant et l’objectif cohérent. Le texte placé en évidence à l’entrée nous laisse à penser que le parcours sera mouvementé. Erreur, il s’agit en réalité d’une mise en garde : la photographie banalise le sujet, « rend acceptable ». Et effectivement…
Non pas que les photographies ne soient pas intéressantes : Elles sont, individuellement, admirables, et le travail de leurs auteurs n’est pas à remettre en cause.
Mais lorsqu’on impose un thème à l’art, quel qu’il soit, il faut aussi être à la hauteur, permettre au spectateur de s’y retrouver, de comprendre quelque chose, sur l’instant ou après. Là, on s’affole d’abord parce que l’on a rien retenu, et puis soudain l’encéphalogramme plat : Trop d’informations.
Trop de photographies alignées sans cohérences, trop de sous-divisions dans le thème de l’extrême… On est perdu et on décroche.
Seul le second étage redonne un peu d’air au spectateur abruti visuellement, avec quelques photographies plus percutantes ; Pour le reste on a l’impression d’un immense gâchis, d’une exposition fourre-tout dédiée aux plus voyeurs d’entre nous, et d’une mise en scène qui engloutit les individualités artistiques pour les réduire à la seule photographie-choc.
Iil faut visiter cette exposition avec un carnet, pour y noter les noms des artistes qui nous aurons vraiment intrigué, et aller voir des expositions consacrées à leur travail.
Pour moi ce sera Joël-Peter Witkin, par exemple.

Le baiser, Joel-Peter Witkin, 1982
Ou Sebastio Salgado, que je ne connais que très mal.

Sebastio Salgado, Kuwait, 1991
Ou les photographies immersives de Gabriele Basilico, autour d’un thème fort : « Beirut 1991″ :

Un livre photo que je vais rapidement m’offrir.
Et beaucoup d’autres… Qu’il faudra revoir en tant qu’artistes – Et pas comme les supports d’une subversion qui n’existe que dans l’esprit des tièdes. On ne trouve ici rien de transgressif, rien de foncièrement gênant ou différent, rien pour appuyer finalement le mot « extrême ».
A moins que l’on considère que le nudité est encore d’une perversion folle.
Moi, ça m’emmerde.
Pardon hein, mais ça suffit cette mise en avant systématique pour les parties génitales et le scato dans les expositions parisiennes, ce misérabilisme, cette complaisance morbide chérie par tous les commissaires d’expo concernant les malades du cancer et du sida. Comme si l’on voulait enfermer le spectateur dans les pires passages des oeuvres de Zola à chaque fois qu’il lui prend l’envie de se cultiver.
Voilà pour la parenthèse, qui ne concerne pas directement cette exposition mais plus généralement, beaucoup des manifestations culturelles grand public parisiennes. La grande messe du contemporain, en somme.
Au final, que dire ? Peut-être que nous avons tous une interprétation personnelle de la transgression. Et nos limites face à l’image…
Alors allez-y quand même ; Pour les artistes exposés que vous retiendrez. Et parce que la MEP dispose quand même d’images exceptionnelles.
» Exposition « Autour de l’extrême », du 10 novembre 2010 au 30 janvier 2011, à la Maison Européenne de la Photographie, Paris 4ème. Ouvert du mercredi au dimanche, entrée : 7€.