Le révisionnisme, c’est so ’39 pourtant…

Actuellement, les lycéens étudient le chapitre intitulé « La Méditerranée au XIIe siècle : carrefour des civilisations » qui traite des « espaces de l’Occident chrétien, de l’Empire byzantin et du monde musulman » et des « différents contacts entre ces trois civilisations : guerres, échanges commerciaux, influences culturelles ».
Si les nouveaux programmes sont adoptés en septembre prochain, le chapitre deviendra : » La civilisation rurale dans l’Occident chrétien médiéval, du IXe au XIIIe siècle ».

Source : Nouvel Obs

C’en devient tellement flagrant. Faire oublier à nos chères têtes blondes (si si blondes, j’insiste) la richesse d’une culture entière pour mieux lui mettre sous les yeux ses déviances actuelles. C’en devient tellement flagrant que j’ai l’impression d’enfoncer des portes ouvertes.

Pourtant, tout ça risque bien de porter ses fruits.

Attendons que la nouvelle soit plus qu’une « information avancée par ». Mais ne laissons pas ça de côté, voulez-vous ?

MyMajorCompany se lancerait dans l’édition ?

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Oui parce que vous le saviez ? Il en va de la littérature comme de la musique : il y a ceux qui sont en tête de gondole, et il y a les autres. Vous savez, ceux qui n’ont pas la mention « coup de cœur Fnac », et qui disparaissent dans les rayonnages au milieu de dizaines d’autres pavés dont vous n’avez, de toutes façons, pas le courage de lire le résumé en quatrième de couverture.

MyMajorCompany l’avait bien compris : c’est le public qui fait la réussite. On propose donc au public mou ce qu’il a envie d’entendre. Alors comme la carte de visite « Grégoire » n’a pas suffi à lancer la machine, on se dit qu’on va faire pareil avec les livres.

« La société va lancer My Major Company Books avec l’éditeur Bernard Fixot (XO Editions). » peut on lire dans la newsletter du magazine challenge.

Le principe MMC, tel que je l’imagine appliqué à la littérature ? On propose aux internautes des extraits de livres, romans ou nouvelles. Combien de lignes ? Un chapitre ? Qui lit un chapitre sur Internet ? Mais admettons. L’internaute aime, il mise une somme de son choix sur l’auteur. Quand l’auteur a atteint une somme jugée suffisante, fixée par MyMajorCompany, on mobilise le réseau pour le faire publier, et l’internaute touche un pourcentage (déterminé selon sa mise) des ventes. Efficace (puisque c’est le public qui l’a plébiscité, on a peu de chances de se tromper), peu coûteux (non seulement on met en jeu l’argent des internautes, mais en plus on gratte une petite marge au passage).

Qui est plébiscité par le public ? Tout auteur dont on peut dire qu’il divertit le neurone sans trop le solliciter. Je ne citerai personne, allez-donc dans n’importe quel supermarché, vous verrez ce que les distributeurs et libraires sont obligés de vendre pour être « dans le coup ».

Facilité, toujours plus de facilité. Et des rayons envahis de vampires qui brillent au soleil, d’histoires à l’eau de rose prévisibles et de soi-disant réflexions existentielles dignes d’un gamin de 15 ans. (Trois auteurs bien connus se sont cachés derrière ces accusations, saurez-vous les retrouver ?)

Laisser le public décider du prochain succès, qu’il soit musical ou littéraire, c’est ouvrir la porte à la médiocrité fédératrice la plus crasse. Qu’on se le dise. Sus aux concepts marketing douteux, qui laissent croire au commun des mortels qu’on mesure la qualité d’un bien culturel à son succès.

Source, et plus d’infos : neteco.com

[Note pour plus tard] Les goûts et les couleurs se discutent.

Avec un titre aussi casse-gueule, je vais tenter de me faire comprendre au mieux. Mais à force d’entendre cette phrase balancée partout, à toutes les sauces, je me vois dans l’obligation de construire mon opinion, ne serait-ce que pour mieux comprendre en quoi ça m’énerve.

Je vais me faire l’avocat du diable pour commencer : tous les goûts sont dans la nature. Bien évidemment, telle œuvre (je vais parler d’œuvre, pour généraliser à toutes les disciplines) a un impact différent sur la personne selon son vécu, sa personnalité, ses premières amours artistiques, de fil en aiguille jusqu’à arriver à ses goûts actuels, dans toute leur maturité. Et ça, clairement, ça ne se discute pas.

Mais considérons une autre composante qui échappe totalement aux trois quarts des gens : le niveau d’évolution et d’originalité de l’œuvre. Parce que pour en arriver là, le type qui a pondu sa photo, sa chanson, sa peinture, a vu plus ou moins de choses. Et sait les mettre en forme avec plus ou moins d’impact, d’intelligence.

Un exemple malheureux : un photographe, plein de bonne volonté mais mono-maniaque (je prend le cas extrême, c’est fait exprès), qui ne jure que par Henri Cartier-Bresson fera du Cartier-Bresson ; pas volontairement, mais il se sera naturellement imprégné des thèmes et des techniques de son influence principale. Il le fera sans-doute avec brio, toujours est-il qu’il n’aura probablement rien (ou presque) apporté de plus depuis l’œuvre originale. Or, quelqu’un qui ne connait pas HCB, que va-t-il penser ? Oui, il va trouver ça beau. Et si on lui dit que ce n’est pas original, il répondra : « on s’en fout, c’est beau ! ». Certes. mais ça ne fait rien avancer du tout.

« Faire avancer quoi, et où ? » C’est simple, pour utiliser une mise en situation concrète : où qu’on se trouve dans l’espace, si on n’avance pas, on a beau regarder autour de soi, on a vite fait le tour. Des milieux consanguins, il y en a pléthore, dans toutes les disciplines. Tout est question de culture : il faut des bases solides pour créer, et donner à son tour matière à faire avancer les autres artistes. (Cette façon de voir les chose m’a amené à penser qu’un artiste ne pouvait que s’améliorer, mais je suis en train de reconsidérer la question.)

Ajoutons à ça cette tendance (dont je parle trop souvent) à mettre en avant les œuvres les plus fédératrices (et pour être fédérateur, il faut s’inscrire dans un modèle bien connu de tous, et donc… ressembler au voisin, CQFD – sauf exceptions, comme partout), et je crois qu’on peut considérer que l’expression « Les goûts et les couleurs ne se discutent pas » cause un vrai tort à tous les milieux artistiques, dans la mesure ou la masse fédérée tire les exigences vers le bas.

Alors oui, on peut être plus touché par un artiste, y voir le reflet de notre vie ou de nos envies, se remémorer un son ou une image qui nous a touché plus tôt, ou même l’associer à un moment qu’on regrette, par nostalgie. Mais à regarder un peu ce qui gravite autour, on se rend parfois compte qu’il n’est qu’un imposteur. Et on rehausse nos exigences.

Tout le monde ne le fera pas ? C’est bien ce qui me chagrine, oui. Parce qu’au delà des goûts et des couleurs, il y a un manque cruel d’envie de se cultiver (sous couvert de « légèreté » et de « simplicité ») qui me dérange. Et cette tendance là ne cause pas de tort qu’à la création artistique.

Ah, au passage : l’élitisme, ce n’est pas rejeter tout ce qui n’est pas à la hauteur, c’est tenter de tirer le reste vers le haut. Sur ce…