Il est de bon ton, dans certains milieux, de défendre la dématérialisation de la création artistique, principalement musicale et littéraire. Je préfère généralement la fustiger, par préférence personnelle pour le support physique, sans trop savoir ce qui me gêne au juste. On veut nous faire accepter que l’avenir de la création est dans le numérique, que le support est déjà mort.
Oui après tout, avoir plus de trois romans sur soi en permanence (à condition de tous les lire), c’est très bien. Emmener avec soi sa discographie complète a de quoi séduire – surtout lorsqu’il s’agit, dans mon cas, de pouvoir brancher le lecteur n’importe où pour faire découvrir, commenter, écouter à plusieurs.
Malgré tous ces arguments, la gêne subsiste. Une habitude sans doute. J’ai toujours choisi les vêtements dont les poches étaient suffisamment grandes pour pouvoir contenir un CD (voire deux.) Je me plaisais à regarder encore et encore le visuel, à le sentir juste présent, à le posséder comme une amulette. Or je le sais bien, il semblerait ; le salut de l’humanité réside en ce que nous sommes, et non ce que nous possédons.
Il y a un truc qui cloche dans ce système que tout le monde semble accepter, cette… « solution ». En séparant l’œuvre de son support, nous ne faisons pas que la rendre plus accessible et plus transportable. Nous l’arrachons à son milieu naturel.
T’as beau avoir 15 objectifs, tu n’as pas de but.
C’est un peu toujours la même histoire. Tu penses qu’avec du matériel tu te sentira moins bridé, moins enfermé, moins limité. Et puis c’est le contraire – Les clichés sortent tout seuls, mus de leur volonté propre, et toi tu oublies l’idée que tu en avais avant de déclencher.
Je m’amuse du regard des gens quand je l’enlève de mon sac – Un sac mou, sans protection, plein de poussière et surtout de sable. On veut jouer avec, on fait des oh et des ah.
Au fond il me sert à ça.
Tout y est. Les ingrédients, les dosages. La recette a conquis du monde depuis qu’une certaine Amy Lee criait tout ce qu’elle avait sur les guitares sucrées d’Evanescence. De l’intro assourdie au refrain sur-répété, en passant par le break prévisible aux 2/3 de la chanson, mal intégré, comme un cheveu sur la soupe.
Tout y est. Tout ce qui me rebute ou m’ennuie dans le metal aujourd’hui. Tristania a troqué son univers élégant et raffiné, complexe et gothique, contre une pop-metal catchy et moderne. Et dans le clip lui-même, la symbolique du jour qui se change en nuit sur ce petit théâtre oublié, tout ça a déjà été usé jusqu’à la moelle.
Et pourtant, cette chanson passe en boucle depuis hier.
Je n’ai rien entendu de plus efficace ces trois dernières années. Mission accomplie, je suis accro.
Mais si vous voulez comparer, Tristania, avant, c’était ça :
La voix rocailleuse, les cheveux fous, l’air pas réveillé – Les jambes dans le vide, au-dessus du parapet. Il est l’heure, l’aube du dernier jour du monde. La scène est comme on l’aurait imaginé dans un mélo pour jeunes filles. Manque la guitare lancinante, manquent les chromes sur une voiture d’un bleu doux comme les couleurs de la mer ; A l’aube du dernier jour.
Il n’y a personne, juste un virage, les vagues en-dessous, et toujours ses cheveux fous. On peut s’attarder sur les couleurs un peu vintage, comme une carte postale cucul qu’on vend très cher le longs des plages immenses et sans caractère. On peut toucher du doigt les courbe du parapet déglingué, les courbes de son air négligé. On peut presque imaginer être là, pour vivre les derniers instants du mélo menthe à l’eau, posés nous aussi sur le parapet immobile devant un panorama débile.
Très cinéma. J’aime bien ça.
L’imagerie gothique avait fui mon imaginaire depuis quelques temps, la revoici, ravivée par les ruines d’une vieille abbaye. Avec en prime, de nouvelles expérimentations côté traitement de l’image. Pour voir la photo en entier, c’est sur Moeity, comme d’habitude.
L’abbaye de Beauport, également visible par ici. Une question d’ailleurs : faut-il restaurer les ruines, faire ressurgir l’édifice tel qu’il était au temps de sa construction ? Ou faut-il conserver la trace du temps, l’entretenir tel quel, le renforcer sans le dénaturer ?
Hop, un peu de nourriture pour les oreilles. Häxan, de l’ami Trentemoller, qui colle bien à l’atmosphère recherchée, je trouve. Vous m’en direz des nouvelles.
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D’autres photos à venir, sur le même thème. Beaucoup de sources à traiter, beaucoup d’idées aussi. Peu de temps libre.