On ne va pas s’quitter comme ça

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Nous y voilà, à l’heure des rétrospectives ! Si fastidieuses, avec si peu d’intérêt pour ceux qui les lisent, un peu comme ces interminables soirées diapositives. Étrangement pourtant, cette année j’ai envie de faire la mienne, avec un peu plus de franchise que d’habitude.

Vous qui venez me rendre visite ici à l’occasion, que je ne récompense jamais de votre attention, et qui ne savez jamais vraiment si c’est moi qui parle ou une entité différente à chaque ligne, vous qui ne commentez jamais, délicates présences fantômatiques, permettez-moi de vous héler sans manières et de vous inviter sur le pas de la porte.

Il n’y a que quelques bougies et pas grand chose à boire, mais si entrer vous tente, laissez-vous bercer par la musique de ces soirées languissantes où l’on raconte tous, à tour de rôle, nos souvenirs, jusqu’à ce tous s’endorment.

 

2012 a été une année épuisante, comme bien d’autres. C’est un conte sans morale, mais rassurez-vous, comme tous les contes il finit mal.

Elle a commencé les pieds dans la flotte, le nez au vent à humer l’écume. Par une journée froide et lumineuse, où l’on avait décidé d’aller fêter l’année en remplissant les ourlets de nos pantalons de sable, et d’aller enquiquiner les étoiles de mer. Du début je ne me souviens guère ; quelques froids matins gelés au bord d’une rivière, de la buée sur une vitre, pas beaucoup d’étoiles dans le ciel. A errer, les mains dans les poches.

Au printemps une folie, la liberté soufflant sur nos vies citadines, a provoqué un aléa climatique de taille : une troisième présence moustachue, curieuse et gratouillante envahissait notre appartement et nos quotidiens photographiés. Un chat. Après des années de lutte, j’avais cédé. Enfin.

2012-chat

Quelques weekends, des bols d’air, et ce trajet qui n’en finissait pas d’accumuler les kilomètres vers le nord, deux fois par mois bientôt. Des semaines serrées, dans un autre monde, plein de découvertes. Et ces jours de grâce, à bord, au bout du ponton et de la ligne à maquereaux, les pieds dans le sable ou le nez dans les pâquerettes. Le printemps, même pluvieux, sentait bon.

L’été enfin. Le bel été qu’il fut, cet été ! Éclatant comme ceux de l’enfance, tourbillant comme les galopades d’un adolescent en goguette. Superbe et si plein de souvenirs, parfait comme une belle image. Bord à bord, la vie cet été-là commençait à sentir bon, comme une eau de parfum légère et pleine de promesses. Cet été où chaque chose semblait enfin à sa place, cette jolie pente douce sur laquelle il faisait doux de se laisser porter.

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L’automne fut beau à son tour. Avec des heurts, des points d’interrogations, des projets sans nom sur lesquels on ose seulement poser un regard à la dérobée.
L’automne de mes 27 ans. Un joli nombre auquel je me suis attachée. Mes 27 ans, comme une promesse. Le jour où j’ai échangé de vive voix, pour la dernière fois, avec mon père. L’automne fervent, éclatant de couleurs, qui m’a emporté l’homme que j’admirais le plus au monde et souvent, la seule personne avec qui j’avais envie d’échanger mes doutes, mes projets, mes colères. Cette saison qui nous a laissé les couchers de soleil les plus beaux que j’ai pu admirer depuis longtemps, jusqu’à cette plage où nous l’avons emmené une dernière fois.

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L’hiver de cette année est arrivé depuis quelques jours. Il s’insinue aux creux des chemins détrempés comme jamais, luisant sur les routes, argenté et froid comme les matins des contes où les enfants se perdent dans les bois.

Alors le voici, ce dernier jour de l’année. L’année dont on veut vite se débarrasser, comme chaque année. L’année affreuse, pire que la précédente ! – clame-t-on en se jurant que la suivante sera plus douce, plus belle, plus riche.
Peut-être le sera-t-elle… Je vois à ses yeux de biche et à ses oeillades assassines qu’elle a tous les atouts pour séduire – qui elle aguiche déjà s’en entiche.

Pour ma part je reste encore un peu là, au seuil de la porte, un whisky à la main, et si j’ose, peut-être une cigarette pour souffler des rideaux de fumée aux fenêtres de cette année qui soupire. Je vais la chérir longtemps malgré les douleurs, car elle fut chatoyante et magnifique, riche de souvenirs et de projets partagés, illustration d’un passé heureux que nul ne peut m’enlever.

2012-12

La diapositives peuvent tourner à vide et s’écorner, mon coeur, lui, ne faillira pas.

Merci, jolie année 2012. Endors-toi paisiblement, et n’oublie pas de saluer les étoiles qui portent leurs noms.

6 Comments

  1. Je ne parle plus nulle part du web depuis quelques mois et ce sera bien le texte qui me fera sortir de mon silence. Peut être parce que tu sais mettre les mots la ou je suis toujours incapable de le faire. Non que cela soit grave ; j’ai pas les mots il ne les avait pas non plus.
    Mais ton texte me touche car pour quelqu’un comme moi qui est dans l’incapacité de voir le beau, que toi tu retiennes le beau, les souvenirs, dans cette situation la me rend admirative. Vraiment. Sans flagornerie.

    Bref j’arrête car j’ai la propension à ne pas être diplomate. Sans le vouloir.

    Merci en tout cas.

  2. Est-ce un hasard si je termine ton texte, les larmes au bord de l’œil (je ne pleure quee de l’œil droit), la gorge serrée, et le commentaire de Val au dessus ? Je ne crois pas, je ne redirai pas en moins bien ce qu’elle a écrit, juste que ton texte me touche aussi, que la résonance est forte et l’admiration que j’éprouve à voir qu’on peut trouver du beau même dans les jours les plus noirs, trouver ainsi cette lumière si particulière que j’aime à voir sur tes photos.
    Sans doute non plus pas un hasard, si tes photos ont cette lumière qui leur est si particulière, je ne crois plus depuis longtemps au hasard.

    J’espère que 2013, sans en faire l’inutile vœu, sera une année de rires, de grands bonheurs et de petites tristesses, par petites touches juste pour mieux faire ressortir la joie. Comme on met du noir par légères traces en contraste sur la couleur et la luminosité, pour la rendre encore plus lumineuse.

    J’attends aussi que tu retrouves le chemin de la mer, de la voile, et du Golfe.

    Et j’ose te faire une énorme bise, un hug de chaleur depuis l’Afrique, à toi, et à Val, qui devrait arrêter de dire partout qu’elle ne sait pas mettre les mots alors qu’elle le fait très bien ;) Biiiz à toutes les deux.

  3. La nuée de fantômes à laquelle j’appartiens laissera aussi une petite trace ici. Moi aussi je m’apprête à renfermer dans la boîte à souvenirs 2012 des couleurs criardes, comme des douleurs criantes. Le temps peu à peu m’apaise, tant en me jouant parfois aussi des vilains tours. Régulièrement je passe ici, je lis, et rien je ne dis. Non que l’émotion ne soit là. Tu sais la provoquer, la partager et la propulser. Et je la comprends à ma façon à travers ce que je vis. C’est pourquoi aujourd’hui je m’attarde volontiers sur le pas de la porte. L’odeur du whisky, ça doit plaire aux fantômes…

  4. Les commentaires plus haut disent avec bien plus d’élégance ce que souvent je ne dis pas mais sache le bien, petite souris fantomatique des commentaires que je suis, je lis, j’aime, je vibre, je vis tout simplement quand je viens ici et je crois que peu savent le faire comme toi.

    Au plaisir de partager un bon whisky avec toi et de regarder cette année qui vient se faire enjôleuse et de lui rire au nez en lui disant « on verra bien, à plus tard »

  5. Belle et forte rétrospective. En tant que nouveau fantôme, je vibre au fil des mots si bien entrelacés, et reprends aussi espoir. Et si, en 2013, on se jetait vraiment à l’eau, prêtes à relever tous les défis, résolument optimistes ?

  6. Céline

    Un nouveau petit fantôme qui te dit qu’il aime tes mots, à chaque fois aussi émouvants ! A tous, je souhaite une année 2013 pleine de clarté nuancée !

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