Nostalgie grinçante

Dernier jour avant les vacances. Je me laisse bercer et par facilité, je prends le premier tramway qui passe. J’ai mal aux pieds – excuse minable. Je me case dans un coin, imperméable à tout, les écouteurs en évidence et les yeux clos. Une sale habitude, cette manie de vouloir arriver plus vite en ne profitant de rien ; le charme des transports en commun.
Il fait chaud, là-dedans.
Ne pas bouger d’un cil, espérer un souffle d’air, arriver vite.

Imperméable, tu parles.
Le tram redémarre et moi j’ai le coeur qui flanche. Il louvoie sur ses rails et moi j’ai le coeur au bord des lèvres. Il grince, dans la touffeur matinale, en balaçant des hanches comme une italienne ; et moi j’ai la tête ailleurs.

Comme d’habitude je suis accrochée à la barre mal placée sur les grandes fenêtres, sur la pointe des pieds. Je scrute les villages lovés sous les collines, s’arrêtant net avant le dernier champ surplombant le chemin de fer. Dernier souffle, dernière fraîcheur ; les coquelicots s’écroulent déjà dans les fossés.
On a aperçu la mer, tout à l’heure, cachée derrière une rangée de pins ; ne reste plus qu’une centaine de kilomètres avant les hauts murs, les falaises de béton, le linge qui sèche au-dessus des voies, les arrière-cours crasseuses.

Le tram cesse de grincer, et le Palatino qui m’emmène vers Rome s’évapore.

Leave a Comment