Tu es là à papillonner des narines, dans mon rêves, à agiter tes bras mollement, comme si tu allais t’effondrer à mes pieds. Tu es bleue, comme un ciel sans nuages, comme un beau jour d’été où les mômes roulent dans l’herbe avec leur vêtements blancs, bleue comme un joli trait d’argent qui trouble la surface parfaite d’un lagon pur. Tes yeux de biches s’étirent jusqu’à la démesure, de tes tempes glissent des tatouages jusqu’aux commissures de tes lèvres livides.
J’ai un peu de peine pour ta mort lente, mais sans contexte, la disparition de ton corps gracile sans densité ne m’émeut pas davantage. Tout juste est-ce un peu dommage ; on aurait pu enchainer les tableaux, passer de rêve en rêve, faire un bout de chemin ocre et sable sous l’épaisse chaleur estivale de nos songes – mais tu disparaissais en t’étouffant dans un râle, et le ciel bleu se déchire et bascule.
Ocre et sable. Le chemin prend la teinte rouille du fer qui décante en plein soleil. On peut zigzaguer sans contraintes entre les poutrelles qui émergent à peine du sol, et danser les yeux fermés jusqu’à ce que la terre se mette à tourner – de toute façon les trains sifflent toujours trop tard.
On pourrait encore errer comme des chats affamés un petit moment mais tu as fondu dans la chaleur d’un rêve antérieur, et je m’ennuie un peu, en équilibre sur un rail de chemin de fer, le nez en l’air.
Tiens, cette fois il n’y a pas de ciel.
