Barboter. A fleur de vague, collé au bois, les mains dans la flotte, paresser en s’activant, réfléchir en laissant travailler ses mains. Parler d’autre chose. Tirer sur les lignes.
J’ai rêvé cette nuit d’une journée calme, un peu brumeuse en mer. Une humidité bienfaisante qui assouplissait la peau tannée ds mains abîmées, les petites plaies sans conséquences gorgées de sel. Il faisait beau, et l’eau tapotait la coque sans empressement, à petites lampées sages. Il n’y avait pas beaucoup de poissons, mais les algues étaient belles, soyeuses et brunes, lovées dans le creux des rythmiques marines.
L’image d’après, plus de coque – plus de clapotis rassurant sur le bois, plus de soleil sur la crête des vagues.
La mer est pleine, comme une créature visqueuse et fade. L’horizon n’est plus rien d’autre qu’un nid de filets entremêlés ballottés par la houle ample et maligne. La mer monochrome, sans contrastes ; une marée de gris sales se frottant les uns aux autres dans une danse morbide et glauque. Tout est mort. Les cadavres gonflés de sel n’ont même pas l’honneur d’un dernier regard au ciel, enserrés par le chanvre et la corde sous l’étendue infinie des lignes agglutinées comme des pâtes trop cuites.
Des millions de kilomètres carrés de filets rêches et détrempés, sur une étendue infinie et morte.
Où glissent en grondant les supertankers, comme de gros insectes gras, achevant ce qui a pu survivre.
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Belle-Ile-en-Mer. « Plus d’espoir de retrouver vivant le patron-pêcheur »
- Le Télégramme, 10 avril 2012.
