La chauve-souris dans le beffroi

La création artistique est ingrate. Que l’on choisisse de créer pour soi ou pour les autres, le résultat est le même : aléatoire. Trop de facteurs entrent en jeu – notoriété (forcée ou non), talent, message, exécution – et si l’on ajoute à ça ce que l’auteur veut donner et ce que le public reçoit en réalité, la communication devient compliquée. On assiste alors à de curieux exemples ; outre l’artiste incompris, il y a aussi celui, plus rare, qui met tout son cœur dans une idée, manque lamentablement sa cible, mais réalise un coup de génie qu’il est, bien évidemment, incapable de renouveler.

Mais ce n’est pas de ce cas-là que je veux parler.

Le groupe auquel je pense se nomme Ram-Zet. Et il ne fait partie d’aucune de ces deux premières catégories. Leur message est parfaitement compris et pertinent, oui mais voilà : sa cible est trop petite.

Malgré trois albums plus qu’excellents, travaux d’orfèvre jusque dans la moindre dissonance, et malgré un quatrième album – celui qui nous intéresse ici – tout aussi réussi que les précédents, le groupe ne parvient pas à se faire connaître. Pire encore, il ne parvient même pas à signer plus de deux fois de suite dans le même label. Ce qui fait à mes yeux de leur histoire la plus grande injustice de l’histoire de la production musicale moderne, et de leur persévérance un courageux exemple d’artistes qui préfèrent rester collés au vent plutôt qu’abandonner (pour faire… quoi d’ailleurs ?)

Si j’ai développé une affection toute particulière pour ces cinq énergumènes, je ne le nie pas, c’est pour leur couleur et leur grandiloquence toute assumée. Toi qui cherches des orgues, des notes de piano sourdes et noires, des chauves-souris et des squelettes, viens donc écouter.

Cette orientation est à priori la raison de leur manque de reconnaissance. Si l’artiste doit faire 50% du chemin et l’auditeur le reste, eux envoient tout balader et réalisent près de 99% du chemin, autant pour l’ouverture d’esprit. Si vous avez le courage d’y jeter une oreille, j’aimerais que vous me contredisiez.

Pour les autres, ceux qui auraient préféré se faire leur propre idée, sachez que la voix de Sfynx est toujours aussi maîtrisée, avec sa chaleur aérienne toute particulière, sans oublier ses réguliers pétages de plombs d’enfant gâtée psychopathe. Que les mélodies, si elles évoquent majoritairement un genre de train fantôme pour adultes, restent en tête malgré leur complexité (apparente). Enfin, que si tu aimes la musique, celle qui n’en fait qu’à sa tête, tu devrais faire un tour dans le manège, pour voir.

If I had to say it’s all a lie
I’d do it with a certain mojo.

» Ram-Zet – Freaks in Wonderland en écoute sur Deezer

 

2 Comments

  1. Syluban

    Ca fait longtemps qu’on avait pas eu un petit texte sur la musique ! (Ca me manque un peu je dois dire).
    Je connaissais le groupe mais c’est vrai que je n’avais pas eu l’occasion de retomber dessus (blog, streaming ou affiches).
    C’est donc réparé grâce à toi.
    Merci.

  2. Oui j’essaye de me remotiver à écrire, non pas que je n’aime pas ça, mais j’avais l’impression de tourner en rond. J’essaye de changer un peu de rengaine. Content de voir que c’est apprécié, du moins utile! ^^

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