Elégance de la souffrance. De piques en certitudes, une petite douleur insidieuse qui s’amuse, coule du haut du crâne jusqu’au coin droit de la mâchoire, jusqu’à ce que l’illusion s’évapore – le réveil est brutal. D’une violence inouïe, à faire chavirer les murs, à s’enfoncer les ongles dans les tempes qui battent comme les sabots d’une harde folle.
Je me force à ne pas ouvrir les yeux, à respirer lentement, à me souvenir où je suis, ce que je vais faire demain. Demain, tout à l’heure, dans un quotidien rassurant et sage, à la même heure, à la minute près. Ma journée défile comme des lignes de code, jusqu’à ce que là , presque à la fin, je bute sur une idée fixe, une idée nouvelle, une idée angoissante. J’ai ouvert les yeux.
J’ai ouvert les yeux, merde.
Merde.
J’ai envie de me coudre les paupières, je les ferme comme si mes poings étaient des aiguilles, comme si rentrer mes mains au fond de mes orbites pouvait à jamais m’empêcher de les rouvrir mais il est trop tard – je n’arrive plus à les fermer, chaque idée me laisse hébétée, épuisée, les yeux arrimés au plafond.
J’ai le mal de mer.
J’ai 5 ans et on m’a poussé en haut du toboggan à la piscine. Je ne sais pas nager, j’ai froid et je me cogne d’un bord sur l’autre en hurlant. Sous mes pieds le bleu turquoise à l’odeur de javel se rapproche, plus définitif qu’un sol en béton.
Je m’échine bord à bord à agripper un côté, mais les idées ricanent et muent comme des serpents. J’ai le mal de mer et je voudrais que ça s’arrête, maintenant. Tout de suite.
S’il vous plait.
J’ai le cÅ“ur au bord des lèvres et faim à en crever. Je voudrais me rendormir. Je voudrais fuir.
Je me force à ne pas ouvrir les yeux, à respirer lentement, à me souvenir où je suis, ce que je vais faire demain.
Non, pas demain. Après. Dans quelques temps.
Toujours plus tard.

Magnifique assassinat matinal. Mais ça reste magnifique, dans l’expression.
J’aime la force de ce texte, la force avec laquelle il pénètre en nous.
Une force apportée par le champs lexical et un rythme interessant.
Et j’apprécie le thème également. Et le fait qu’il puisse être absorbé pour faire ressortir autre chose en nous qui nous est personnel.
Désolée. Et merci : )
J’espère que ce n’est pas trop répandu, quand même…
Merci beaucoup en tout cas !