Plus et moins que rien

Et soudain plus rien – plus rien d’autre que la valse lente du même rythme qui s’égrène et se dilue dans l’eau trouble d’un silence peuplé de songes. Un bruit, un souffle que rien n’anime, une impression fugitive, et cette illusion d’entendre toujours quand il n’y a plus rien, rien que moins que rien, rien à subir et rien à se souvenir. Une impression douloureuse qui emporte avec elle certitudes et équilibre.
Le corps s’abîme, en retombant toujours du même côté, à chaque pas manqué, à chaque marche qui craque, sans bande-son, dans l’odieux silence de celui qui est oublié et s’évapore.

Il faudrait qu’un bruissement doux remonte à la surface, comme une bulle d’air, dans un flot léger qui anime les rideaux tirés ; il faudrait une ombre, la silhouette de quelque chose de vivant qui se meuve enfin, donnant à l’image aplatie par la désillusion une perspective – un avenir.

Il suffirait de peu, mais d’un peu qui puisse tout ; tout envoyer valser, redessiner les surfaces, attendrir les coins de la page, rajouter de la texture, gonfler la respiration de celui qui gît sur la première marche, les yeux grands ouverts sur l’épaisseur lourde du plafond. Tout envoyer valser jusqu’à ce que la tête lui tourne et que sa démarche hésitante, à la limite de la nausée, lui indique enfin le nord.

Et là, le cœur au bord des lèvres, arraché violemment aux limbes, pourrait-il peut-être réapprendre à gravir les milliers de marches, pourrait-il se rappeler comment on marche – au rythme saccadé des vivants. A contre-sens.

2 Comments

  1. Que de poésie… je ne me lasse pas de le lire et le relire, faisant défiler des images différentes dans mon esprit, tant ton texte est « intime »…

  2. C’est un des plus jolis commentaires qu’on puisse me faire. Merci beaucoup…

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