Les steriles
Je suis immobilisée, allongée, le nez perdu dans l’immensité d’un plafond blafard, une chape de plomb peinte en blanc, une impossibilité encastrée entre moi et le ciel. Je ne peux pas bouger ; mon univers se réduit à mon champ de vision, une immensité blanche bordée d’un décor qui dégouline sur les côtés, et m’oblige à loucher. J’abdique – je m’en tiens là, à ce blanc qui brûle la rétine et agite le subconscient. Une page vide et de longues minutes à tuer, la tête sur un coussin – le cou tendu à la hache des vaines interrogations. Pas un frisson de froid, pas de douleur, aucun symptôme sur lequel se pencher, rien que cette activité cérébrale inepte et roborative, tout ça à cause de ces mètres carrés de béton blanchi à vif qui égraine sa monotonie sur mes fourmillements dérisoires.
Lorsque je pourrais bouger – lorsque je pourrais annihiler cette station horizontale forcée et abandonner cette résidence où personne n’habite vraiment -, lorsque je pourrais enfin être chez moi, je ne laisserais pas un centimètre au blanc. Je ne le laisserais entrer nulle part, ni sur les plafonds ni sur les murs, et surtout pas sur les planchers. Il n’aura pas le droit de cité, ni sur les meubles ni sur le linge, ni de se cacher dans les draps ni de se pendre aux rideaux ; il ne gagnera aucune bataille avec sa pureté maladive et sa froideur morbide.
Lorsque les passants lèveront le nez de leurs écharpes et observeront le plafond par la fenêtre de la pièce illuminée, ils ne découvriront que des lumières, des portes et des ombres mystérieuses ; rien n’empêchera leur regard d’imaginer la suite, après la poignée que l’on tourne ou le vantail que l’on effleure, rien ne leur ôtera la possibilité d’imaginer qu’après ce plafond, il y a le ciel et l’immensité infinie d’une multitude de probabilités douces ou amères.
Il n’y aura pas de blanc jaunâtre autour du halo aveuglant d’une ampoule nue ; il n’y aura pas ce lustre petit-bourgeois étriqué et ridicule pendouillant sous une moulure postiche.
En attendant, patiemment résignée, le nez sur mon plafond sans avenir, je vois avancer une fissure. Et je chéris cette petite victoire sur la propreté ambiante, irréprochable et stérile.






J’aime énormément la couleur, la chaleur qu’elle peut donner, l’uniformité qu’elle casse mais (ce « mais » qui vient tout casser) par petites touches pour ma part, j’ai un besoin absolu de teintes neutres, froides, de mélanges bois/métal froids presque impersonnels pour toi surement, de blanc.
Ça doit venir d’une contradiction de mes névroses, moi qui suit prête à hurler et jurer sur la tête de tous les gens de la terre à l’idée d’aller dans un hôpital, ces blouses blanches qui me flanquent la frousse comme une gamine de 3 ans qu’on va flanquer pour la première fois à la maternelle…