Je m’évade du bord de fenêtre quand toute l’attention est fixée sur le gâteau qui sort du four. Je me mêle à l’odeur et m’évapore d’une pièce à l’autre ; le rez-de-chaussée est un puzzle pour enfant, quelques pièces presque semblables emboitées autour d’un escalier sans fin. Je grimpe marche par marche, là où le bois ne craque pas, le nez pointé vers les portes fermées sur l’étage. J’en ouvre deux, fouine un peu des yeux ; tout est là, et rien n’a bougé, des couleurs passées à l’odeur de poussière patiemment rangée sous les tapis.
L’année n’a pas vraiment d’importance, ici.
L’escalier grimpe encore jusqu’à l’étage oublié des enfants grandis depuis des décennies. Ici gisent d’immenses souvenirs accrochés aux toiles d’araignées du grenier, cachés dans les bibliothèques scolaires, enfouis sous des édredons immenses encore gonflés de rêves, de chagrins et de colères.
Je suis une étrangère ici, un spectateur d’un autre monde, plus jeune et moins serein. Le silence de mes pas est la seule confidence que je puisse apporter à cette ossature craquelée et ces planchers gris. Je suis au sommet des années écoulées ici, entassées comme des strates géologiques.
Je redescends sans empressement. Les choses immuables ne bronchent pas sur mon passage et je n’espère pas la danse des poussières dans un rayon de soleil.
L’année n’a pas d’importance, au fond.
Mais je vous la souhaite agréable, plus que la précédente, moins que la suivante ; je vous la souhaite succulente, même. Et que les vents vous soient favorables…


Et bien je vous la souhaite haute en couleurs, cette année, aussi bien dans l’assiette que dans l’objetif photo ou sur vos écrans. Prenez-en plein les mirettes, profitez de ces éclats avant qu’ils n’aillent rejoindre les autres étages et passent.