Arithmétique

Ivy (10) par Moeity

A l’instant même où elle claque la porte, tout est soufflé. Et le couloir s’allonge de façon grotesque, alors qu’elle perd pied. Attirée par le vide. Le claquement d’une porte, le coeur qui fait un bond, et elle qui se délaye dans le noir comme l’eau accueille à bras ouverts d’épaisses coulées d’encre. Le lieu la boit comme un sirop amer. A l’instant même où elle se fond dans les murs, elle devient un motif de la tapisserie ; Et comme elle dégouline sur le plancher, elle remplit les interstices du bois avide.

Dans ce lieu froid et humide, sombre comme une caverne, elle s’invite dans le tableau vivant des incomplets. Sur les murs s’affichent des silhouettes fortes, lourdes comme de vrais corps, calmement concentrées dans leur immobilité morbide. Des milliers d’individualités sans histoires. Des trophées de chasse pour l’oubli. Des gens dont personne n’a jamais prononcé le nom, qu’il soit hurlé comme une insulte ou murmuré sur tous les tons du plaisir.

Elle éclate en petites gouttelettes sur les plafonds, et sillonne les murs jusqu’à l’angle du couloir. Ses pas ressemblent à des larmes noires ; Elle s’épuise à aller plus loin encore, se distille sous les papiers peints, s’efface en marbrures. Sa dernière part d’individualité sera pour son insatiable curiosité, au bout du couloir. Là où elle espère encore être un peu seule, derrière une porte qui grince.

La porte claque, et elle est projetée comme une insulte. Dans le brouhaha elle distingue les ronronnements d’un moteur, les ronchonnements d’une vieille, les notes discordantes d’une partition jouée par un musicien saoul. Elle est dehors, sur un trottoir. Petite chose sans saveur que même l’oubli méprise.

La vieille ricane.

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