No.0923835 by =yukanext
La piste. La poussière. Tes mains accrochées au volant. Ta vie suspendue dans une fragile coquille.
La vitesse s’engouffre jusqu’au fond de ta gorge, comme le vent du désert. Tu ne respires plus qu’à petites lampées précautionneuses. Comme un presque mort. Et la conscience d’être aux frontières de la capacité physique humaine te plait, même avec la gorge sèche, la rétine brûlée, les mains soudées à un bout de plastique. La toute-puissance dans un bout de tôle.
Tu l’as tant rêvé.
Les tours s’enchaînent. Douce routine de celui qui se met en danger dans le cadre gentillet des limites de la bienséance. La foule vibre de petits interdits médiocres, et halète à ta place pour que tu n’oublies pas de respirer. Tu es la toupie des envies jamais rassasiés, que l’on ne libérera jamais. Et tu tournes… Dans ta fragile coquille multicolore.
Et les tours…
Chaque silhouette rivée à son siège n’est venue au spectacle que pour assister à la mise à mort. Dans les virages qui s’égrènent, la beauté n’est pas dans le rythme lancinant des petites boules multicolores lancées à pleine vitesse dans les virages ; Elle est dans le geste ultime de celui qui le premier abandonnera le sage ruban gris pour aller embrasser le sable et la poussière. L’émotion n’est pas lorsque qu’un petit homme frêle brandi le champagne, les fleurs et la fille, mais lorsque son bolide se fracasse contre le mur dans un feu d’artifice morbide.
Tu le sais déjà : La gloire est à celui qui meurt à côté de la piste. La gloire pour la petite coquille creuse qui explose dans une gerbe d’étincelles et se libère en quelques secondes de sa condition de toupie sans conscience. La gloire revient à celui qui fait vibrer la foule dans la fade odeur du sang mélangé à l’essence.
Tu es la toupie de ton époque. A toi seul incombe l’immense responsabilité de les faire vivre et frémir, l’espace d’une seconde. Il faudra mettre tout ton art dans cette sortie de piste.

