Les illégitimes

Of a feather by ~carrionshine

Elle scintille de milles feux, ta belle endormie sur un coin de canapé. Au-dessus d’elle un miroir s’incline sur sa beauté frêle, et sa blancheur maladive luit dans l’aube, irréelle. Jamais tu ne te risquerais à l’éveiller.
Elle est belle comme ces personnages de haut rang dans des tableaux aux couleurs chatoyantes, avec cette épaule ronde et nue qui te hante ; Et tu te rends malade à les contempler, elle et son amant.
A ses pieds gît un jeune homme verdâtre, au teint brouillé sur des yeux clos, la main crispée encore sur un goulot. Un soûlard. Un héros. L’homme à abattre.

La cheminée fulmine en chuintant dans un coin de la pièce et jette sur le couple des reflets cendreux. Ils ne sont beaux que parce qu’ils sont deux, parce que leur sourire n’a pas affronté la vieillesse, le froid, la solitude des malades, la tristesse des gens laids. La trahison a transpercé, déjà, l’aube naissante, Et sur la toile dégorge une griffure sanglante L’odeur de mort te faire rire ; Tu t’y plais.

Te te plais dans cette scène, cette fin d’acte sans musique où tu sors de l’ombre, enfin, pour hurler aux spectateurs muets que tu n’es pas stupide, que tu savais, et quelques autres mots sans intérêt qui peuplent ta réplique, ressens-tu l’immonde solitude des gens laids, l’injustice criante : Ils sont deux à être beaux, et amants ; Et le public tressaille pour eux seulement…

Il n’y a pas d’amours illégitimes quand l’autre est mal fait.

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