Le sens de l’expérience
La voix rocailleuse, les cheveux fous, l’air pas réveillé – Les jambes dans le vide, au-dessus du parapet. Il est l’heure, l’aube du dernier jour du monde. La scène est comme on l’aurait imaginé dans un mélo pour jeunes filles. Manque la guitare lancinante, manquent les chromes sur une voiture d’un bleu doux comme les couleurs de la mer ; A l’aube du dernier jour.
Car Study by Cainadamsson
Il n’y a personne, juste un virage, les vagues en-dessous, et toujours ses cheveux fous. On peut s’attarder sur les couleurs un peu vintage, comme une carte postale cucul qu’on vend très cher le longs des plages immenses et sans caractère. On peut toucher du doigt les courbe du parapet déglingué, les courbes de son air négligé. On peut presque imaginer être là, pour vivre les derniers instants du mélo menthe à l’eau, posés nous aussi sur le parapet immobile devant un panorama débile.
Très cinéma. J’aime bien ça.
Quelque chose cloche.
Pourtant le sourire à peine esquissé est parfait, la fossette seulement d’un côté, l’ombre naissance le long des joues. L’endroit est juste ce que j’imagine, une route sans personne. Pas un bruit – Même pas une mouette pour crier son désespoir et tuer la scène de son sample remasterisé.
Pourtant la voiture n’est pas si mal, un peu cabossé, avec juste ce qu’il faut de boue séchée au bas de la calandre. L’air est salé comme il faut, avec un arrière-goût de gomme le long des traces laissées par les pneus. Le cocktail est parfait, une couche de bleu au fond, du jaune juste pour relever et du mauve et rose pour poudrer.
La fille est jolie, dans les souvenirs.
Mais quelque chose cloche.
Quelque chose.
C’est moche.
Il sent le propre.
Il sent le savon, jusque derrière les oreilles.
Il sort de la douche.
Il a soigné sa mèche ; Il a mis de la crème sur ses mains pour qu’elles soient impeccables, posées sur le parapet. On a rajouté de la poussière sur ses vêtements, mais l’étiquette dépasse en bas du blouson acheté la veille. Ce type. Il ne doit jamais y avoir de trous dans ses chaussettes.
Il sent le savon. Et le shampoing doux. Avec un soupçon de miel.
Il sent les trucs cuculs entassés sur les étagères de la jolie fille des souvenirs.
Virez-le, bon dieu, virez-le de ma scène.






Souvent les souvenirs embellissent les filles… Mais juste ce qui faut pour qu’elles fassent mordre la -vraie- poussière à ce lui qui n’a jamais eu s’arracher les coudes ni les mains