Des babines et du sable
Tu te moques. Moi aussi, d’accord ; Il y a de quoi, à le regarder courir comme un lapin maboul, un lévrier atrophié. Un long nez, de petites pattes courtes et de l’écume des pieds à la tête. Shampoing gratuit, entre sa bave et quelques gouttes de pluie. Il est ridicule, d’accord. Et moche, avec sa toute petite caboche et son jappement de bête foirée. Il me fait penser à un tout petit foetus sans poils qu’on aurait laissé grandir par accident dans un bocal de formol un peu trop grand.
D’accord, il est laid, à gambader comme un surhomme, le pif à la hauteur des grains de sable. Il ne dépasse pas le plus petit rocher ; Et dans une mare à crevettes il n’aurait même pas pied.
Mais elle est aimée, la baveuse petite chose qui s’échine à remonter la pente. Ces roulé-boulé dans la dune amusent, on s’occupe des tonnes de sables entassées au fond de ses petites oreilles pointures rabattues comme un chiot geignard comme si c’était la chose la plus précieuse au monde ; Son poil ras, parfumé à la vase et aux crabes crevés, on le caresse quand même.
Peux-tu dire de même, gentil homme esseulé sur ta serviette, sur une plage où pas un gramme d soleil n’atteint ta peau pâle ? Prendra-t-on soin de toi, au retour d’une baignade forcée, te lavera-t-on en riant, t’offrira-t-on un nouveau collier de cuir pour remplacer l’ancien, emporté par une vaguelette assassine ?
Tu es plus mal loti que le plus laid des chiens, gentil homme, malgré ta lippe boudeuse et ton air moqueur. Tes pattes sont longues comparées aux siennes mais personne ne t’ouvre les bras au bout de ta course ; A quoi sert de t’ébrouer la mèche blonde si tu ne fais rire personne ? De te rincer la peau salée pour l’adoucir, si aucune main ne la touche ?
Seul, tu es plus mal loti que le plus moche des animaux de compagnie.
Photos : The spot // And the perspective






