Un lien ténu
J’ai dansé des heures sur le fil, en équilibre sur une partition aléatoire où des croches enlevaient des noires et les enfermaient à double tour avec le brusque concours des clés de sol. Sur ce même sol jonché de décombres et de crins des chevaux fous que tu baladais pour me rendre folle.
A tombeau ouvert, de corde en corde, à s’y pendre – Nous avons joué des notes impossibles à lire et à décrire. Et dans le carnet ouvert s’effilochent des lignes et des lignes de morceaux inachevés, prêts à en découdre fil à fil.
Dancer by EvasionK
Détricote-moi de là.
Secoue l’instrument de ta vengeance et laisse aller tes doigts dans d’autres chevelures. J’ai donné mon corps à la science, à d’autres danses. D’autres mains en cascade m’emportent par saccades, j’ai les bras arrachés, les yeux exorbités, la mine affreuse d’une échevelée qu’on voudrait sortir de l’asile. Je m’y sentais bien, dans le creux de tes mains, à battre la mesure des riens absolus de cette vie dissolue.
Abats les chevaux de ta conscience. Je suis trop vieille pour me promener encore, comme une danseuse d’opérette, légère et gracieuse. Mes veines éclatent sous l’effort, mes jambes flageolent, je ne suis plus qu’une petite marionnette ridicule qui s’agite, frénétique, comme les poissons hors de l’eau. J’ai une peau d’écaille et l’odeur d’une place après un marché, celle des fruits pourris.
J’ai dansé des heures sur le fil, en équilibre du bout des cils, suspendue à tes regards.
Je me décroche et m’effiloche, de corde en corde, avec un adieu dérisoire pour chacune. Je file, me faufile et me défile jusqu’à disparaitre au fond du néant, là où tout résonne.
Je me fonds dans le bois, comme dans un bateau mort, un coquillage sur un rocher. Je disparais, pour résonner plus fort.
Violin by Carchar0th
› Inspiration musicale : Czárdás, tiré de l’album Gypsic de Sarah Nemtanu






