Nez et genoux
« Tu la vois l’étoile, là ? C’est la grande ourse. »
Je prends l’air inspiré, et je tends mon bras. « Oui, là ! » – Il sourit, j’ai gagné ma tranquillité. Il suffit de peu, juste d’une immensité, d’être minuscule, et de viser au hasard. Il est captivé par les histoires qu’on lui a raconté, quand il avait la tête au niveau de ses genoux, et que son grand-père lui apprenait la carte du ciel par la lucarne du grenier.
Il trouve ça beau. Moi, j’ai froid.
Shooting Stars by DeviousClown
Il y a la mer qui renâcle, pas loin. Je l’entends piaffer et frapper le sable. On a du lui retirer un cadavre.
Elle ne les rend jamais sans rien en échange, il parait. Je me demande ce que ça fait, de se noyer. Ça doit être désagréable. Et froid.
Il continue sur sa lancée, la grand ourse, la grosse pelle et je ne sais plus quel symbole chinois. Il a des étoiles dans les yeux, à parler de tout ça. Moi, j’ai de la brume sur les lunettes.
J’aimerais mieux être sous la couette, la lampe torche allumée et un bouquin interdit sous le nez. Il y fait plus chaud, et moins humide. Et la mer se tient coite.
Je sais qu’il veut faire de ce moment quelque chose d’unique. Cet air béat, ces grands moulinets des bras, ça part d’une bonne intention. Je sais qu’il pense en terme de transmission, de valeurs, et de souvenirs. Il est un peu ridicule, le nez en l’air. Il va se coincer le cou, et il dira demain en riant que ça en valait la peine.
Je ne lui dirai pas que je m’en fous.
Stars by NuagePluie
Je garde mes bras autour de mes genoux, le nez au creux de mes coudes. J’écoute le babillage de l’être distendu à mes côtés, sans vraiment rien retenir. J’ai déjà tout lu dans mon livre. Et puis je ne vois même pas ce qu’il me montre du doigt. Je suis trop petit, je suis myope, et ça ne m’intéresse pas.
Je suis injuste, aussi.
J’ai tous les droits, d’être cruel et de montrer de la mauvaise foi.
Je suis injuste et j’aime beaucoup ça.
J’ai 7 ans, le nez à la hauteur de ses genoux, mais le pouvoir de le mener là où je veux. Parce qu’il veut me plaire. Parce qu’il ne sera jamais mon père.







Ce qu’il est dur celui-ci.
Et le pire c’est probablement que je m’y suis un peu reconnu.
Je suis du genre à me passionner pour une carte du ciel et totalement incapable de le « lire » en vrai.
Et pourtant, il a essayé en son temps…
Je suis d’accord avec feufol, il est aussi dur que la vérité qui sortira de la bouche de cet enfant, ce texte.
@Feufol :: Les enfants sont cruels. Il faut vieillir et se retrouver en adulte pour comprendre ce que l’on a fait subit aux autres… Et c’est une culpabilité qui ne se dissipe pas facilement.
Quand bien même elle était justifié.
@Etienne :: Ou des adultes qui l’entourent…