Café, clope et brosse à dents
Ce moment précis du matin. Le jour à peine levé, le barman mal réveillé. Les conversations qui s’entassent au milieu de la poussière, la lenteur précise des économies de gestes. Ce temps suspendu où chacun respecte le silence de l’autre, et où les seuls décibels acceptés sont ceux du claquement de la tasse sur le zinc. Ces matins-là.
Coffee, cigarette n morning by Zeazea
Les nuits n’étaient que des siestes éparses. J’avais trainé quelque part jusqu’au petit matin, échevelée sur une quelconque piste de danse, cuite dans un coin de pub, perdue dans une soirée où je ne reverrai jamais personne. J’avais été ridicule, probablement, à côté de la plaque comme d’habitude, adolescente attardée, sûrement.
Ce moment-là n’était qu’à moi. Une planche de salut dans un océan de bêtises. Un repère absolu dans un avenir indéterminé. Qu’importait le lieu, il y avait toujours, vers 6 ou 7h du matin, une salle vide où somnolait un serveur inconnu. Il y avait une tasse de café, et le droit de fumer à l’intérieur.
Moi, mon café, ma clope et un bouquin, comme un cliché serein et presque un instant d’adulte. Et le silence.
A peine une heure dans un monde qui tournait autant que ma vision des choses après une soirée d’étudiante irresponsable. Sans magie, sans grand intérêt, avec cette impression de déjà-vu qu’ont déjà eu des milliers d’infortunés échoués là, au matin, avec exactement la même l’impression d’être seuls au monde. Et d’en être heureux.
A peine une heure avant de croiser mon reflet dans les jeux de glaces, à la lumière d’un soleil timide. Avant qu’éclate à chaque fois la vérité affreuse d’être moins adulte que poivrot, moins littéraire que complètement à l’ouest, avec ce fichu bouquin à l’envers ou presque. Avant de fuir, ventre-à-terre, vers la pénombre d’un appartement de passage.
On est con, quand on a pas 20 ans.
On ne fume plus, dans les cafés des 6h.







en meme temps, je ne fume plus non plus… bouhouhou