De l’éducation

On a de la chance, cette année : Pas de multiples reportages sur comment bien réviser, quels aliments manger pour améliorer sa mémoire, quelles gélules miracles avaler avant les examens, dans quelle église prier et dans quelle direction… A peine l’âge des bacheliers les plus jeunes et les plus âgés, un « Demain c’est philo« , et emballé c’est pesé ; Il faut dire que cette année, on avait mieux à faire, il y a Coupe du Monde.
On verra l’impact du sport sur les résultats du bac 2010, d’ailleurs. A moins que cette année on pondère, comme lorsqu’on décide soudainement que l’épreuve de maths est trop difficile – 10 jours après l’épreuve ?

Here we go by Maskqueraide

Pas de litanies molles sur l’état des bacheliers donc, pas de parents hystériques ou larmoyants devant les lycées. Mais une petite réforme en douce, comme ça, éviter le redoublement parce que c’est traumatisant pour les enfants.

Devant ma télé, je ricane, je m’étouffe avec un bretzel et je crache mon fiel. Je me demande où est passé la problématique de la maturité des enfants qui ne sont pas encore prêts pour suivre la classe correspondant à leur âge, de l’adaptation aux programmes, des difficultés jamais résolues ; Je me demande où est passé l’accompagnement, les cours en demi-groupes, les mises à niveau obligatoire. Et puis au moment où je m’y attends le moins, il y a ces mots prononcés par une professeur : Il ne faudrait pas oublier qu’avant d’être une mesure pour aider les élèves, c’est d’abord un moyen de gagner de l’argent, et qu’un lycéen qui redouble coûterait dans les 6000€ à l’Etat.

Ah. Le voilà, le souci. Le coeur du problème… Pour les rejetons qui trébuchent au lycée ou au collège, c’est à l’État de mettre la main au portefeuille. Alors vite, faisons-les tous passer en classe supérieure, tous heureux d’avoir le bac en poche, et échouant par milliers sur les larges marches de la Fac. Les dents bien serrés sur le bitume – Félicitations petit, bienvenue dans la vraie vie.
Mais ce n’est pas bien grave, que ces mômes ne sachent plus où ils en sont, loupent deux fois une première année, se réorientent par défaut… Après tout, cette fois ce sont les parents qui payent les études supérieures.

A different point of view by IrisVoronoi

On ne fait jamais grand chose de bon dans un Etat qui méprise l’éducation.

Alors on parle ça et là d’amener des clowns faire de la figuration dans les classes de seconde pour rendre « amusant » et « ludique » la géopolitique ou la littérature. On fera des jeux de société avec des pions en forme de Napoléon et on regardera tous les films dérivés d’un épisode historique ou d’une grande oeuvre littéraire, parce qu’il ne faudrait pas les dégoûter en les obligeant à lire, hein, ça ferait moins de candidats en L.

On transforme les professeurs en amuseurs publics tout juste bon à « animer » une grande séance de perm’ améliorée, et on relègue les enfants à une vague donnée économique future.

Tout ça pour célébrer le bac comme une finalité en soi et envoyer dans les pattes de l’université publique de jolies têtes blondes à qui on inculquera le devoir de bien la fermer en apprenant par coeur et de l’ouvrir en manifestant dès que l’occasion se présente.

Mais de réfléchir par soi-même, par contre, jamais. Ni avant 18 ans, ni après.

« Faut-il oublier le passé pour se donner un avenir ? »
« Le rôle de l’historien est-il de juger ? »
« Dépend-il de nous d’être heureux ? »

Repartons annoner gaiement des platitudes incomprises.

14 Comments

  1. « Mais de réfléchir par soi-même, par contre, jamais. Ni avant 18 ans, ni après. » Mais tu n’y penses pas, voyons ! n’oublie pas qu’il s’agit potentiellement de nouveaux électeurs.

  2. … Et consom-acteurs. Ahah.

  3. La grande majorité des étudiants du supérieur sont dans le public en France, c’est donc toujours l’Etat qui paye. Par contre aucune idée du coût d’une année en fac (en prépa c’était je crois autour de 15000€ il y’a qques années).

  4. « éviter le redoublement », ça s’appelle « lissage des parcours » dans la maison Education Nationale…et c’est une pratique courante depuis que j’y suis entrée en 2000. Comment crois-tu que les 80% d’une classe d’âge arrivent au bac ???? c’est navrant… et mes collègues ont beau râler et s’y opposer, rien n’y fait !
    Quant aux cours en demi-groupes, un obscur rapport estampillé Educ’ Nat’ a été pondu par des experts sortis d’un chapeau de sorcière stipulant que l’efficacité de l’enseignement en groupes réduits restait à prouver. En clair, que les élèves soient 20 ou 40 par classe ne changerait rien à l’enseignement d’une discipline… Je me suis étouffée avec un Bretzel il y a 7 ans quand j’ai entendu ça…et je crois que les miettes sont toujours coincées.
    Mais, chuuuuuuuuuuuuut, mon devoir de réserve m’interdit de parler.

  5. @ François : quelques chiffres ici : http://www.education.gouv.fr/cid11/le-cout-d-une-scolarite.html
    Curieusement, on n’y retrouve pas les chiffres pour l’Université… Ceci dit, je pense qu’ils doivent vraiment varier d’une Université à l’autre (comment ça, il y aurait des universités plus riches que d’autres et susceptibles potentiellement d’apporter plus de services à certains étudiants ??? ).
    Je sais que l’Université où je travaille a fait ce genre de calculs et les coûts sont vraiment variables d’une filière à l’autre….je vais tâcher de retrouver ça si ça t’intéresse.

  6. @Francois de ce que j’en sais, ça peut aller de 300€ l’année a près de 2000€. Chiffres tirés d’un reportage France2 il y a quelques années, a manier avec parcimonie. Si je retrouve ça, je te fais signe!

  7. @François et Selenite : d’autres chiffres ici : http://insee.fr/fr/themes/theme.asp?theme=7&sous_theme=3
    Seul bémol : les chiffres pour le supérieur ne font pas la distinction entre les universités et les grandes écoles…Or le coût d’un étudiant en CPGE n’est absolument pas le même que celui d’un étudiant en fac.
    Pour l’université, les calculs en fonction des filières prennent en compte le matériel utilisé et nécessaire à l’enseignement (en sus des équipements informatiques pour tous, des BU, du chauffage…). Les étudiants en Sciences coûtent donc bien plus chers que les autres…

  8. Désolée pour le spam…mais sur le site de l’OCDE, un grand nombre de chiffres : http://dx.doi.org/10.1787/682383808534

  9. Sur le coût des étudiants, dans le public il y a même quelques astuces pour que quelques étudiants rapportent de l’argent. Par exemple le DESU : une année de stage (donc aucun cours), dans un labo public attaché à l’Université, gracieusement indemnisé à 0€ avec des frais de scolarité massifs (à Toulouse III, le DESUPS est la formation dont les frais de scolarité sont les plus élevés). Certes il y a quelques coûts : le dossier administratif de l’étudiant et les 3 membres du jury de soutenance… Et chaque année les labos récupèrent des étudiants ayant validé leur M1 mais n’ayant pas été admis dans les M2 qu’ils ont demandé. Sachant que le DESU n’équivaut évidemment pas à un M2, mais augmente théoriquement les chances d’être admis en M2 l’année suivante.

  10. A lire tout ça, ça me parait terriblement complexe et surtout beaucoup trop variable. Pas très clair, en réalité… Comment s’y retrouver ? Comment choisir le meilleur parcours, quand on a un budget limité ?

    Je me souviens que lorsque j’étais à la fac (privée), je coûtais 750€ / mois à mon père. Tout compris : Logement, frais d’inscription, nourriture, fournitures, etc.
    Mais j’étais dans une toute petite ville avec un budget logement réduit.
    La fac publique, plus lointaine, même budget : Le logement était un peu plus cher, le budget nourriture aussi, bref, les frais d’habitation dans une ville explosent.
    C’est une somme extrêmement importante dans tous les cas… Les parents doivent amputer beaucoup de leur budget pour permettre à leurs rejetons de suivre des études. Alors quand on loupe une année, quand on se trompe d’orientation, c’est beaucoup d’argent qui part en fumée.
    Quant aux étudiants qui sont obligés de travailler pour payer leurs études, ils sont souvent en échec et doivent parfois choisir… Je crois aux Etats-Unis il y a une vraie politique du travail étudiant, facilité et souple, mais ce n’est pas dans les moeurs en France.
    Dommage…

    On ne parlera pas non plus du manque d’orientation des lycéens vers des filières qui embauchent, au lieu de les laisser aller se casser les dents dans des formations débouchant sur des secteurs sinistrés en terme d’emploi…

    Pour moi l’éducation en France, c’est un énorme gâchis, sur le plan financier mais aussi social.

  11. A l’heure actuelle, le système scolaire fait déjà qu’on ne redouble pas au milieu d’un cycle (CM1 par exemple) quitte à balancer dans la classe du dessus un gamin qui n’a ni le niveau, ni la maturité.
    Mais des propositions du gouvernement pour l’éducation, il y a bien pire, l’école à 2 ans, plus d’élèves dans les classes (c’est vrai quoi, y en a pas assez), on supprime les postes et tous les parents qui ont des gamins dans le public peuvent constater les non remplacement de profs.

    Mais c’est vrai, ceux qui sabrent si allègrement notre école publique, ils envoient où leur propre progéniture ?

  12. @Dom :: J’ai fait tout mon collège et mon lycée dans un établissement privé ; Honnêtement, si les équipes pédagogiques sont en général plus concernées (et moins malléables, ce qui ne fait pas toujours l’affaire des directeurs…) par leur enseignement, ça n’empêche pas qu’ils soient également tributaires des réformes de l’éducation…
    Donc, là aussi il y a trop d’élèves par classe, pas assez d’enseignants (On parle « d’absentéisme » des profs… Honteux… Aujourd’hui on est pas capable de remplacer un enseignant qui part 2 semaines ou même un mois en congé maladie, ce qui peut arriver à n’importe qui ! Et ce n’est pas au professeur de trinquer pour ça), des programmes stupides à suivre, des inspecteurs parfois à côté de leurs pompes…
    A part quelques grands établissements privés de renom (et de pognon), la plupart des lycées et collèges privés sont de petites structures provinciales jugées vieillottes et peu rentables, ne l’oublions pas non plus !
    C’est tout le système qui part en vrille.
    Et quand on éduque pas une génération, on peut s’attendre au pire.

  13. je garde cette citation: « On ne fait jamais grand chose de bon dans un Etat qui méprise l’éducation. »
    tout est dit: mépris
    de l’éducation, des institutions, du peuple
    c’est grave.

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