Une exécution ordinaire – Marc Dugain

Si écrire peut se faire dans la douleur, lire peut également être une souffrance. Mais je déteste déposer les armes avant d’avoir combattu. « Une exécution ordinaire » aurait pu se vanter de m’être tombé des mains, mais j’ai décidé, têtue comme une mule, que je ne ferai pas ce plaisir à Marc Dugain – L’auteur de cette pénible ascension littéraire.

Au mois d’août de l’an 2000, un sous-marin nucléaire russe s’abîme dans des profondeurs accessibles de la mer de Barents. Vania Altman ferait partie des derniers survivants. Dans un port du cercle polaire, la famille Altman retient son souffle : elle risque une nouvelle fois de se heurter à la grande Histoire. Un demi-siècle après la mort de Staline, c’est désormais un ancien du KGB qui gouverne la Russie.
Après nous avoir fait pénétrer dans les coulisses du FBI avec La malédiction d’Edgar, Marc Dugain offre ici une véritable fresque de la Russie contemporaine. Inspirée de faits réels, elle révèle le profond mépris pour la vie manifesté par les gardiens paranoïaques de l’empire russe.

(Source)

J’aime bien les synopsis qui sont de véritables spoilers. Car le livre n’est pas construit pour que l’on relie, de prime abord, les petites histoires de personnages déconnectés les uns des autres. C’est la dernier tiers de l’ouvrage qui révèle la véritable forme de ce Tetris aux formes étranges. Une bonne idée a priori, quoique mise en application ici de manière quelque peu confuse, voire obscure.

C’est une fresque de la Russie des années 50 à nos jours, nous dit-on – C’est une opinion que je ne partage pas. Ce récit n’a pas le charme d’un roman, il n’a pas non plus d’intérêt documentaire. Il mélange des personnages aux traits semblables, sans caractères, confinés dans des dialogues qui ne sont que des monologues d’alcoolique philosophe à ses heures. Aucune personnalité ne réussira à se dépêtrer de cette galerie des masques tristes – Probablement parce que l’auteur prend trop de place, placé au-dessus de ces infortunées marionnettes dans la construction d’un récit plat et rempli d’omnisciences. Quant aux personnages historiques, comme Staline, Poutine, Eltsine, que dire sinon qu’ils respirent à plein nez le cliché, l’envie de leur créer un passé miteux, de leur rabattre le charisme – Ça sent un peu la bave du crapaud, en réalité, quoi qu’on puisse penser de ces personnages.

« Une exécution ordinaire » est le roman d’un auteur qui s’écoute écrire, amoureux du grattement de sa plume sur le papier, et qui aime faire passer ses petits soldats de plomb pour des Madame Soleil lors de leurs grands monologues sur le sens de la vie et de la société, civilité ou politique, en Russie. C’est ennuyeux, et assez mal amené.

C’est surtout dommage, parce que le scénario n’est pas mauvais et que Marc Dugain tenait là une plutôt bonne idée de roman. Mais à force d’user le concept des petites histoires dans l’Histoire jusqu’à la corde, il aurait au moins fallu trouver une quelconque originalité, apporter de la densité aux caractères, soigner la forme.

Au lieu de ça, on a un roman fadasse qui ravira la ménagère de plus de 50 ans qui aurait gardé son âme de midinette et soupire de bonheur dès qu’elle passe la porte d’un France Loisirs. Faire d’une fresque historique un roman de gare, c’est un raté qui peut faire mal.

Mais ceci n’est évidemment qu’une opinion personnelle ; « Une exécution ordinaire » aura eu son petit succès, au point d’être adapté au cinéma… Du moins, pour la première partie du scénario. A lire le roman, je me suis simplement demandé comment on pourrait tenir 1h30 de film sur du vent, des monologues pleurnichards et un dynamisme du récit frisant la maladie du sommeil.

En fait, la première partie tient entièrement dans cette bande-annonce…

… Nonostant quelques longs monologues staliniens bien épais.

Même si le dernier tiers du roman s’anime un peu, que l’on comprend enfin où Marc Dugain veut en venir, il reste l’amertume de s’être fait balader pendant la majeure partie du roman.

Ma déception est probablement à la hauteur de l’attente ; Je pensais y trouver quelque chose de l’âme russe et je n’y ai trouvé que des clichés poussiéreux collés au fond d’un verre de mauvaise vodka – Un seul cliché en réalité, asséné  tout au long des quelques 349 pages… Du gâchis. Une bonne idée ne fait pas tout : La forme compte autant que le fond. Un livre peut-être écrit à la va-vite ? C’est l’impression qu’il m’aura laissé.

Évidemment, je suis curieuse de connaitre vos avis si vous l’avez lu.

» « Une exécution ordinaire », de Marc Dugain, publié aux Éditions Gallimard en février 2007. 349 pages, 18,91 €.
» « Une exécution ordinaire », le film

Lousia

5 reponses a “Une exécution ordinaire – Marc Dugain”

  1. Bôôh dit :

    Pas lu mais vu le film (qui ne s’occupe que de la partie stalinienne). Flemmard, je recopies ici un avis envoyé par mail à Viinz :

    Pas trop mal, mais pas « bien ». Des scènes inutiles (la voiture qui file avec le ralenti, j’ai cru au générique d’un mauvais téléfilm allemand), un scénario correct, un climat stalinien réussi et par intermittence du bon dialogue (l’humour féroce des scènes avec Staline, plus c’est horrible plus Dussolier est bon).

    Des acteurs dans le ton du film, bancal :
    - Marina Hands ni trop retenue ni trop exaltée, mais manquant de quelque-chose
    - Dussolier très crédible en ogre mourant
    - Edouard Baer trop Edouard Baer (le regard vers le haut quand il revient sur la fin, même coup que la scène de voiture…) ou trop retenu, pareil que pour M. Hands, ça manquait de quelque-chose
    - Tom Novembre parfait comme d’habitude (dans un tout petit rôle). C’est décidément génial comme ce mec dont la gueule est censée n’être crédible dans aucun rôle réussit à peu-près partout.

    Reste la photographie, c’est sombre (éclairage des appartements et de l’hôpital manquant de puissance, jour gris, visites nocturnes chez Staline…, les décors sont à la hauteur d’une Russie des années 50, la datcha du clair ruisseau donne envie de visiter le coin, mais l’astuce finale est, comme beaucoup de choses, du niveau d’un très mauvais téléfilm.

  2. Lousia dit :

    Et bien tu vois, ce que tu décris je l’ai absolument ressenti dans le livre.
    Comme quoi, Marc Dugain reste cohérent jusqu’au bout.

  3. Etienne dit :

    pas lu, pas pris
    et là, et bien je ne pense pas que cela arrivera

  4. Lousia dit :

    @Etienne :: Tu veux dire que tu te laisse honteusement influencer par mon avis négatif ? :D

  5. Etienne dit :

    Tout à fait, c’est bien tout le point d’aller lire les avis des autres non ?
    Ce n’est pas comme si j’étais affamé, j’ai quelques livres déjà qui attendent d’être lus, pas besoin de mettre celui-ci sur la pile.
    Etienne, honteusement facilement influençable ;-) mais pas par n’importe qui

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