Les misérables
Je les ai repéré de loin, deux grandes silhouettes sur mon chemin, entre les colonnes. Deux hommes, au milieu des passants, plus grands que la moyenne, ombres incongrues au milieu des alignements de Buren. Un duo d’hommes ; Quatre épaules qui prennent toute la place sur mon horizon, bouchant la vue comme le plus laid des camions. Tu sais, de ceux qui transportent des vagues inépuisables de volailles et de cochons.
Two In A Row by Vishstudio
Ne me dis pas, que tu ne sais ce que sont ces hommes-là. Ces silhouettes qui te barrent le passage.
Ils parlent fort, couvrant le murmure des fontaines et les hurlements stridents des perceuses. Ils m’agacent, simplement à être là, à exister sur mon chemin. Ils s’appuient l’un contre l’autre, se touchent de l’épaule, se cognent – J’ai l’impression de regarder un documentaire animalier. Je me demande s’ils se tâtent réciproquement les cornes laissées par leurs ex-femmes, comme les gnous. Ils jouent a la plus grosse pension alimentaire à payer. Une lutte pour la survie des espèces de primaires dans leur genre.
J’exècre ces types, qui se secouent sans cesse et se balancent sur leurs jambes arquées comme des cowboys d’opérette manœuvrant dans un vague western spaghetti. Je hais les mecs dans leur genre, ceux qui écartent machinalement les cuisses pour se sentir plus à l’aise en pleine conversation avec leurs acolytes. Ils reculent, ils jettent les yeux au ciel, ils rient, ils tapent sur pied et se claquent la cuisse bruyamment. Ils pensent encore qu’un costume et une cravate les sauvent de la vulgarité et les séparent du commun des mortels – Ils se croient encore beaux avec leur menton en forme d’enclume et leurs maxillaires de vaches.
Bug Eyed by JasonFilsinger
Ils me flanquent la frousse.
Ces types qui pensent encore que la virilité se situent dans la vague réminiscence molle de leurs années où ils courraient encore sur un terrain de foot. Ces balourds qui pensent que donner le bon exemple à leurs mômes, qu’on leur laisse un weekend sur deux, c’est éructer sur le bord du terrain et obliger leur descendance à porter un mini-short et des soquettes montantes comme en portent les collégiennes anglaises en uniforme. Ces échappés des cavernes persuadés d’avoir réussi parce qu’un jour un de leurs spermatozoïdes moins lent à la détente qu’un autre a décidé de flageller la survie de l’espèce en partant à l’assaut d’un ovule endormi par un mauvais champagne. Je vomis ces silhouettes flasques et sans grâce qui me bouchent la vue.
Je dépasse. Une ombre arrive à ma hauteur, la besace battant le genou, le jean élimé, le nez dans un bouquin. Un freluquet, un minot, un gosse que l’on a moqué toute son enfance parce qu’il était maigrichon et moche, avec sa coupe de cheveux en boule.
Je me sens mieux.







J’aime ta façon d’écrire.. Considère que tu as gagné un lecteur
Chouette, merci Jérôme !
Et un second !
J’ai beaucoup ri : l’expression « échappés des cavernes » m’a amené au zénith.
Et de trois… Je suis arrivée par ici par hasard en cherchant des photos de temples pour l’illustration de mon roman et… Ouah, cette façon d’écrire m’a mis des étoiles dans les yeux !
Vais peut-être mettre tout ça en favoris, moi ! Pis rajouter un petit lien sur mon blog, tiens
Ca devient rare les gens qui savent écrire avec beauté. Savoir écrire, c’est une chose. Avec tant de délicatesse, c’est plus dur
Merci beaucoup à vous trois, ça me touche beaucoup et je suis ravie que ce texte vous plaise.
Je vais essayer de faire mieux ^^