« La distribution de la presse sous la coupe de Lagardère ? »
A lire sur Libé web et papier ce matin :
Lagardère, l’opérateur des Nouvelles messageries de la presse parisienne, demande aide et appui au gouvernement dans le bras de fer qu’il engage avec les coopératives et les éditeurs de presse. Le groupe espère l’appui du gouvernement pour déclencher une entreprise de destruction du cadre démocratique qui enlaçait la presse.
[...]
Un élu de la nation – un député UMP – propose même l’abrogation de la loi qui régit la distribution groupée des titres en France, la loi Bichet.
[...]
Ce serait la fin de l’esprit coopératif, de l’esprit mutualiste, de la péréquation des coûts entre éditeurs, bien sûr. Mais surtout : qui aura les moyens d’être distribué le sera, sinon que sa prose reste à quai. Quelle régression ce serait ! Que valent le meilleur article du monde, la meilleure politique éditoriale s’ils n’arrivent pas au bon moment sur les lieux de vente, en tout point du pays, même les plus lointains, exposés dans leur diversité au regard de l’acheteur ? Sans discrimination sur le contenu éditorial ou le patrimoine des actionnaires. L’enjeu, c’est tout une conception de la presse, désignée comme vecteur d’un espace public ouvert. Le système se condamne, se mine de l’intérieur. Les artisans démolisseurs tirent les marrons du feu pour d’autres.
› Une tribune écrite par Marc Peyrade, secrétaire général de la Filpac CGT, dans le Libération du 9 Avril 2010.
› A lire en entier sur le site de Libé.
Je connais mal le dossier, et n’ai pas d’expérience dans ce domaine. Mais cet étonnant débat passé sous silence alors qu’on parle tant des enjeux de la presse en France et ailleurs me surprend. Et m’intrigue. J’aimerais avoir l’avis, divergent ou pas, de véritables professionnels de la presse qui connaissent bien les canaux (obscurs) de la distribution et des enjeux de la publication.
Parce qu’un pays « démocratique » sans presse diversifiée, fouineuse, analyste, agaçante, me terrifie.






La protection de la liberté d’expression est-elle toujours liée à la protection de la distribution du papier ? J’en doute très fortement à notre époque.
Après incapable de me prononcer plus sérieusement sur la question.
Pourquoi, parce qu’il y a Internet ?
Mon avis vaut ce qu’il vaut, mais j’ai cette image d’un monde « réel » offline qu’on cherche à serrer dans un étau, et dont les esprits incompatibles courent se réfugier sur le monde virtuel, qui ne répond pas encore vraiment à leurs attentes financières.
Après, c’est un peu facile de considérer Internet comme un Eldorado, mais j’ai beau creuser, je ne vois que ça.
Jusqu’à ce que chaque pays ferme son web.
Houla ! Tu t’intéresses à un monde brutal là. Entre les groupes de presses (et leurs maisons mères et annonceurs), les imprimeurs (syndicat unique : CGT livres et communication écrite) et la distribution…
La question de la distribution égalitaire me fait un peu penser au prix unique du livre : une mesure que les gros aimerait effacer au nom de la liberté concurrentielle et qui sert la survie des petits dans un milieu dur et en déclin.
Internet ne sauvera pas la Presse.
Tout comme l’iPad ne le fera pas non plus.
Tout ça ce sont des outils ; Il manque de l’ambition, des concepts, des modèles, et ça n’a rien à voir avec le matériel.
Il manque le réflexe de l’achat et la fierté de soutenir une presse indépendante, comme certains ont étrangement la fierté de soutenir un artiste quand ils achètent leur musique.
Heureusement il y a encore une France où l’on croit à la Presse plus que nulle part ailleurs en Europe, même si cela ne se voit pas dans le nombre de tirages et dans le chiffre d’affaire. [Cf. le débat sur "Le prix de l'info" de Media Junkie, hop]
D’autre part, lire de la presse en ligne c’est bien joli mais :
- C’est peu lisible
- Le manque de concentration dans la lecture sur un écran a été maintes fois prouvé
- Ça ne rapporte rien aux journaux (Reste le modèle : « Je mets de la pub partout » mais je vous rappelle que nombre d’internautes, y compris dans les novices, utilisent des petits logiciels ou extensions de navigateurs pour bloquer ces pubs…)
- Il n’y a pas de modèle payant en ligne qui ait aujourd’hui prouvé son efficacité (Pour preuve, Mediapart est sorti en kiosque, cf. Media Junkie encore)
- C’est de la consommation en one shot
- Il n’y a très peu de chance pour que cela débouche sur une fidélisation du lectorat.
Sur Internet on ne lit pas de l’information : on consomme de la Google News ou du fil AFP. C’est une banque de données plus qu’un véritable foyer d’analyse.
Je ne crois pas, malgré mon envie que ça marche, que le Web soit l’avenir de la presse pour l’instant.
Quand le papier aura disparu peut-être.
Par ailleurs, je vous rappelle que si la moitié de la population français surfe sur Internet, il ne faut surtout pas confondre internaute et acteur du web. La plupart de nos concitoyens sont des consommateurs passifs du Web, et ils attendent donc qu’on les nourrisse, pas qu’on les perde dans des concepts capillo-tractés ou des solutions bâtardes.
Bref.
Y’a du boulot…
@Bôôôh :: J’aime bien m’attaquer à des gros morceaux, j’ai un appétit féroce. Et c’est l’heure de manger en plus.
Je ne connais pas tellement bien le monde de l’édition non plus mais dans tout ça, ce que je remarque, c’est que personne n’a jamais cru au prix unique… Jusqu’à ce que iTunes débarque et décidé qu’un morceau de musique c’est 99 centimes.
Bim.
Et les gens se sont adaptés, contents de connaitre un prix, fixe.
Donc le prix unique des livres, ce n’est peut-être pas une si mauvaise idée (Enfin, si on ne convertit pas tous les ouvrages en poche, ce sera dommage pour la beauté de l’objet !)
Quant aux filières de distribution des journaux, ce que j’y vois c’est une menace pour l’acheminement de la presse partout en France et ça, ça ne me parait pas du tout normal. J’ai donc besoin d’être rassurée.
(Mais je doute qu’on puisse me rassurer en fait.)
Ah mais non, le prix unique du livre c’est la loi Lang qui a instauré l’obligation pour tous les distributeurs d’appliquer le même prix fixe de chaque bouquin afin que le dernier Marc Lévy soit au même prix chez Leclerc, dans ta librairie de quartier et sur Amazon (qui a détourné ça grâce aux frais d’expédition offerts et a été condamné pour ça il me semble).
Là où je faisais la comparaison, c’est que ce sont deux lois qui ont été votées pour lutter contre la disparition des petits acteurs (librairies indépendantes d’un côté, journaux à tirage limité et/ou édité par des petits groupes incapable de mettre seuls un réseau de distribution en place dans le cas présent) qui apportaient de la diversité de contenu et de service et que les gros acteurs ont voulu détourner ou carrément supprimer.
Ton idée d’un prix unique des livres physiques quel que soit l’opus me parait un peu plus compliquée à mettre en oeuvre que pour la musique parce que la structure des coûts est très différente. Dans le cas de l’édition numérique effectivement ça parait très similaire avec la musique.
Je ne crains pas trop pour l’acheminement vers certains points du territoire mais plus sur l’acheminement de l’ensemble des titres. Le figaro, le Monde et Libé iront toujours dans les tabac-presse de petits bleds, par contre les parutions de plus petits groupes ou à plus faible tirage seront exclus par les distributeurs (Lagardère) et ces groupes ne pourront pas assumer eux-même un réseau de distribution. C’est, à mon très humble avis, sur la diversité qu’il y a danger, pas tant sur la géographie. Du moins au début.
Rha j’avais pas vu, est-ce que je t’appelle Louisa moi ? Non, ben voilà !
@Lousia : oui bien-sûr parce qu’il y a internet. Attention si je pense que le numérique est l’avenir de la presse (au moins quotidienne), ce n’était pas le sujet de mon commentaire. Juste que ce système de distribution est là pour assurer à tous les journaux et magazines (et autres) une place en kiosques, j’imagine au nom d’une importante égalité dans la diffusion, et que la diffusion des idées n’a, je pense, plus besoin de ce système, grâce au web. Reste donc une question économique, bien-sûr primordiale.