[***] Klone – Black Days

All Seeing Eye, tel était le nom du voyage qui m’a ouvert à Klone. Sur son présentoir, son œil m’a appelé. J’ai écouté, une fois. Deux fois, pas bien sûr d’aimer. Trois fois, il m’a embarqué.

Voilà aujourd’hui qu’arrive Black Days. Je me méfie de cette tendance au « c’est l’album le plus noir qu’on ait jamais écrit », usé jusqu’à la moelle par nombre de groupes dans le grand monde du metal. Et après tout, c’est ce que le public veut. Mais non, Klone n’a pas usé de si grosses ficelles. (edit du 20/04 : ah, si. voir ici l’interview sur VS-Webzine)

Il aurait eu tort d’ailleurs, car selon moi, Black Days est bien moins sombre que son prédécesseur, n’en déplaise.

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Si vous connaissez par cœur All Seeing Eye, vous serez aussi surpris que moi. C’est que la nouvelle cuvée est bien moins étrange que la précédente. Moins dérangeante ? Moins originale ? C’est du moins ce que j’ai ressenti à la première écoute. J’attendais que l’album me happe littéralement dans un univers tordu et bariolé, j’en attendais peut-être beaucoup.

Ou je n’attendais pas ce qu’il fallait. Black Days est loin, très loin d’être décevant. Dès le départ, on croit apercevoir le spectre de Tool planer au dessus de la danse tribale Rite Of Passage – mais la vision s’estompe vite, et Yann reprend la main avec une violence toute Klonienne. Là où je n’attendais pas l’album, c’est que cette violence n’est pas mue par une quelconque colère, ou par ce cynisme grinçant qui m’attire habituellement, mais par un puissant désir de liberté. Tout faire éclater, tout envoyer balader, une force qu’incarne parfaitement Give Up The Rest ou Rain Bird.

Et tout va très vite. Quand ce ne sont pas les guitares qui zigzaguent, c’est la basse qui s’élève pour mieux dégringoler et fondre sur sa proie, la batterie qui pose, quadrille sans museler, donne l’élan. Les rôles ne sont pas clairs : tout le monde définit le rythme, chaque instrument indique la direction. Pas de double pédale à outrance ni de blast-beat dévastateur, la puissance du son et la cohérence du jeu suffit à ravager la moindre conviction. Il se passe tant de choses en si peu de temps qu’il est impossible à la première écoute de comprendre ce qui vient de se passer. Dense et puissant, tout du long.

Je pensais les atmosphères au clavier et autres instruments inhabituels disparues au profit de l’épaisseur des guitares. Erreur, elles y sont juste mieux intégrées, et apportent chacune leur couleur propre. C’en devient même un jeu : fermer les yeux, et laisser le premier plan nous imprégner si parfaitement qu’on peut se concentrer sur le liant, et l’apprécier à son tour comme un acteur à part entière.

Oui, les mélodies sont plus simples, peut-être plus évidentes. Mais la qualité d’écriture est toujours là, elle s’est juste employée à diriger son assurance vers un message différent. Klone alterne ainsi les huis-clos inquiétants et les vastes étendues désertiques avec habileté. La sublime Closed Season sert de charnière entre ces deux univers, changeante, imprévisible.

Sauvage est le maître mot de Black Days, semble-t-il.

› Ecouter Give Up The Rest et Army Of Me sur le Myspace de Klone
› Ecouter Black Days sur Deezer (le 17 mai)
› (A venir) Acheter Black Days via Klonosphere

Moeity
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