De la laideur, s’il vous plait
C’est un endroit que je traverse souvent, dès qu’il y a un rayon de soleil et que j’ai envie de marcher. Le jardin du Palais Royal, et avant, cette cour étrange peuplée des colonnes de Buren, tronquées, élevées, solidement vissées dans le sol, doctement disposées par un maniaque de l’alignement.Des lignes, des creux, du noir et du blanc, un tracé rectiligne à faire louper une couvée de singe – Voilà pour la topographie des lieux.
Perspective by Laure635
Les gens s’arrêtent près des sphères de Pol Bury, ces fontaines à boules aux reflets qui projettent la distorsion des passages à colonnes sur de multiples facettes. On y lit, on y joue, on s’y prélasse aux premiers rayons de soleil. Elles sont plus douces, plus lumineuses, avec leurs formes généreuses qui invitent à la paresse. Elles sont là collées les unes aux autres comme la masse rassurante de la foule sur un passage piéton à Tokyo. Féminines. Palpables. Faciles.
Les colonnes reçoivent généralement moins de caresses. Sèchement alignées, elles contemplent ceux qui les observent, dubitatifs, et restent stoïques devant les photographes de passage. Frigides. Revêches. Renfermées sur leur propre sens. De marbre.
Il est vrai que du haut de leurs habits rayés éclairés par une lumière fluorescente verte, elles en ont vu passer des polémiques et des insultes. Elles sont laides, elles ne correspondent pas au lieu, elles ne disent rien, c’est encore une vaste supercherie de l’Art contemporain… Peut-être. Et puis finalement, les passants ce sont habitués. Moi aussi.
Je les aime bien, finalement, avec leur air renfrogné de vieilles filles, leurs têtes coupées, et les quelques hautes colonnes planquées dans un coin, au fond, collées les unes contre les autres comme des moutons terrifiés. Des colonnes en troupeau qui regardent passer des hordes de touristes indignés et des parisiens qui ne leur prêtent aucune attention.
Alors chaque matin, dès qu’il fait beau, je vais me planquer derrière une des colonnes historiques de cette cour du Palais Royal, et je les observe à la dérobée.
Elles savent bien que j’aime la laideur, et que la laideur est belle. Que j’aime le côté sec et longiligne de l’Art frugal, la sobriété brute des œuvres qui ne prétendent à rien. Que je passe des weekends à traquer des murs qui s’écroulent et de l’acier qui se fissure.
Alors elles se laissent regarder, comme d’habitude, du coin de l’œil.
Elles m’apprivoisent.







La seconde photo est très belle, les colonnes y paraissent presque à leur place. Je suis impressionné, c’est la première fois que je les vois ainsi, qu’elle ne me rebutent pas!
C’est ce qu’il y a de bien dans la photo, réussir à faire partager son point de vue… bravo !
Merci Etienne !
Tu sais que c’est une photo prise à l’iPhone ? ^^
Oui, je l’avais deviné avec l’article iphone’s life
Comme quoi le coup d’œil du photographe est indispensable à une bonne photo, la qualité de l’appareil n’est que moyen pour réaliser…
je croyais qu’ils les avaient rénové un peu ?
@Etienne :: Oh, je pense que cette photo a été faite des milliers de fois !
La preuve, c’est que le lendemain en repassant j’ai fait exactement la même. Sans m’en rendre compte. Et en étant pourtant à un endroit un peu différent. Comme quoi…
Mais merci ! Je l’aime bien en fait, cette photo.
@Valérie :: Oui, pendant un long moment. Cela dit elles n’ont pas l’air très « neuves » pour autant, ni rutilantes. Elles restent de vieilles colonnes bizarrement posées là.
[...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Lousia, Mizzenmast et Radada, pascal giroire. pascal giroire a dit: RT @Lousia: Je crois que vous avez loupé ça sinon –> http://bit.ly/9PL1Bt // Mais ça change des dindes et du 2.0, j'avoue. [...]
J’aimais déjà la photo, mais j’ai adoré l’histoire
Je me suis complètement laissée embarquer par la musique des mots. Jolie bal(l)ade ^^
Merci.