[**] Integral – Rise
Je commence à me sentir chez moi dans la maison Tympanik. Le label a déjà fait évoluer mes goûts musicaux grâce au sublime Oppidan d’Access To Arasaka, et c’est à Integral que revient la tâche de continuer de travail, et de confirmer l’impact du genre sur les esprits.
Je le fais rarement, considérant qu’un album est un tout dont les pistes ne sont là que pour simplifier l’accès à un endroit ou un autre de l’histoire… mais je vais écrire cette chronique de Rise par Integral piste par piste. Je pense ne rien perdre ce faisant. Tout est construit de manière à maintenir l’auditeur dans une brume sonore colorée.
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Digital Drops démarre lentement. Elle pourra décourager les impatients. Mais on finit vite par comprendre où l’on est, lorsque les rythmes imbriqués, entrecroisés, dialoguent en se faisant la courte échelle pour mieux repartir, pour mieux rebondir. Atmosphère mélancolique, crépusculaire. Nous y sommes. Le retour en arrière semble difficile.
Temporale est l’entrée de la caverne. Les rayons de soleil pénètrent encore par endroits et se frayent un chemin entre les pierres mauves. Le léger groove qui s’immisce ne gâche rien, ajoutant au décor des notes technologiques étonnamment bien intégrées.
Doors porte bien son nom. Pas uniquement parce que le rythme est essentiellement constitué de sons de portes grinçantes, métalliques, frappées, huilées, mais parce qu’il s’agit d’une des rares zones véritablement lumineuses de l’album. Comme si le choix qui s’impose à nous était source d’espoir. Une des rares notes organiques, également, puisqu’on peut y retrouver… un violon. Ou ce qui y ressemble, de longues plaintes sourdes et éthérées, suffisamment familières pour nous rassurer, suffisamment étranges pour introduire ce qui va suivre.
Distal nous ramène à l’obscurité. Une mélodie véritablement sublime, rayonnante malgré sa profondeur, cristalline, fantômatique. Les quelques cliquetis rythmiques ne sont là que pour nous inciter à marcher, à nous enfoncer encore dans ce réseau de cavernes étrangères.
Schlaflos continue dans la même veine, plus courte, plus rythmée aussi, plus étrange encore peut-être. Des voix résonnent, fragments de mots, échos, soupirs. Le temps s’écoule légèrement plus lentement, les secondes ne sont plus les mêmes.
Rise, titre éponyme, nous fait traverser une clairière. Comprenez : un fragment de ciel au milieu des roches. Quelques sons purement électroniques nous ramènent à une imagerie plus moderne, mais rien ne fait oublier les drôles de cliquetis minéraux. Le titre enchaîne directement sur l’interlude Samen, plus « bruyant », constitué de couches sonores empilées à faire pâlir d’envie l’archéologue qui sommeille en vous.
Reaktor se démarque par son rythme purement IDM, plus déstructuré, plus imprévisible. L’ensemble paraît plus dramatique aussi, plus sombre. Et ce ne sont pas les murmures alentours qui me contrediront.
Moonwalk se fait plus implacable. Notez comme le ton change, devient plus vindicatif ? Plus assuré peut-être. On s’empresse de remonter à la surface pour retrouver le soleil. Et dans le même temps, impossible d’oublier tout ce qu’on a traversé. Difficile de ne pas souhaiter revoir tous ces couloirs ciselés dans la pierre avec une maîtrise indéniable.
Back Here Alone. La boucle est bouclée, nous revoilà à la surface, contemplant le ciel, entre chien et loup. Les échos des boyaux rocheux nous parviennent encore, les gouttes d’eau retentissent dans les flaques, mais impossible de s’y tromper, c’est bien une lumière aveuglante qui nous accueille.
Et puis…
Comme pour nous contredire, Je Ne Trouve Pas La Sortie déboule, comme un épilogue. Ou une fin alternative. Entièrement jouée à la guitare, elle dénote totalement avec le reste du travail effectué, mais trouve malgré tout sa place. Étonnante et bienvenue. Solaire, bien réelle. Comme pour nous dire : « le monde que je viens de dérouler sous vos pas n’existe pas, mais vous pourrez malgré tout y retourner ».
Un album brillant, intelligent, sublime.
› Acheter Rise d’Integral sur le site du label Tympanik Audio (vous pourrez même écouter quelques extraits)
› Integral sur Myspace
(cliquez sur les images pour les voir en plus grand et dans leur environnement naturel, elles le méritent !)







