Boite noire
#LousiaLe pilote automatique est en rade. On cherche, à 6000 pieds au-dessus de la terre, le coupable ; On prend de l’avance sur la future enquête. On se jauge et on se juge, déjà, on délibère. Il reste quelques secondes à perdre pendant le piqué, quelques brides d’informations à donner aux caisses enregistreuses des futurs dédommagés.
Sally B by KohlRimmed
Et puis tout flambe. Dans le cockpit, les carcasses carbonisées des pilotes arborent le sourire crispé mais radieux du devoir accompli. Le message est passé.
J’entends les cris des sirènes, à 5000 km de là, entre des falaises de buildings. On s’affaire à compléter les statistiques, tandis que griffonnent les avocats des veuves noires. As de cœur, carré de choix, choisis ton morceau de roi – Contre-attaque dans les bas-fonds des études. Des fenêtres à guillotines s’évadent les denses fumées des cigares. C’est qu’on gagne bien, ici-bas, lorsqu’on est fossoyeur de la culpabilité des autres.
4000 lieux de légendes, recensés à travers le monde. Je m’amuse à compter les casquettes de couleurs, et les parapluies logotés en plein désert. J’en fais des statistiques, pour être certain que le rouge l’emporte sur le vert. J’envoie les résultats, que je fais payer fort chers, et je les commente. Des centaines de cultures dans le monde, avec chacun leurs significations des couleurs… Ça me laisse rêveur. Une seule statistique, des centaines d’interprétations, j’optimise mes coûts de production. Je suis assez bon.
Tourists by Vapui
J’ai quelques 3000 mails qui m’attendent, et je ne répondrai à aucun. Je savoure cette certitude de démissionnaire, avec la satisfaction du devoir accompli. Le nez en l’air dans ma tour de Babel, je regarde plus haut que mon écran, pour une fois. Et ce que je découvre – La calvitie de mon voisin d’en face qui triture son stylo sans mine, les jupes courtes d’une secrétaire de direction trop radieuse pour être honnête, une plante verte poussiéreuse desséchée depuis des mois, et des insultes sur les portes des toilettes. Le monde aurait-il changé sans moi ?
2000 raisons pour que je bazarde tout mon quotidien. Proprement, comme d’habitude. J’ai déjà tout organisé depuis longtemps. Je donne le miroir à mon frère, ça lui donnera peut-être envie d’aller chez le coiffeur ; Et la table basse, pour les motifs qu’une vie de débauche imprimeront jusque dans les veines du bois. Le chat, c’est la voisine qui s’en occupera, il est plus souvent avec elle que chez moi. Je peux vendre la voiture à mon associé, le toit ouvrant l’a toujours fait rêver ; Quant à l’appartement, je l’offrirai à ma mère, elle a toujours rêvé d’un pied-à-terre dans une grande ville. Elle ira au cinéma. Je partirai léger, avec un sac et un bouquin, et le chéquier de mon compte en Suisse. Je ne sais juste pas à qui vendre ma femme.
1001 raisons d’être un autre. 1001 raisons d’être ailleurs. Je suis de vos espoirs le cimetière, ou la renaissance. J’entasse vos dossiers dans ma propre poussière, je les soigne, je les endors en susurrant les alinéas du code civil. Je les garde sagement en leur racontant les meilleurs passages du code pénal et ils se serrent les uns contre les autres dans un frémissement convulsif de papiers froissés. J’aime le chant des mains moites qui se pressent les unes contre les autres dans une vaine prière, et les poitrines qui se déchirent dans un soulagement inévitable. J’aime l’agonie du suspens, longue et douloureuse. Interminables séances en mon sein, je jauge et je juge, et n’oublie rien.
Guilty judge by Mon-artifice
Y a-t-il une seule bonne raison autre que pécuniaire, messieurs, pour que vous vous teniez fébriles face à mon œil inquisiteur ?
Nourrissez-moi.
Tags: Exercice de style










avril 1st, 2010 à 14 h 06 min
Je l’a
avril 2nd, 2010 à 18 h 04 min
On a l’impression que les idées défilent à une allure folle, comme un souffle coupé et en même temps, ton texte a une rythmique qui me laisse sur le carreau. Tu es douée, tu le sais ça ?
avril 6th, 2010 à 14 h 50 min
Non.
Mais je suis contente que tu me le dises : )
Il me manque l’objectif.