fév 08

Au fond de la couture

#Lousia

Le temps coule entre mes doigts comme un sable sans odeur, comme un été de carte postale passé depuis longtemps. Au bout du canapé, derrière la fenêtre, le monde agite avec emphase d’amples vaguelettes. J’écoute le sépia descendre sur un jour qui ne veut pas finir.

Décrire les minutes qui s’effacent fatiguent mon corps sans douleur. Insaisissables minutes, ineffables heures, et dehors toujours, le murmure des autres comme autant d’ombres qui s’étirent. Il flotte une atmosphère de fin de vacances dans une station balnéaire abandonnée par les baigneurs. Le nez au plafond, je trace d’invisibles pistes où viennent se planter quelques skieurs.

Le temps est vide de termes complexes, vide des absences qui ne comptent guère, vide de châtiments exemplaires. Il s’étire à l’infini, entre 16 et 19h, entre le goûter et les prémices du diner, comme un dimanche citadin où l’on ne peut même pas s’ennuyer en famille et tenir pour responsable cette vilaine habitude d’être ensemble.

Various times by Muszka

Roulée en boule au bout du canapé, j’observe du coin de la rétine l’immobilisme de l’appartement. La fougère sans air dépérit, et même le poisson rouge coule d’ennui. Rien ne s’agite, rien ne frétille – Pas un souffle d’air pour animer la scène. Je glisserais bien là, comme une poussière, accrochée à la couture des coussins, pour y voir des monstres aveugles plein d’antennes et des bactéries en plein festin.

Dimanche, entre 16 et 19h…

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