Une maille à l’envers
J’ai des images dans la tête, de flambées gigantesques et de toiles d’araignées infinies, où glissent les paillette d’une poussière centenaire. Au son des mélodies d’hiver se balance le quotidien pendu à une branche.
Vétustes, les souvenirs s’entassent dans des boites dont jamais on ne se débarrasse – Et là, le menton dans les genoux, recroquevillée sur un fauteuil sans âge, je me surprends à les rouvrir, une par une.
La frontière entre le passé que l’on invente, celui qui s’est envolé, celui qu’on a gardé, celui qu’on a imaginé, est plus mince que le squelette d’un amour en cage. On croit être né de ceci, fait de cela, et puis tout s’envole – Tout s’en va. Le sable dans nos chaussures s’évade, avec cette odeur de plage qui prend à la gorge, cette odeur de chaud et de sel, de surfaces irréelles dans un jour trop blanc. Et les nuages s’effilochent en nous laissant à la traine.
Je me suspends dans des portes-manteaux, à faire le fond des poches de mes anciennes enveloppes, comme une jalouse. Dans le faux silence enveloppant des craquements de la maison qui respire, absorbée dans ma tâche fastidieuse, j’ai les moustaches d’une musaraigne qui poussent sous mes oreilles. Et je grappille, pas à pas, des patchworks que je recolle.
Je refais l’histoire à l’envers en inversant les pièces du puzzle. Dans ma tête, le ciel à l’envers s’improvise en étendue liquide. Et je mets de la mer partout, dans les cimes des ensembles racinaires, dans les ruines d’un autre monde, sous les visages étranges que dessinent les prairies accrochées au plafond.
Il y a des senteurs d’aiguilles, celles des sapins qu’on brûle, et des écorces de clémentines que je dépiaute sur un coin de tapis avant de les jeter dans le brasier, comme une offrande. Une fumée opaque qui alourdit les gestes et endort la méfiance. Il y a le calme d’un très long dimanche. Je refais l’histoire à l’envers, les mains dans le sable dont sont remplies les boites du passé qui a été, peut-être, peut-être pas. Et tout m’échappe. Tout m’échappe dans la croyance de ce que l’on est, fondé sur ce qui a été. Tout dérape. Rien n’est vraiment ce qui aurait du être, et je reste avec les filets miels de ce sable qui coule entre mes doigts.
J’éprouve la solidité de la sagesse populaire. Elle me parait fragile.








La musaraigne m’a encore échappé..
Et pourtant elle doit être là,tapie derrière la cloison..
Aucun bruit pourtant..elle doit s’éveiller quand je m’endors..
Au fond,elle ne me dérange pas..
Elle doit sourire dans sa moustache..