Lumière
La rouille lui coule sur le visage et derrière les frissons de sa colonne vertébrale, les ondes des ordres claquent, résonnent, se fondent et s’accrochent aux tissus qui s’effilochent – A ses pieds, des serpents coulent et glissent. Sol mouvant ; Le décor roule bord sur bord.
Milan Fashion Week Backstage I by Borissov
Elle garde l’équilibre, comme un échassier frigorifié, pieds nus sur le ciment gelé – Et les courants d’air apportent de l’extérieur des bribes de silence, étouffés par les lourds velours passés. La main posée à plat sur un rebord de fenêtre aveugle, les yeux fermés, impassible, elle fait mine de ne rien ressentir quand la cire déborde et éclate en bulles le long de ses tempes. Image frêle de la douleur, du délicieux supplice qui n’en finit pas, de l’esthétique de l’agonie silencieuse. Immobile, au milieu de la foule hystérique de butineuses morbides qui s’affairent à ne pas en laisser une miette.
Je m’émerveille du battement de ses paupières qui frémissent et s’éveillent à la lumière, au jour sombre, rescapée des escadrons de la mort qui l’ont oublié, elle et son attitude altière, au coin de cette fenêtre. Suspendue à ses lèvres entrouvertes, je frémis à l’idée qu’elle soit emportée à son tour – Destin immuable de ces insectes graciles que l’on écoute mourir, l’été, dans les bougies posées sous la tonnelle. Je fredonne le crissement d’un grillon amoureux pour qu’elle puisse mourir en musique, dans l’apothéose, derrière ce rideau de velours – Ce velours usé jusqu’à la corde qui, sous les lumières tamisées de la galerie, révèle des reflets sublimes.
Elle a glissé sa cheville fine dans un étau de cuir et étend ses ailes, ses voiles noirs, secoue sa crinière empêtrée dans un filet improbable et s’enfuit, elle et ses larmes de cires au creux des tempes, elle et ses longues jambes de poulain fou, mourir encore une fois sur scène.
Original F 1 by Anstellos
Le long du catwalk, le silence recouvre sa silhouette fragile – Et les flammes des bougies posées ça et là chantent à leur tour la mélodie des grillons amoureux.
Texte inspiré par Acid Washed – Snake // Via Record Makers :






