[***] Greg Bear – Heritage
#SeleniteA tout passionné du voyage de Darwin, cet ouvrage est indispensable.
Pour les autres, soyez rassurés, il ne s’agit pas d’un recueil scientifique ou naturaliste, mais bien d’un roman de science fiction. Et si la base de son scénario, développé précédemment sur Eon et Eternité, emprunte allègrement aux modèles imaginés par Arthur C. Clarke avec son cylindre Rama, l’idée de ce roman est toute autre, et son atmosphère toute particulière.
Qui n’a pas lu les deux précédents tomes du cycle (un peu à part malgré tout) aura du mal à s’imprégner du l’univers complexe créé par Greg Bear. Mais une fois débarqué sur Lamarckia, tout s’enchaîne, tout s’imbrique, et il est difficile de reposer le livre. Du style descriptif extrêmement précis et coloré aux péripéties du voyage d’Olmy Ap Sennon, tout est prenant, immersif et intelligent.
Lamarckia a été colonisée par un groupe d’humains, abandonnant le but fixé au lancement de la ville-astéroïde, le Chardon, pour revenir à une vie plus simple, loin des conventions et des subtilités de la société moderne (qui nous sera, à nous, ancêtres du XXIe siècle, totalement étrangère), sur une planète proche de la Terre. Mais l’homme s’intègre mal dans ce schéma, et les Ecoï – organismes vastes comme des continents qui peuplent cette planète – semblent curieux de la façon dont sont faits les êtres humains.
Et c’est le naturaliste Jean-Baptiste de Lamarck qui a inspiré cet univers. L’idée comme quoi les espèces évoluent – non pas par sélection naturelle du plus adapté, comme l’a développé Charles Darwin quelques années plus tard – mais en suivant une impulsion d’évolution intrinsèque à la vie, en « recherchant » et expérimentant constamment des traits ou des attributs qui pourraient améliorer leur métabolisme. La nuance est subtile, mais elle a son importance : L’évolution sur Lamarckia ne s’est pas faite selon le modèle de la survie du plus fort – cette lutte quasi-permanente des espèces les unes contre les autres – mais de manière plus lente, plus calme, par des Ecoï capables de se copier les uns les autres ponctuellement, empruntant les uns aux autres ce qui pourrait être utile à leur propre survie.
(Ça, c’était pour l’arrière-plan hard-science – comprenez « SF réaliste et conforme aux théories de la physique en vigueur » )
Le roman nous immerge dans un voyage fascinant, d’Ecos (le singulier d’Ecoï – si si) en Ecos, de fleuves en océans, à la rencontre de formes de vies totalement incompréhensibles et étranges. Et c’est la place de l’homme au milieu de cet écosystème – et par extension, de tout écosystème – qui est au cœur de l’intrigue, ses forces et ses faiblesse, sa psychologie et sa nature violente, laissant le plus souvent la part belle à la loi du plus fort, totalement déplacé et incongru dans cet univers pacifique.
La question posée par Héritage est : qui des deux espèces va influencer l’autre ? L’homme qui tente d’en extraire les ressources, ou les Ecoï, qui tout au long de l’histoire montrent des signes de curiosité et d’incompréhension évidents ?
Et au milieu de ça, Olmy raconte son voyage, dans l’impossibilité de quitter Lamarckia, témoin malgré lui de la lutte qui s’engage.
En plus d’être intelligent, Héritage est beau. Loin, très loin des descriptions féériques de mondes enchanteurs aux champignons lumineux et aux rochers volants (suivez mon regard), Lamarckia est douce et brutale à la fois, belle et effrayante, étrange, dérangeante. Le dialogue est perpétuel entre l’hôte et ses bruyants locataires. l’univers est fait de croyances et de certitudes, mélange de curiosité, de méthode scientifique et de superstitions. Et de carnages, aussi. Car l’homme, ce n’est pas nouveau, tente par nature de faire passer son intérêt avant celui de ses congénères.
Vu et revu, étudié et réétudié ? Soit, mais Greg Bear a une façon toute particulière de mettre en valeur autant les bons que les mauvais côtés de la nature humaine, la plaçant avec brio au cœur d’un monde qui ne lui convient pas, comme s’il cherchait lui-même à réaliser quelque expérience scientifique dans un bocal soigneusement préparé.
› « Héritage » , écrit par Greg Bear, 605 pages, 8€, éditions Livre de Poche (5 septembre 2001)
Tags: Bouquinisteries, Littérature étrangère, SF








janvier 26th, 2010 à 16 h 38 min
Toujours pas lu cette fichue série dont tu me parles depuis plus d’un an !!!
>>>> « il faut que… »
février 12th, 2010 à 14 h 51 min
[...] à ma façon à Greg Bear et son Héritage qui m’a très fortement inspiré sur cette série (roman chroniqué ici, si Liz vous [...]