Michael Kenna : Rétrospective à la BNF

Michael Kenna : Exposition à la BNF

› Le commentaire de Selenite :

Michael Kenna est probablement le photographe contemporain (curieux, ce mot, vu l’ancienneté de la pratique photographique) qui se rapproche le plus de nos thèmes et réflexes habituels. L’occasion de voir si les photos de paysages peuvent effectivement toucher, vivre, évoluer au fil de la lecture. C’est à la BNF Richelieu qu’est exposée sa rétrospective, allant de ses travaux les plus anciens à ses toutes dernières photographies ; des paysages de son enfance aux bouts du monde. L’exposition en elle-même est assez linéaire, mais bien construite et fluide.

La photographie de Kenna en elle-même joue sur les plans et les formes. Les perspectives et les points de vue sont toujours recherchés, et l’intensité du traitement force le respect. Si certaines touchent moins, c’est à mon sens parce que ce style a inspiré du monde : temps de pose longs (voire très longs, plusieurs heures pour certains), mers éthérées, brouillards denses, lignes d’horizon urbaines. Du déjà-vu qui nuit à la lecture, parce que j’ai eu la malchance de connaître ce photographe trop tard.

Forest Edge, Hokuto, Hokkaido, Japan, 2004 – © Michael Kenna

L’homme est absent de ses clichés, il nous laisse seuls avec ses immensités, allant de la beauté industrielle à la végétation désordonnée. Et c’est ce sentiment que je préfère entre tous. Une solitude, seulement interrompue par un détail du décor qui nous parle, et qui répond au reste de l’image. Les éléments vivent, évoluent. L’œil, en scrutant les détails, change sa vision de l’ensemble en plongeant dans des recoins plus obscurs.

Ratcliffe Power Station, Study 15, Nottinghamshire, England, 1985 – © Michael Kenna

Toute une atmosphère – le mot magique – qui se dégage de loin de chaque tirage et qui nous fait rebondir de l’un à l’autre dans un désordre organisé. Et au delà de ces ambiances, c’est toute une conception de l’art qui s’en dégage, et que je partage : prenez garde à ne pas manquer de détails en papillonnant, vous pourriez passer à côté de ce qui va faire le tout et changer votre vision première.

Le Desert de Retz, Study 21, France, 1988 – © Michael Kenna

› Le commentaire de Lousia :

L’homme n’est rien. C’est ce qu’il engendre qui pose la question de ce qu’il est, de ce qu’il fait, de ce qu’il apporte au monde. Au fond le jugement de Kenna est dans les actes, dans cette façon de ne pas juger l’homme mais de suggérer sa menace, son ombre qui plane, sa place éphémère et l’infini de ses réalisations parfois monstrueuses. Monstrueuses, mais esthétiques. Paradoxes et contrastes.

The Rouge, Study 98, Dearborn, Michigan, USA, 1995 – © Michael Kenna

Michael Kenna, ce n’est pas du noir et blanc, du contraste, des tirages d’une brutalité palpable sur certaines photos, ce n’est pas de l’usine, ce n’est pas de l’architecture industrielle, ce n’est pas de la végétation fixée, immobile ; C’est un point de vue et une manière géométrique d’appréhender l’espace, quelque chose qui va plus loin que le regard, qui transporte, un miroir déformant qui pointe là où ne se serait pas posé le regard – Là où ça fait mal.

Si cette exposition apprend quelque chose, c’est bien cela : Le photographe n’a pas d’autre intérêt que de faire vivre le monde d’une autre manière qu’il se présente à lui.
Et transmettre un point de vue, une émotion ou un sentiment clair d’une façon aussi tranchée, c’est probablement ça, le génie de Kenna.

Invitation to Prayer, Mont St. Michel, France, 1994 – © Michael Kenna

Il y en a pour tous les goûts : Dans cette indifférence marquée du spectateur écrasé par l’architecture gigantesque des complexes industriels, dans cette Angleterre du nord au bord de la rupture économique et sociale, dans cette sensualité qui se dégage des paysages où les eaux caressent des heures la terre, dans cette infinie puissance des arbres qui ne s’adressent qu’aux cieux. Il y a forcément quelque chose, partout. Et un photographe qui, avant de déclencher, observe, écoute, ressent, prend le temps d’apprendre de tout. Et c’est probablement ce que ce photographe d’exception, à mes yeux, nous aura appris de plus important.

Fishing Nets and Mt. Daisen, Yatsuka, Honshu, Japan, 2001 – © Michael Kenna

Pour le reste, courrez-y. Le temps passe vite, et cette exposition, il ne faut pas la manquer. Absolument pas.

Michael Kenna – Rétrospective
du 13 octobre 2009 – 24 janvier 2010
Bibliothèque nationale de France – site Richelieu
Galerie de photographie
58, rue de Richelieu
75002 Paris

Métro : Bourse, Palais Royal, Pyramides, 4 septembre
Bus : 20, 21, 27, 85, 74, 39

Horaires: du mardi au samedi de 10h à 19h
Dimanche de 12h à 19h
Fermeture lundi et jours fériés
Entrée : 7€, tarif réduit : 5€

http://www.michaelkenna.net/

Lousia & Moeity

4 reponses a “Michael Kenna : Rétrospective à la BNF”

  1. Garko dit :

    Je vais aller y faire un tour oui tiens…

  2. Baillet Didier dit :

    Superbe expo.

  3. [...] à Versailles, courrons-y ! On y retrouvera d’ailleurs des photographies de Michael Kenna, que l’on aime beaucoup. Avec lui, plein d’autres : Eugène Atget, Man Ray, Brassaï, André Kertész, Jacques-Henri [...]

  4. [...] autres noms, on retrouvera Michael Kenna, notre favori évidemment, mais aussi Eugène Atget, Man Ray, Brassaï, André Kertész, [...]

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