L’onde électrique
Je suis bien là, au fond de la marée qui s’avance, solidement ancrée aux algues qui s’effilochent contre mes joues, abritée par les roches qui m’emportent le fond des poches. Je suis bien, coincée les pieds dans la vase, avec du sable entre les doigts de pieds, entre les gencives, avec mes craquements de grande bringue mal charpentée qui grince aux quatre courants. J’ai le Gulf stream dans la peau, bien au chaud dans ma pelisse en bébé phoque, dans ma graisse d’animal mort en toc.
Je suis bien, à respirer les volutes jaunâtres qui fument par les naseaux sales de mes compagnons de route. Du vent dans les voiles, je tourne comme une toupie à l’envers, un coup à droite, deux coups par terre. Il faudrait que je me pose, sur ces banquettes râpées comme du papier de verre ; J’y sifflerai en douce les fonds de coupes de mes voisins plein comme des outres.
Alors je m’écroule avec élégance, jambes décroisées sur mon collant flingué de haut en bas, à peine tenue par mes talons où s’agite mon estomac.
Somnolence de l’alcoolique sur un coin de table, les cheveux trempés par les verres renversés ; Je rêve aux bienfaits d’un masque de cacahuètes trop salées sur la peau ravagée de mon visage.

Underwater Ballerina by ~Burnouthappy
J’ai froid. Le Gulf stream en profité pour se faire la malle et j’ai l’impression d’être seule dans la salle, au milieu d’une masse étrange de cocons d’algues à l’agonie retenus par les hauts fonds. Je ne respire plus sous l’eau et mes poumons essoufflés envoient des messages paniqués à ma gorge qui se contracte. Je jette la cigarette qui pend encore à mon bec et m’enfuis d’un coup de talon fragile vers la surface – La porte de sortie ouverte dont j’enfonce le chambranle dans ma quête éperdue d’oxygène. Et c’est le voilier en perdition que je suis qui décolle comme un bouchon, hors des flots sous le tonnerre, toutes voiles déchirées dehors. Je suis le Hollandais volant, râpée comme un bois flotté, qui prend tous les autres de vitesse à contre-courant tant j’ai peur de me croiser dans un miroir.
Je fuis dans une nuit sans étoiles en me dirigeant au radar le long des trottoirs infinis qui se confondent avec une route où ne passe que mon ombre.





