Fox trot à quatre sabots
#LousiaL’instant a claqué comme un porte dégondée – Le vieillard enfoncé dans son chapeau melon a sursauté, inquiet, roulant des yeux sur sa face de citrouille. Il y a eu un vague silence, comme celui qui suit l’arrivée à table d’une soupe à la tomate, et puis la face ridée a replongé dans le livre qu’il avait à la main. Ils sentaient tous les deux le grenier, une odeur de papiers piqués par l’humidité, allié à un subtil remugle d’épinards rances et de cendriers jamais vidés.
En m’enfonçant dans le tunnel vieillot de la galerie marchande, tenant mes poumons à bout de bras, j’ai réalisé qu’absorber 5 fruits et légumes par jour pouvait s’avérer dangereux pour ma santé mentale ; Et que nos sociétés occidentales gâchaient bien trop de viande, à voir ce que mes pas rencontraient par inadvertance de ces morceaux faisandés ronchons, avec ou sans chapeau melon.
Un souvenir, soudain. Les talons vissés dans les dalles meubles, je reste scotchée aux reflets pâles d’une vitrine où s’exposaient à vide des étagères garanties pures poussières. C’est dommage, c’est pourtant dans ce vieux bar qu’on faisait les meilleurs cimetières – Mais la patronne a passé la vodka à gauche, à force de trop se servir derrière le bar, des rasades du matin au soir. L’alcool transparent comme du verre l’a fait voler sur 6 étages la nuit où elle a décidé de nettoyer la gouttière, et les intellectuels baveux dopés au petit ballon de rouge pleurent des larmes d’absinthe à la perte de celle qui remplissait leur gamelle.
J’entends au loin miauler les 3 heures après un midi qui n’a pas vu le soleil, et je m’ébroue, sans conviction, secouant l’armée de mites qui sont sur mes talons. La porte claque à nouveau, et tandis que le cucurbitacée et son chapeau rond sursautent encore, ultime réflexe des nerfs usés de sa pauvre carcasse de prochain légume, je dépose en rangs d’oignons les petites bestioles sur son épaule.
Me voilà débarrassée de souvenirs et des 5 fruits et légumes par jour. Pour un peu je me sentirais plus légère, à respirer à plein poumons toute cette poussière.
Tags: Delirium








septembre 4th, 2009 à 15 h 55 min
Si tu as besoin de manquer de sommeil pour écrire ça, je vais être obligé de t’empêcher de dormir.
septembre 4th, 2009 à 16 h 11 min
Excellent!
De mon côté, j’encourage Gëist quant à l’idée d’entretenir cet état ^^
septembre 4th, 2009 à 17 h 18 min
Gnuh.
septembre 4th, 2009 à 19 h 33 min
J’adore les figures de style. Merci pour ce pti moment ageable de lecture Lou. C’est quand ton livre dis ?
septembre 4th, 2009 à 19 h 34 min
Nb: « au loiN* miaule* non?
Sinon pour moi agRéable*
septembre 5th, 2009 à 15 h 57 min
bravo bravo bravo…les revoilà les métaphores parfumées au cynisme louisien
septembre 6th, 2009 à 18 h 46 min
« L’instant à claqué » ?
Forcément, lorsqu’on n’a rien d’intéressant à dire sur le fond, on pinaille sur des détails …
septembre 7th, 2009 à 9 h 35 min
@Monsieur Paul B;
Vous auriez préféré qu’elle parle du fond de votre chapeau melon?
septembre 7th, 2009 à 23 h 42 min
c’est agréable de venir lire par ici
d’autant plus après une absence des ondes …