Le cheval mort, intoxiqué aux algues, vous en avez forcément entendu parler.
Vous avez vu des images de bottes dans des tas d’algues à la couleur étrange, tantôt vert fluo, tantôt blanchâtres. Vous avez vu des morceaux de côte, au loin, décor désastreux d’une catastrophe écologique soudaine.
Soudaine, vraiment ? Les médias semblent encore une fois découvrir, avec la fraicheur de l’enfant qui découvre le monde, cette pollution qui contamine l’ensemble des côtes bretonnes, et bien plus loin, de la Manche à l’Atlantique. Pourtant, depuis presque 30 ans, ces algues font partie du paysage estival – De plus en plus présentes, de plus en plus longtemps dans la saison.
L’Institut national de l’environnement et des risques (Ineris) a analysé la toxicité des amas d’algues vertes en décomposition sur les plages bretonnes. Ces tests, commandés par le secrétariat d’Etat à l’écologie, visaient à mesurer la concentration d’hydrogène sulfuré (H2S), un gaz mortel. Et les résultats sont alarmants, révèle le Figaro.
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Le cheval mort et son cavalier assommé par les gaz qui se dégagent de ces algues, l’hydrogène sulfuré (H2S), étaient sur une plage qui me tient particulièrement à cœur puisque c’est celle où j’ai barboté depuis mon enfance. St Michel en grève, j’y suis née – D’où la difficulté de prendre un minimum de recul sur cette affaire.
Cela dit, pour être tout à fait honnête avec vous, je ne suis pas certaine qu’il y ait besoin de prendre du recul. Car lorsqu’on parle de gaz mortel pour l’homme dégagé par des algues vertes qu’on engraisse depuis des décennies à coup de pesticides et autres lisiers / épandages sur les champs environnants et les bassins versants, et que j’entends ensuite qu’il est question de fermer la plage, des noms d’oiseaux me montent instantanément à la bouche. J’ai du mal à comprendre que dans ce fameux processus écolo-responsable où l’on en profite gaiement pour culpabiliser responsabiliser le citoyen lambda, on préfère se voiler pudiquement la face plutôt que d’envisager des solutions.
«La mort du cheval peut être l’occasion pour que les choses bougent et que l’on fasse enfin quelque chose», a souligné de son côté M. Ropartz, maire de la commune de 480 habitants qui va devoir dépenser 150.000 euros cette année pour le ramassage des algues indésirables. «Le sujet n’a même pas été abordé au Grenelle de l’environnement, on n’est pas entendu par les différentes autorités de l’Etat», a-t-il regretté.
(Source)
Trouvez-vous normal qu’on préfère laisser l’agriculture intensive, un modèle qui a fait long feu, continuer à polluer les côtes, les rivières et la mer, au détriment du touriste qui est un des poumons économiques de cette région ? Et que l’on sacrifie l’avenir des populations locales sur l’autel des produits polluants destinés à accroître des élevages de porc déjà trop nombreux ? Élevages qui, au passage, ont pris la malencontreuse habitude de s’octroyer eux-même la permission d’étendre leurs cheptels, puis d’aller ensuite à la sous-préfecture pour demander une régulation… En force.
Je n’ai rien, a priori, contre les agriculteurs, souvent montrés du doigts, qui ne sont pas les seuls pollueurs de la côte (Les désherbants pour particuliers et autres produits chimiques largement utilisés dans nos jardins sont aussi polluants que les pesticides), et qui n’ont parfois pas le choix – Mais force est de constater que beaucoup d’entre eux, d’une, s’en cognent royalement, de deux, polluent avec bonheur.
Seulement, d’après les protestations qui ont commencé à s’élever dans la population locale après cette affaire, il semblerait que nous soyons beaucoup à préférer accueillir des belges, des italiens et des anglais plutôt que de nouveaux porcs. Assurément, non, ce n’est pas la même chose. C’est beaucoup plus glorieux, moins polluant (Enfin, on l’espère), et ça rapporte beaucoup plus. Surtout si on se souvient des nombreuses manifestations concernant le prix du porc, ridiculement bas.
Depuis cette affaire, beaucoup poussent le maire de ce petit village de 480 habitants à prendre les armes et ne pas laisser fermer la plage : Il s’agit aujourd’hui d’attaquer directement l’Etat en justice et de le désigner comme responsable de ces « marées vertes ».
Et responsable, il l’est. C’est à lui d’obliger les pollueurs à payer, mais la réticence de nos hommes politiques face aux agriculteurs est légendaire. Il faut bien l’avouer, tous ont une trouille monstrueuse de ces débats et empoignades avec des hommes de terrain qui, lorsqu’ils ont quelque chose en tête, ne font pas dans la dentelle.
Cela pourrait mal augurer du futur, mais voilà : Tout ceci se passe en Bretagne. Une région où les gens sont attachés à leur côte, à leurs terres, et à la mer, où l’on est conscient du patrimoine que représente de telles richesses. Et depuis la médiatisation, enfin ! De ces monstruosités malodorantes et dangereuses, c’est tout une région qui semble avoir pris la ferme décision de ne pas se laisser faire.
François Fillon sera aujourd’hui sur la côte, et plus particulièrement à St Michel en grève. Outre le fait que je souhaite qu’on lui serve beaucoup de salade au déjeuner, qu’il puisse se rendre compte du goût délicieux des produits de l’agriculture locale, j’ose espérer qu’il y aura foule pour lui montrer qu’il n’y a pas, en Bretagne, que des agriculteurs qui brûlent des pneus et déversent des choux-fleurs devant les mairies une fois par mois. Mais aussi des gens prêts à remonter leurs manches, pour essayer de réparer les erreurs passées – Et pour se battre si nécessaire.
Le premier ministre, François Fillon, se rend demain à Saint-Michel-en-Grève. Il devrait annoncer de nouvelles mesures contre la prolifération des algues vertes, due en partie aux engrais de l’agriculture et à certaines activités urbaines et industrielles. Mi-juillet, le Grenelle de la mer avait arrêté une série de décisions visant à enrayer la prolifération des déchets et les pollutions marines venues de terre qui provoquent ce phénomène. Le 9 août, des centaines de personnes s’étaient réunies sur cette plage de Saint-Michel-en-Grève pour dénoncer l’agriculture intensive et les élevages de porcs.
(Source)
La plage de St Michel en grève ne fermera pas. Je veux le croire, encore.
Et le serait-elle, à supposer qu’on puisse interdire l’accès à l’une des plus grandes baies de France (4 klilomètres de long…), je doute que cela empêche nos acolytes têtus de s’y rendre. Par provocation, par amour du lieu, et pour ne pas qu’on oublie qu’ici, on assassine impunément.
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Quelques liens pour se documenter :
› « La Bretagne en a ras les algues » de Libération, article très bien documenté
› Une explication des marées vertes sur le site de l’association Eaux et rivières de Bretagne
› Un article sur la mobilisation contre les algues vertes sur le portail du gouvernement




Je ne sais pas si les agriculteurs le font exprès ou si – comme la grande majorité de la population – ils « font comme ça » depuis des années et ne songent pas à changer de méthode.
Mais ça serait supposer que le pécore réfléchit. #parigo
Tiens, il faudrait voir la proportion de paysans qui seront présents aujourd’hui à St Michel, ça peut-être intéressant.
Tous. Ils y seront. Pour « préserver leurs emplois ».
[La suite de ce commentaire a été auto-censurée.]
@Gëist : Et si les agriculteurs faisaient ça juste parce que c’est le moyen le plus simple, le plus rapide mais surtout le plus économique en ces temps de « crise » ?
Non parce qu’il y a vraiment des vrais gens qui habitent la bas ?
:p je rigole !
C’est triste, mais c’est finalement partout pareil. Le coté économique passera toujours au dessus du volet écologique. Dans les Vosges on a la pluie acide qui détruit les sapins. Mêmes causes, effets similaires.
Même lorsque la moitié de l’humanité périra a cause du rechauffement climatique ou d’une catastrophe écologique, je suis pas sur que tout ces décideurs changent quoi que ce soit a leur mentalité…
‘Suffit de se rendre dans n’importe quelle école de commerce, et vous verrez ce qu’ils en pensent de la protection de l’environnement…
Parce que finalement, les agriculteurs, ils mettent ce qu’on leur donne sur leurs champs (si on pense pas trop a leur mauvaise foi aussi)
@Leg’Z :: Je t’arrêtes tout de suite : On parle d’un phénomène qui existe depuis une trentaine d’années. Donc la crise…
@Pierre :: Sympa, les pluies acides. Ça donne envie.
Oui effectivement peu de gens s’en préoccupent réellement. Parce qu’il faut changer son mode de vie, que c’est compliqué, ennuyeux, surtout quand one st habitué à avoir toujours ce qu’il faut sous la main, et tout de suite.
A ce propos, un article à lire sur ce sujet, qui est fort intéressant : http://www.liberation.fr/culture/0101582241-je-n-arrive-pas-a-etre-ecolo
Les agriculteurs savent très bien ce qu’ils mettent sur leur champ, ne t’inquiètes pas…
Certains s’en foutent, d’autres essayent de trouver des solutions alternatives, mais au fond on le sait tous : Pour sauver les éco-systèmes régionaux il faut se tourner vers l’agriculture biologique.
Elle est plus risquée à court terme, mais c’est la seule solution.
Là avec leurs conneries chimiques, on va vers un cercle infernal : Traiter les champs et vacciner les bêtes à tout-va contre des ennemis qui s’avèrent plus nombreux et résistants que jamais, voir les régions se polluer à grande vitesse, avoir moins de récoltes à cause des terrains trop traités et trop sollicités, voir apparaitre des famines parce qu’on ne peut plus exporter vers des pays qui ont un besoin cruel de nourriture, et ne plus pouvoir nourrir nos propres pollutions de gens à 6 bras et 3 yeux du fait des niveaux trop élevés en matières chimiques.
Et 6 bras et 3 yeux, ben ça coûte en énergie. Donc ça mange.
@Leg’Z > La crise, oui. Et c’est la faute à personne et à tout le monde en même temps. Où l’on constate avec amertume que même avec toute la bonne volonté du monde, notre mode de vie et notre système est tel qu’on ne peut rien faire sans forcer tout le monde à changer radicalement de vie.
En ce qui les concerne directement : c’est ça ou leur famille ? A vrai dire je ne sais pas à quel point ils sont dépendants des saloperies qu’ils mettent dans la terre.
d’aussi loin que je me souvienne (30ans) j’ai toujours connu la baie sous les algues et le manège des tracteurs raclants la puanteur verte, et combien de fois me suis-je retrouvé sur le cul d’avoir glissé sur une galette…
J’ai aussi joué dans les flaques du Rocher Rose alors qu’il doit être désormais enseveli sous un bon mètre de sable, mais c’est une autre histoire, cyclique d’après les vieux
L’année dernière on a pas pu emmener la gamine à la flotte à cause de cette barrière, historiquement c’était la première fois que j’en ai vu dans de telles quantité.
Le pire c’est qu’on sait exactement qui balance du lisier nitraté dans ces champs et d’ou çà redescend.
Fillon ferait bien se bouger le cul ailleurs que sur la promenade (j’aimais bien le talus avec ces pins maritimes :[ ).
(jolie, celle depuis le grand rocher)
Ce ne sont pas les agriculteurs qu’il fait faire payer, mais ceux qui produisent ces phyto-sanitaires et ceux qui les autorisent. Et encore, payer, c’est bien beau mais empéchons les de continuer surtout…
Vouloir s’enrichir en jouant avec la nature devrait être interdit, tant qu’ils auront l’impunité, rien ne chnagera. Les vrais coupables, on les connait, mais notre société a fait en sorte qu’ils soient intouchables.
Mon propre blog me passe dans les commentaires indésirables, j’adore.
@Gëist :: Quand tu connais les agriculteurs, généralement, tu sais très bien qu’ils sont conscients de ce qu’ils mettent sur la terre. Et généralement, ça ne leur plaît pas.
Mais l’Europe, les aides, les invasions d’insectes venus d’ailleurs, le coût d’un reclassement en parcelle bio, tout ça ne leur laisse effectivement pas beaucoup de choix… Même si beaucoup utilisent ces raisons comme prétexte pour ne pas lever le petit doigt.
Quand tu connais les agriculteurs du coin, tu sais aussi qu’ils cultivent leur propre lopin de terre pour eux et leur famille, et qu’ils élèvent leurs propres bêtes, bien à part de ce qu’ils vendent. Et avec beaucoup moins de produits chimiques, évidemment…
@pinkbOnO :: Ça s’est accéléré depuis quelques années, néanmoins.
Avant la salade arrivait quand il commençait à faire bon en extérieur mais surtout dans l’eau… L’été donc, on avait le droit au menu salade.
Aujourd’hui, il n’y en a pas que pendant 3 ou 4 mois l’hiver. C’est devenu un fléau esthétique en plus d’être une charge économique bien trop lourde pour des petites communes.
L’ensablement par contre est cyclique, je confirme. C’est dommage parce que, si ça fait une jolie plage, les cailloux des anciennes criques deviennent vraiment impraticable et la dune survit difficilement. Mais bon…
On peut se baigner à marée haute, les algues « vivantes » dans l’eau ne posent a priori pas de problème ; Pour le reste, dès que la mer descend, ça devient vite problématique…
(Elles sont toutes prises depuis le Grand Rocher en fait
)
@D.n. :: Le problème, c’est qu’il faut bien commencer par quelque part, et remonter la chaine. C’est aux locaux de faire pression sur les agriculteurs, et c’est aux agriculteurs de faire pression sur leurs fournisseurs.
Mais bien évidemment, ça, ça ne mènera à rien, parce que dans notre chère société il faut une punition plutôt qu’une éthique, ou une responsabilité quelconque. Donc l’Etat doit frapper là où ça fait mal : Au portefeuille.
Ou à la gorge, j’hésite…
Je ne suis pas expert en la question mais il me semble que, dans la mesure où les comportements de la plupart des agriculteurs français sont conditionnés par des décisions prises au niveau européen, c’est à l’Europe de prendre les choses en main, de changer la politique agricole et de la mettre en adéquation avec les impératifs écologiques.
Excellent post au demeurant, et merci pour le lien vers Libé qui est très intéressant.
C’est sidérant cette capacité humaine à saccager sans penser aux conséquences.
On le fait tous du matin au soir, alors forcément on est tous mal placés pour jeter la pierre aux paysans.
Mais en ce qui les concerne, on baigne dans une sacrée hypocrisie.
Avec les aides européennes de la « PAC » on a décide de maintenir nos paysans sous perfusion, pour conserver une agriculture en France ce qui est un non sens économique.
Sauf qu’on a un argument de poids pour le faire ; un terroir exceptionnel et par conséquent la capacité à produire des produits d’une qualité excellente.
Oui, mais, parce que ça coute déjà assez cher comme ça on laisse la majorité des paysans se servir de produits dont la composition ressemble à un quatrième de couverture de Stephen King.
[quelle idée de lancer un sujet pareil, voila que moi aussi je suis énervé !]
La même logique qui laisse le monde financier gouverner la planète plutôt que de redonner sa place à l’outil, et à l’homme.
C’est puéril mais je pense souvent à cette phrase dans matrix qui décrivait l’homme comme un virus, colonisant, et détruisant son lieu même de vie.
Aïe, me voilà énervée aussi, c’est malin (superbes photos, par ailleurs)
Tu ne parles pas du temps de la pollution en mer. Elle n’est donc pas en cause ? Pourtant j’ai vu nombre de reportages dénoncer la pollution maritime des pétroliers entre autres paquebots rejetant sans aucune conscience ou once de culpabilité. Ces saloperies de bateaux à moteurs sont les pires pollueurs jamais vus, qui agissent en toute impunité… Que fait Nicolas Hulot ^^ ?
*du tout* (pas du temps) #zut
*rejetant – leurs déchets ou autres substances toxiques et non bio-dégradable -
Dans mon enfance, mes parents aimaient aller au restaurant du Guildo, on y jouissait d’une très belle vue sur l’embouchure de la rivière.
Il y a quelques années, j’ai voulu y retourner; hélas! le restaurant était fermé!
Intriguée (car le site était toujours aussi beau), je suis descendue de voiture « pour voir » … et j’ai bien « senti » quelle pouvait être la cause de la perte de ce lieu!!
Quel désastre! Je partage l’avis qu il faudra attendre des morts pour qu’on fasse (peut-être) quelque chose.
Les agriculteurs sont intouchables, enfin je parle de l’agriculture industrielle subventionnée, celle qui rapporte des voix et des gros sous aux lobbies de Bruxelles …