[***] Madder Mortem – Eight Ways

eight-ways1C’est bien la première fois que ça m’arrive. Je veux dire, quand on aime particulièrement un groupe, et que celui-ci sort un nouvel album, on s’attend à être soit ravi, soit déçu. Eh bien là, je ne sais pas. Mais il peut me résister, je compte bien creuser encore.

Bien étrange artwork que voilà. Inhabituel de la part d’un groupe classé « metal gothique » ; ce paysage en 3D (fort travaillé, un grand bravo à Christian Ruud) me rappelle inévitablement Riven et ses machines rouillées sous un soleil faussement hospitalier. Même le titre est étrange. Et quand on lit le nom des titres, on ne sait carrément plus à quoi s’en tenir. Formaldehyde, The Riddle Wants To Be, ou encore The Flesh, The Blood & The Man ne se rapporte à rien qu’on connaisse dans le style. Et l’album est finalement à l’image de tous ces éléments contradictoires.

Pour faire clair : c’est ma sixième écoute, et je ne comprend toujours pas où ils sont allés, ni où ils veulent nous entraîner. Impossible de dire pour l’instant si c’est une bonne ou une mauvaise chose.

Mais parlons musique. Madder Mortem, pour ceux qui ne connaîtraient pas encore, c’est avant tout une patte reconnaissable entre mille (et il y a bien plus de groupes de metal estampillés « gothique » que ça). C’est une voix à la fois douce, triste et douloureuse. C’est un sens de la mélodie à toute épreuve, vaguement dégénérées, souvent schyzophrènes. On retrouve tout ça dans le cru 2009. Dès l’introduction tribale et les notes plaintives de Formaldehyde, on retrouve avec plaisir cette nostalgie profonde qui caractérise (entre autres) le groupe.

Première surprise : la voix d’Agnete. Plus maîtrisée dans les parties douces, plus déchirée et théâtrale encore dans les parties les plus nerveuses. Et par ci, par là, quelques excès parfaitement contrôlés, enfantins, cyniques, voire franchement malsains. Rien que pour ça, Eight Ways vaut un paquet d’écoutes.

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Le son se fait sec et nerveux. Le groupe a choisi d’enregistrer lui même ses parties en studio, production comprise. On n’est jamais mieux servi que par soi-même, semble-t-il ; tout est cohérent et sert le propos avec intelligence. La voix est mise en avant, mais j’aurais aimé entendre un poil plus la basse. Au final, le tout sonne plus rock que metal, et finalement, ça leur va bien. Les passages jazzy ressortent grandis de ce choix, et ça aussi, ça leur sied.

Les mélodies, quant à elles oscillent. Entre le glauque et le lumineux, entre le triste et le beau. C’est pourtant là que réside ma principale interrogation. Madder Mortem fait dans le rock – et pas seulement dans la sonorité, mais dans la mélodie aussi. Resolution démarre dans cette veine plus familière du grand public, pour dévier tranquillement histoire de perdre les quelques auditeurs qu’elle avait conquis, au point de ressembler à un discours scandé sur fond de quitares acérées. La tromperie fonctionne plutôt bien, mais je ne sais pas quoi en penser. On est tout de même assez loin d’un Rust Cleansing ou d’un Evasions, si beau et si particulier.

Finalement, la vraie surprise de cet album, ça serait qu’il n’y a pas de surprise ? Les mélodies (Armour, All I know) virent presque à la ballade par moments. Ce qui faisait Madder Mortem – cette capacité à pervertir la moindre chanson, semble s’estomper, sans tout à fait disparaître.

eightways

Malgré tout, Eight Ways ne manque pas de richesse, ni de beauté. L’album part dans tous les sens, s’envole franchement pour retomber dans les bas-fonds obscurs qui me sont plus familiers. A Different Kind Of Hell arrache littéralement, et Agnete y est magnifique ; Get That Monster Out of Here et sa galerie des horreurs apportent leur souffle épique à l’édifice ; The Eighth Wave est si bien écrite qu’on a l’impression de prendre un film en cours de route, pour se laisser embarquer dans son monde froid et obscur.

Et au final, me voilà bien embêté pour conclure. Esthétiquement, pas de souci. Eight Ways est superbe, les paysages qui y sont décrits sont prenants, et les textures par endroits laissent pantois. C’est juste… différent de ce que j’ai connu de la part du groupe. Et je sais pas dire si c’est mieux ou moins bon. Je crois juste que c’est une orientation différente, et qu’il va falloir s’y habituer. Quoi qu’il en soit, ce nouvel album est accessible, c’est indéniable. Je ne peux que le conseiller.

En me relisant, je me rend compte que j’ai pu paraître déçu. Malgré tout, je sais que Eight Ways tournera encore longtemps. Suffisamment pour que je parvienne à le décrypter.

Non mais.

Moeity
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