Les coutures
#LousiaSur ma peau, la pointe du stylo déchire de ses lentes arabesques ce qu’il reste de l’encre passée. Et les courbes épousent d’autres formes grises, comme une génération poussant amoureusement l’autre dans la tombe.
J’ai chaud – Alors j’ouvre ma peau vive en dessinant des coutures le long de mes bras, peut-être pour mieux les ouvrir.
Je dessine l’ouverture de la fermeture tout au creux de la cambrure du coude, à la naissance des doutes et des ombres. Le feutre déborde, et la petite peste en moi écarte les bords de ma poitrine pour mieux découvrir le monde. Mes côtes craquent ; Je passe mon temps à recoudre les os qui se carapatent. De rage j’écrase des insanités en pointillés.
Le contour de mes lèvres, comme un clown débile, et puis le tour de mes yeux comme une arpenteuse d’illusions crasses – Tout y passe. Le trait continue dans le vide, prolongeant l’abîme dans une dimension parallèle. Je suis une poupée poursuivie par les fils des vêtements qui s’effilochent, juste cachée par les lignes qui s’entrelacent… Je suis une marionnette pendue à ses propres mouvements gauches, perfusée par les oreilles d’ambiances sonores qui me dépriment.
J’écris « Je » sur toutes les parties de mon corps au pluriel, à l’encre noire, à l’encre rouge. J’existe, je suis, j’ai mal. Je comme entité insipide. Je suis, j’ai, j’abandonne. Je savoure chaque lettre et me délecte de cet égoïsme soudain que, des poignets aux chevilles, j’emporte loin.
Stitching by *Katie-O
Il pleut et je dégouline. En pleine rue je me retrouve à nu, la peau rougie par l’encre qui s’enfuit vers les égouts et ruisselle, tandis que dans les derniers fils, je m’emmêle. Il pleut et je regarde mon identité fondre jusqu’aux pavés.
J’ai grandi.
A mon poignet s’accrochent les heures qui passent.
A mon poignet j’aimerais que les heures que je marquais refassent surface.
Ma vie, je redessine.
Tags: Exercice de style









mai 7th, 2009 à 17 h 34 min
C’est très beau snif…
mai 7th, 2009 à 17 h 47 min
Je me rends compte qu’on a toujours l’air con quand on juge de la beauté d’un texte : « Ouais trop émouvant, c’est beau, comme c’est romantique, ça se mange sans faim, quelles belles rimes embrassées etc etc etc ». C’est affreux et ça montre quand même que la langue française à ses limites… Je ne parle pas de spécialistes qui comme en œnologie ont leur jargon et se complaisent dans des tonnes de codes finalement incompréhensibles par le plus grand nombre…
mai 7th, 2009 à 17 h 50 min
@Julie :: Ce qui veut dire au final que je t’enivre, ou te saoule ?
mai 7th, 2009 à 18 h 28 min
Encore un mot tendrement polysémique « Soule »… Nan nan j’apprécie vraiment, ça me ballade…
mai 7th, 2009 à 18 h 35 min
J’aime beaucoup! Une sorte de scarification littéraire qui m’a touché au coeur…
continue de nous faire rêver ^^
mai 10th, 2009 à 11 h 14 min
Beau comme la nudité intérieure sous toutes ses coutures. N’empêche, le stylo a eu droit à une belle balade, le coquin veinard