La corde raide

Rope by ~RaPeRbOy-blog

L’équilibre précaire repose sur la qualité de l’air. Et moi j’étouffe, les bras ballants, à réfléchir à l’utilisation de cette corde qui blesse mes pieds, s’enroule autour de mon cou, laisse des marques rougeâtres au creux de mes poignets.

J’étouffe de haine et de colère. J’étouffe de vents brassés qui me repoussent et m’empêchent d’avancer. J’étouffe de trop d’airs fétides qui m’encombrent les bronches et me font cracher mon fiel.

Je suis au bout de la pièce, dans un coin un peu plus sombre, où l’on oublie jusqu’au bruit de mes doigts sur le clavier. J’ai les yeux collés à force de serrer les paupières, pour ne rien voir qui puisse me faire davantage exploser. J’enfonce mes écouteurs jusqu’à blesser mes tympans simplement pour ne plus entendre les choses pour lesquelles on ne me consulte jamais, les choses que l’on fait sans moi, les choses qui me rendent terriblement inutiles.

Je suis née l’année du bœuf – Et ils s’habillent de rouge, tous les jours. J’ai beau connaître les règles du jeu, je fonce toujours – Les cornes baissées, la tête dans le mur. Poussée à la faute.

J’essaye le silence, le calme – J’essaye le détachement. J’abandonne, finalement.

Mais cela ne suffit toujours pas, et les piques s’amoncellent au creux de mes omoplates, le long de mon échine que je ne veux pas courber, sur mon dos – Que j’ai, semble-t-il, large.

La solution serait peut-être de briser les chaines, foncer dans la barrière, galoper à perdre haleine et s’enfuir – Dans mes veines l’urgence coule comme un poison amer.
Et pourtant, je n’aime pas perdre. Et pourtant, je n’aime pas laisser les imbéciles se pavaner et se bouffir d’orgueil. Ou se targuer de victoire alors que tous, nous aurons perdu.

Mais l’urgence est là.

Lousia
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Pas de reponse a “La corde raide”

  1. chandleyr dit :

    Ton texte me rapelle toute ma période en tant que community manager et la frustration qui va de paire avec ce job.

  2. Lousia dit :

    T’as tout compris.

  3. Pierre dit :

    Toi tu bosses en agence web non ? ;p
    (–> je sors)

  4. chandleyr dit :

    @lousia: C’est en partie pour ce que tu énonces dans ton texte que je n’ai plus envie de faire ce job. C’est assez nouveau en France et personne ne sait comment aborder ce poste.Ni vraiment considérer les gens qui bossent dans ce domaine. Arrive au final, une rapide frustration de la part des CM, il est d’ailleurs fréquent que ces derniers deviennent les victimes d un turnover important. CM demande ( surtout pour des grosses communautés) un investissement humain monstre et il en résulte un  » véritable burnout » le CM s’use vite en temps normal et encore plus quand il n’a aucune considération de sa hiérarchie. Rare sont les boites qui prennent vraiment les CM au sérieux en France. Alors que la plupart des mes anciens collègues à l’étranger dans le domaine des CM ont des biens meilleures situations. En gros CM en france bof bof et je comprends ta frustration miss. J’ai eu la même pendant pas mal d’années…

  5. Pierre dit :

    @Chandleyr
    C’est la même chose quel que soit le poste dans le web (ou la pub classique)… malheureusement

  6. Lousia dit :

    @Pierre :: Ma santé mentale est en jeu…
    Et tu as raison quand tu dis que tous les métiers du Web sont touchés. L’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs, en tout cas, pas sur le bureau du voisin.

    @Chandleyr :: Tu as sûrement raison mais comme dit Pierre, les CM ne sont pas les seuls concernés.
    Le Web, la pub, la communication, ce sont des métiers trop usants qui mêlent vie privée, vie professionnelle, confusion des genres, abus hiérarchique.
    En fait, c’est probablement parce qu’on ne trouve jamais notre vraie place dans notre entreprise, et qu’on se sent obligé de se battre tous les jours, pour des détails, contre ses propres collègues.
    Ce n’est pas forcément leur faute, d’ailleurs, puisqu’on retrouve ce schéma dans beaucoup de boîtes…

    Au fond je pense surtout que CM n’est pas un boulot satisfaisant parce qu’on brasse du vent, fait ami-ami avec des gens que l’on connait ni d’Eve ni d’Adam en permanence (Et que parfois, naturellement, on aurait jamais fréquentés…) et qu’au final, on ne créé RIEN.
    Que du vent, que du vide.
    Pas de résultat final, pas de satisfaction.

  7. chandleyr dit :

    @lousia: tt dépend du domaine ds lequel tu agis, j’avais fait CM pour un jeu pour ados ( Habbo) et même si dans le fond je suis d’accord avec toi sur le fait que je n’ai rien crée de tangible. J’aimais voir ce job comme une occasion d’aider certains ados au travers d’opé à mettre en avant leurs idées ( pour créer des sites, faires des events eux mêmes…)
    Oui le job est ce qu’il est mais parfois, il permet de faire quelques rencontres. On est d’accord que malgré tout ca reste des rencontres à niveau pro, ce sont des utilisateurs/clients et il faut garder une distance. Dès le moment où tu mets de l’affect ds le lot c’est la merde qui commence;
    Effectivement cela ne s’applique pas qu’au CM, ils ne sont qu’un rouage parmis tant d’autres à se retrouver. Je te rejoins sur le côté bataille de tous les jours pour trouver sa place, à la longue ca m’a flinguer le moral et entrainer mon désir d’arrêter.

  8. Etienne dit :

    Tu touches à point qui concerne malheureusement très largement les gens qui s’implique au travail…
    [troll] Bon, je ne m’étendrait pas sur le job de CM, car je n’ai pas pratiqué, et vu de l’extérieur cela a l’air plutôt sympa, glander sur le net et aller rencontrer des gens. Je sais bien que ce n’est pas aussi simple que cela. [/troll]

    En fait le fond du problème est effectivement quand la frontière s’estompe trop entre les vies pro et perso. Les barrière ne sont pas facile à mettre. En me souvenant des craquages d’amis, tu peux rajouter à ta liste l’événementiel, la night, le showbiz, les start ups, …
    si si, les start ups pas au début où les gens partagent un projet commun entre copains, mais après quand le dîner pizza bière dans le canapé en cuir récuré aux encombrants qui trône dans le hall, celui dont tout le monde est fier, ne remplit pas complètement, ne remplit que l’estomac…

    Et je pourrai rajouter les chef de chantier BTP, qui dorment dans les préfab du chantier pour éviter en dessous de 4h de sommeil par nuit.

    Il est là le problème, quand le travail ne laisse plus assez de place pour le reste.
    De ce que j’ai pu en percevoir, il est un temps où il n’y a pas de problème, où au contraire c’est intéressant, et puis on se lasse. Mais c’est aussi là que l’on se fait les meilleures expériences. Où l’on noue les meilleurs contacts.

    Personnellement quand je ne sais plus répondre à la question qu’est ce que j’apprends, c’est qu’il est temps d’agir. J’essaie d’avoir toujours un point de vue égoïste sur ce que je fais. J’essaie de bosser pour moi et par seulement pour la boite.

    Courage

    PS: par rapport à ton interrogation twitter, c’est peut-être parce que tes contacts twitter te comprennent mieux, vivant la même chose, que tes amis qui n’arrivent pas à appréhender ta situation.

  9. Issao dit :

    erf… à ce point là?

    je compatis… heureusement que tu peux catharsiser sur AF, j’ai l’impression que ça risque d’exploser… en quoi consiste ton boulot exactement? je ne me souviens pas d’avoir lu à ce sujet…

    en tout cas, courage ;)

  10. romu dit :

    Le creux de la vague deviendra l’écume à son sommet. Distance et temps.

  11. Lousia dit :

    @Chandleyr :: Je ne nie pas les aspects positifs de ce boulot mais je ne souhaite vraiment pas faire ça toute ma vie, et je n’en vois pas le bout.
    Il faudrait que je change de manière radicale, mais j’ai peur. De tout remettre en cause, de ne pas retrouver quelque chose qui me plaise, de repasser par la case études, etc.
    J’ai le trouillomètre à zéro en fait.

    Que fais-tu toi maintenant ?

    @Etienne :: C’est sympa… Et usant, nerveusement. ^^

    C’est vrai que dans ces métiers où tu arrives à 9h et tu repars à 19h30 [Dans le meilleur des cas... Et encore, moi j'ai dit non, c'est 18h30 ; Cela dit ça fait toujours plus que les sacro-saintes 35h... ^^], quand tu travailles en ville et que tu as donc à rajouter les temps de transport [1h aller-retour dans mon cas, ce qui est limite enviable à Paris en fait], tu rentres chez toi, tu te roules en boule sur le canapé, et tu n’as presque pas envie de faire à manger…
    Et moi je ne veux pas de cette vie-là.

    Je veux bien travailler 15h par jour si j’ai la satisfaction de mon travail, si je réalise quelque chose, si je suis payée en conséquence [Et je ne parle pas uniquement du salaire, mais de toutes les "gratifications" que l'on peut avoir en travaillant, celle de faire quelque chose qui nou plait, les rencontres, les découvertes...], bref, si ce boulot est épanouissant.
    Ce n’est pas le cas – ce n’est pas de la faute de la boite, de mon boss, de qui que ce soit, c’est juste ce métier, ce secteur, qui veut ça.

    Je le sais, mais je ne sais pas comment faire, et comme je le disais plus haut, j’ai peur.

    @Issao :: Un peu. ^^
    Cela dit je prends le risque qu’on me lise aussi ici, ça me déplait un peu, mais AT c’est moi, c’est ma soupape… Alors tant pis.
    Je suis comme Chandleyr il y a quelques temps, community manager – Ce qui veut tout dire, et rien à la fois. Je suis aussi parfois responsable éditorial, au gré du vent et des envies de chacun…

    Merci :)

    @Romu :: Pour l’instant ça fait quelques mois que je bois la tasse, et là ça commence à piquer… ^^

  12. Etienne dit :

    Ah les sacro saintes 35h, elles ne sont [potentiellement] vraies que pour les personnes qui pointent, à horaires fixes.
    Dès que tu es cadre, ou autonome, ou au forfait (gentil petit mot qui signifie résultat et non implication) les horaires ne se comptent plus de la même façon.
    Ceux qui ne faisait pas 39h avant, n’en font pas moins maintenant.

    Juste pour tempérer ta mauvaise humeur, l’heure de transport n’est pas que citadine. Cela va vite même ailleurs entre sortir la voiture du garage, fermer la grille, une bonne 1/2h de route etc à faire pareil dans d’autres mdoes de vie.

    En revanche la suite il faut y remédier. Je sors (il y a quelques mois maintenant) d’une mission épanouissante, ou même après 10h de boulot, je rentrais avec la pêche et l’envie de faire autre chose encore.
    Maintenant, c’est bien moins intéressant, et même travaillant moins en temps, et en implication, je rentre vidé et sans motivation.

    Après je comprends bien que tu aies peur, ce n’est pas facile. Je n’ai pas en tous cas de solution miracle. Mais tu es encore jeune si je me souviens bien ce que j’ai lu ici. Tout n’est pas figé, le poids de l’expérience n’est pas encore si lourd qu’il te faille passer par la case étude pour justifier un virage.

    Ce que je peux te conseiller, c’est de faire pour toi dans ta tête un petit point sur ce que tu veux et ne veut plus, sur ce que tu sais faire et ce que tu aimerais apprendre, sur ce que tu peux (aidée) et ce que tu n’arrivera probablement pas sans formation. Et après regarder autour comment y arriver. Dans certaines cultures asiatiques, il y a un 5ème point cardinal, au centre, où tu es. Où à l’inverse sauter sur la prochaine occasion qui passe sous ta fenêtre ;-) et tu verras bien où elle te mène.

    Bon, je vais finir ce que j’ai à faire et rentrer me mettre en boule sur le canapé

  13. chandleyr dit :

    @lousia: l’ennui en effet est que par moment on est assailli par le doute, et par ex en ce qui me concerne, même si je sais faire plein d autres trucs bien mieux que du community management, les gens ne voient plus que ca ds mon cv. J’ai fait l’erreur d’attendre longtemps avant de me remettre en cause concernant ce taff. Repartir de zéro est flippant je le concède, mais même si ce que je dis est un brin cliché, il vaut mieux prendre le risque de se refaire une carrière pendant qu’on est jeune que de finir vieux et aigri à végéter dans un taff que l’on déteste et ne fait que pour l’argent.

    Moi j’ai fait un coup de poker, pendant un an je m’occupe de mon site qui démarre bien et me remet à mes deux passions l’écriture d’histoire et parler de cinéma. Elles ont passer 10 ans en stand by au profit du multimédia, CM, gestion de projet… donc il était temps de revenir à ce que je sais faire de mieux. CM n’était définitivement plus pour moi, il y a plein de trucs géniaux dans ce métier, mais le manque de considération est tel que prendre le risque de repartir de zéro m’a sembler un challenge attrayant. C’est peut être fou ou suicidaire vu la période, mais c’était çà où bien faire un remake de « commando » dans l’ancien bureau où j’étais.

    C’est marrant ton point sur « responsable éditorial » j’ai eu la même aventure avant de partir, du genre bombardé rédac chef d’un projet edito pour mon ancienne boite du jour au lendemain. Le truc qui te fait bien sentir qu’on te le donne en bouche trou. -_-’

    Je suis certain que t’as plein d’autres passions et de cordes à ton arc. Ne serait-ce que la photo, c’est pingoo qui le disait de toi, mais t’as un oeil, un univers et certaine dose de talents sur la façon de faire tes photos, creuse sur ce domaine là. Prends un risque, t’as déjà l’air d’avoir des cartes en mains sur ce domaine là en tout cas miss ;)

  14. CMZ dit :

    Globalement, d’accord avec tous les commentaires.

    Etienne a toutefois bien décrit le problème.

    Peut-être est-ce le plus « vieux » des commentateurs ?

    Malheureusement, tu as l’air de faire partie de ces gens qui n’acceptent pas leur sort, disons qui n’acceptent pas les choses telles qu’elles sont, sans avoir d’explication, en essayant de comprendre…sans jamais trop savoir pourquoi elles sont comme ça car elles sentent bien que quelque part c’est inutile.

    Tu écrivais « Je prends les trottoirs à l’envers et pousse mon épaule en avant dans la foule à sens unique, me dégageant un étroit passage parmi la meute de veaux à l’échine basse ».

    C’est ça qui est difficile : admettre qu’on est l’un de ces veaux

    Après, tu l’acceptes ou tu ne l’acceptes pas et tu agis en conséquence

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