[***] Hacride – Lazarus
#Selenite
Ils sont rares, les albums qui survivent au leak (mise en téléchargement illégal, parfois six mois avant la date de sortie). Lazarus a tenu bon, jusqu’au dernier jour. Et si les gars d’Hacride ne l’avaient pas mis en écoute en ligne l’avant-veille, j’aurais dû attendre sa sortie officielle (je crois que ça ne m’est pas arrivé depuis… dix ans ?).
Je dois aujourd’hui leur rendre justice. J’ai chroniqué Amoeba, leur précédent album, il y a quelques années, en leur donnant une image de gentils bourrins. Là… on est très loin du compte.
Dernier quasi-hors-sujet avant de me lancer dans cette chronique : je n’aime pas qu’on compare un groupe à Opeth. Déjà parce qu’à force, ils vont se vexer si on continue de leur trouver des clones partout ; ensuite, parce que c’est rarement justifié. Et je l’ai lu par endroits concernant Lazarus. Je m’apprêtais à démentir, mais je crois que là, on tient effectivement quelque chose. Pas dans la forme, ni dans le fond d’ailleurs – ça serait peine perdue – mais dans la démarche : une musique claire, variée, labyrinthique, atmosphérique. (Une petite voix au fond de moi crie « Ghost Reveries« ). (Ca, ce n’est pas un petit compliment)
J’attendais beaucoup de Lazarus, et à force de lire qu’on tient là la nouvelle référence du metal français, on finit par y croire, et à trépigner nerveusement de n’avoir sous la main qu’un My Enemy absolument destructeur. Et le voilà, tout frais, dans mes esgourdes. Qui avait vu venir que le metal acide et tranchant d’Hacride aurait entre-temps pris une forme progressive, voire symphonique ? Qui avait vu venir To Walk Among Them, ses chœurs sur fond de blast-beat*, ses chevauchées et ses envolées grandioses ? La tension est omniprésente, monte lentement, jusqu’à une explosion contenue mais ravageuse. Les mélodies se font déchirantes, et la voix se prête parfaitement au scénario dramatique dans lequel le groupe veut nous plonger.

Je ne l’ai écouté que trois fois, mais je n’arrive toujours pas à me souvenir des mélodies. Elles ne sont pas du genre marquantes – rien de négatif là dedans, je préfère ça à un gimmick mémorisable en une seule fois. Elles sont ici plutôt sournoises, entrecoupées d’assauts francs et massifs. Et je les redécouvre à chaque écoute. Rien ne dit que je trouverais mon chemin là dedans, il va me falloir plusieurs immersions. Et tenir, sous les coups d’une batterie sèche et lourde (cette caisse claire fait mal, très mal). Act Of God brise le rythme enclenché par sa consœur. Exit les ambiances, pour quelques minutes. Mais le final redevient plus aérien, et quelques notes de piano s’imposent, curieusement mais parfaitement, le temps d’introduire le titre éponyme.
Et puis tout semble s’adoucir. C’est qu’au final, l’album ne retient que peu d’éléments de son prédécesseur biologique Amoeba. Finies, les armes de destruction massives à la Fate ; au revoir, les riffs en épées à double tranchant. Bien évidemment, quand je dis s’adoucir… c’est à base d’ambiances oppressantes et glauques, saupoudrées de hurlements à glacer le sang. Deux minutes d’huis clos étouffant, à éviter si vous êtes claustrophobe.
(Je vous ai dit que Samuel Bourreau s’était mis au chant clair ? Bonheur.)

Hacride surprend. Phenonenon est parfaite. Juste parfaite. Entêtante, reposante, contemplative, et remarquablement bien construite. Obscure ou lumineuse, très honnêtement c’est à vous de choisir. J’y verrais plutôt une petite pièce sombre, mais rassurante. A World Of Lies reprend cordialement les hostilités, et on a droit à un riff venu de l’espace. De la rage, plus que jamais (Hacride n’est pas ce qu’on pourrait appeler un groupe apaisé), mais une construction plus aérée, moins monolithique – malgré les guitares coupées au couteau en guise de final.
Mais la plus grosse surprise de Lazarus, c’est Awakening. Je ne parviens pas à savoir où le groupe est allé pêcher cette atmosphère, mais on en redemande. Plus que jamais, ici, on prend des risques. Et ça fait du bien ! Autre pause dans l’album, les textures deviennent plus éthérées, et l’ensemble moins chaotique, moins aggressif. Le propos devient dissonnant sur la fin, ajoutant encore à l’étrangeté de la pièce.
C’est sur une atmosphère similaire à celle de To Walk Among Them que se termine l’album. Après la dernière note de My Enemy, j’ai pensé deux choses : « Oui, c’est exactement comme ça qu’on termine un album ! » et « Encore ! » C’est un drôle de mélange d’excitation et d’émerveillement qui prédomine quand on se retrouve face à ces structures colossales. Encore des surprises – un clavier sublime, une cavalcade implacable, et un final… quel final ! Si la détresse peut être belle, alors c’est à ça qu’elle ressemble.

Difficile de conclure une chronique pareille. J’ai choisi de l’écrire après quelques écoutes seulement – pour privilégier le ressenti, mais aussi parce que je suis certain de ne pas changer d’avis avec le recul. Trop riche en couleurs, en émotions, trop diversifié pour jamais lasser quiconque aura eu le coup de foudre pour Lazarus. Et je gage qu’ils seront nombreux. Il n’est pas à mettre dans toutes les oreilles. Trop facile à critiquer quand on n’en a pas entendu assez, trop brutal pour plaire à certains… et pour ceux chez qui il trouverait un écho bien réel, trop sombre. Pour tous les autres, ce sera un voyage qui laissera une foule d’images dans la tête. Je serais même prêt à parier qu’on le citera comme référence dans quelques années.
Album en écoute sur VS-Webzine. Vite !
…
J’aurais juste une petite remarque, en fait. Ça n’a pas l’air de gêner certains critiques outre-manche/atlantique, mais il y aurait quelques efforts à faire, linguistiquement parlant !
(Oui je sais, on s’en fout.)
Tags: Chroniques, Coup de Coeur







avril 22nd, 2009 à 13 h 13 min
Tiens ? J’ai failli le louper !
Je ne suis qu’aux premières notes mais ca commence très bien.
Je vais m’écouter ca ce soir… Excellente première impression sur Awakening également.
avril 22nd, 2009 à 13 h 24 min
Awakening, plus je l’écoute, plus je l’aime.
(J’ignorais que tu appréciais ce genre de musique !)
avril 22nd, 2009 à 14 h 24 min
J’ai passé mon adolescence avec un voisin de chambre qui écoutait du Cradle of Filth…
Il faut bien que j’aie des restes.
avril 22nd, 2009 à 14 h 26 min
Ah, ça aurait pu te vacciner aussi ! =D
En tout cas si tu adhères déjà au style, tu risques d’être pris assez longtemps dans celui-ci. Intelligent et prenant du début à la fin !