avr 09

D’un trait fin

#Lousia

Hand Of Fate by ~eliXile

Du bout de la plume, sans hésitation, mais sans forcer non plus, le trait barre solidement le nom sur la feuille. Comme écraser la dernière cigarette, sans regret, en savourant la dernière bouffée, il barre le nom d’un seul trait net, fin, sans bavure.

Le carnet dans la main, abandonné, il fixe les lettres mal terminées qui forment le nom de celle qu’il vient d’effacer. Au bout de la plume oscille encore des numéros, farandole de chiffres qui ne veulent rien dire, et qu’il met en désordre dans sa tête qui ne s’en souvient que trop bien.

Il mélange. Les photos avec les souvenirs, le vin avec les touches du téléphone, le carnet et la fumée du feu de tristesse qui flambe à l’autre bout de la pièce. Il danse seul d’un bout à l’autre de la chambre déserte, et les voilages doux se balancent au rythme de ces pas hésitants. Sous les housses des meubles abandonnés à leur sort, les fantômes agitent les odeurs dans lequel il se prend les pieds.

Je bois à tes lèvres qui tremblent, disent les photos qui flambent. Je souris à ton regard fixe qui scrute la ville où je me cache, je m’immisce au creux des draps froids, je te réchauffe à la flamme des regrets qui brûlent. Je t’entête de la fumée des souvenirs que tu crois pouvoir réduire en cendres, éparpillées.

Accoudé au balcon, la ville en arrière-plan, il s’accroche au carnet – Nom rayé, vie raturée, tout à recommencer. Le carnet comme la laisse du chien trop attaché à son maître, la corde que l’on met dans la main du suicidaire, le carnet qu’il tient avec des mains blanches, serrées.

L’odeur du brulé prend le pas sur le parfum qui rôde – Au cœur des volutes qui s’envolent au-dessus de la ville, des visages se forment, rieurs, moqueurs, s’amusant de son hésitation vaine.

Hand by ~eliiise

Hand by ~eliiise

Il écrase sa cigarette, quitte le balcon, et ferme la porte de l’appartement. Le feu prend le long des voilages, braises agitées, enflammant le lit déserté. Sur le balcon la brise effeuille le carnet, doucement, le caresse, l’ouvre à la page où le trait fin oscille sous l’effet de la chaleur, et où les numéros se tordent de rire.

› Texte inspiré par Comme des enfants, de Coeur de Pirate :


Coeur de Pirate || Comme des enfants from Dare To Care Records on Vimeo.
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  1. Biaise dit :

    Merci pour ces notes.

  2. Lousia dit :

    Merci à toi : )

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