A peu de choses près
Elle était en colère. Elle a descendu la rue avec toute la force de ses talons ; Les claquements en acier trempé dans ses larmes d’énervement résonnaient dans les détroits sinueux de Montmartre. Les bras ballants, elle a dévalé les escaliers de la butte comme elle avait détruit toutes les marches en bois de son immeuble. Avec force et fracas.
Le souffle court, les cheveux en pagaille, la sueur sur le front et au creux du dos, elle a continué à marcher comme un dieu vengeur dans la foule compacte des soirs parisiens. Bousculant tout sur son passage, modelant le paysage à son image ; Une épée dans l’eau.
Stairs to nowhere by =MichelRajkovic
Sa silhouette fine a disparu au coin d’une ruelle. Dehors les étals dégorgeaient leur lot de t-shirts et de fruits trop murs, de Benny en short à fleurs, de Misato en casquette et socquettes, de Marco avec un appareil photo posé sur son ventre mou.
Elle, la tête dans les mains, cachée dans l’ombre d’une rue déserte, entre deux poubelles, la chair à vif comme au premier jour. Elle, le regard sur le bout de ses pieds, obstinément baissé, les genoux sous ses seins, prostrée.
Et moi comme un fou, je dévalais les escaliers, bousculait les touristes, la tête en sang, les poumons en feu. Les Misato se dédoublaient devant mes yeux dans le vague, les Marco obèses prenaient toute la place sur les trottoirs, les Benny menaçaient d’appeler le 911.
Et moi comme un chien enragé, à perdre haleine, à sillonner les ruelles, à flanquer des coups de pieds aux poubelles, à déranger les pigeons roucoulant sous les ombres printanières.
Et moi et moi et moi et plus rien de toi.
Et moi et nous à en devenir fou.







Je te trouve ne très grande forme sur celui-là.
J’aime le poids de chaque note, vraiment.
Je triche.
j’aime bien la double description de la rue et sa faune, les deux passages..
[...] › A peu de choses près #1 [...]