[Photo-reportage] La France en kit : Récit épique de la banlieue pas chic
Parfois l’envie nous prend de prendre la route, sans but, et d’errer au petit bonheur la chance. Avec plus ou moins de succès, d’ailleurs.
Je me souviens de l’arrivée en République Tchèque. Il n’y avait rien, que des baraques écroulées et des bords de chemins fouillis, séparés des longues voies routières par d’immenses grillages haut de 3 mètres, peut-être, selon les passages. La ville n’est apparue que quelques minutes avant l’entrée dans la capitale, et les barbelés se sont envolés. Etrange impression que cette capitale magnifique, sortie de nulle part.
Que ressentent ceux qui arrivent à Paris par la route, pour la première fois ? Pensent-ils culture, Chanel, civilisation, tour Eiffel, romantisme, clichés, tailleurs-pantalons, place Vendôme, Louvre… ?
[Article à trolls]
Il y a fort à parier qu’il n’imagine rien de tout ça, sur le chemin qui l’amène à la capitale, sur les routes jalonnées d’usines, de zones industrielles, de trains rouillés, de campagne rase et de villages abandonnés. Parce que l’île de France est une des régions les plus délabrées et les plus déprimantes de France, peut-être.
« Chéri, tu as pensé à mettre les pneus neige et à emporter du répulsif anti-SDF ? »
Quand on débarque en Corrèze, on ne s’attend pas à voir une exposition sur Poussin et un 4 étoiles dans le village où l’on atterrit tant bien que mal, après avoir traduit les panneaux. On s’attend à du typique, du régional, on vient pour ça. Corrèze ou ailleurs, Bretagne, Nord, Bourgogne, Sud-Ouest… Chaque région a ses particularités, ses villages de pêcheurs, sa charcuterie locale, son festival, son histoire, ses résidences privées et sur-protégées pour 3ème âge (Nice uniquement).
Mais l’île de France ?
Hormis quelques villages typiques et bien cachés, ce qu’on en retient ce sont plutôt ces villes nouvelles qui ressemblent aux hôtels de Disneyland, ces centres commerciaux géants plantés en plein champs, et quelques maisons qui s’écroulent plantées le long des chemins du RER.
La curiosité locale : Les grottes taguées de La Falaise
… Qui attirent de nombreux touristes lors de l’ouverture des expositions :
Pas de quoi affoler un touriste, pas de quoi faire rêver qui que ce soit. C’est la tristesse à l’état pur. A se demander comment on peut vivre ici, dans des endroits où il n’y a rien – A peine une boucherie qui survit entre un Champion et un réparateur de pneus.
Lieu-dit « Le Grand Rien » :
Rien de joli, rien de remarquable – Ni la mer, ni la montagne, ni même une colline. Pas d’activité commerciale, économique.
Ou peut-être un peu d’agriculture, entre les poteaux électriques :
Rien que quelques centrales et usines chancelantes que l’on aperçoit entre deux rideaux de pluie ; Oui parce que forcément, le climat de la région est dégueulasse.
Oh, un être vivant ! Suivons-le, il nous montrera le chemin vers la terre ferme, comme les mouettes.
Il y a une certaine curiosité morbide à photographier tout cela, je sais.
Mais la provinciale qui a encore un peu de boue accrochée aux talons de ses chaussures, n’en revient toujours pas de se faire donner des leçons d’intérêt et de climat de la part des parisiens et autres franciliens, qui se gaussent des régions françaises (« Il pleut toujours en Bretagne », « Ils ne savent pas parler normalement dans le Sud-Ouest », « Au Nord, c’était les Corons ! », « Y’a de l’emploi dans le Sud à part dans les centres de gériatrie ? », etc.) – Peut-être histoire d’oublier où ils vivent, peut-être.
« La nuit tombe, il va peut-être demander le gîte… » – ROULE !
Qu’on ne s’y trompe pas : J’ai tout à coup un grand respect pour l’esprit de sacrifice et pour toute l’abnégation qu’ont les populations locales de ces villages mornes et insipides d’habiter là et de peupler, parfois même avec le sourire, tels des colons à la foi inébranlable, des coins déserts au vide abyssal.
Pour survivre, n’oubliez jamais votre GPS en territoire hostile.
Ce qu’il ne faut pas faire pour son lectorat, tout de même.
La semaine prochaine, c’est Normandie !














Et encore tu n’as pris de clichés que des coins semi désertiques…
Va donc faire un reportage photos dans certaines banlieues pas roses et moroses et là, on se demande vraiment comment on peut vivre ici ;o(( et l’image que peuvent en avoir les touristes qui s’égareraient pas là-bas !
@Manou : Ce serait intéressant, mais j’ai peur pour mon Reflex…
[Clichés, clichés !]
Effectivement les photos ne concernent qu’un coin de l’Ouest francilien, mais c’est vraiment terrible… !
ouille…
Va falloir que je prospecte des jolis coins avant que vous n’arriviez alors, pcq autant Cracovie est superbe, autant Varsovie est laide….Mais il y’à pire, ouf !
@PinkbOnO : Ce n’est pas la même chose quand on est l’étranger !
Et puis la laideur peut-être photogénique.
Là, c’est juste que c’est de la province perdue qui ne dit pas son nom, qui n’assume pas et qui en plus souffre d’un certain complexe de supériorité à l’égard de la « vraie province »…
En fait je comprends de plus en plus les provinciaux qui exècrent les parisiens.
Tu me dira, rien que dans mon village de 400 âmes bretons, hein, les touristes parisiens on ne les aimais déjà pas…
Effectivement, rien de plus hideux et déshumanisé que ces » fausses provinces » perdues d’ile de france, au croisement entre calme de la campagne, industrialisation et suffisance des ses villes fantômes qui prétendent une once de verdure et le charme des vraies provinces aux portes de paris. A tout vouloir elle n’ont rien eu et elles n’inspirent que grimace et répulsion.
Le fait de lire Lovecraft colle à merveille avec ton billet Lou… j’étais a deux doigts d’apercevoir une pieuvre hideuse passer dans le champ lugubre ^^.
C’est souvent difficile d’essayer malgré tout de « voir le beau dans l’ordinaire des villes dortoirs, des campagnes désertes ». Pour ma part, j’ai un peu de mal. J’ai vécu mon adolescence dans un trou de Seine et Marne où l’ on se languissait de grandir pour échapper à cette campagne immobile qui gangrènait la jeunesse, les projets et l’espoir. J’y ai réchappé. Coup de bol.
D’ailleurs globalement, je suis toujours perplexe quand je pense à ceux de nos ancêtres (ceux des livres d’histoire, où les imbéciles patinés deviennent supportables, où la poussière du passé teinte les foules hagardes des excuses séculaires, où le recul pare les hommes des intentions les plus nobles et arrondit, érode et assouplit l’égoïsme et la laideur) qui ont fondé des villes (par exemple Paris) dans des zones franchement pas géniales (pas de mer, pas de montagne, pas de soleil) et à toutes ces générations qui se sont accrochées sur place, se sont battues etc…Pourquoi n’a-t-on pas construit Paris au bord de la mer ? (et pas du Nord SVP !). Oups, je suis parisien. Qu’est ce que je fous là ?
Se ne serait pas un cliché d’avoir peur pour ton réflèxe, mais stupide surtout de ne pas avoir peur pour ta personne
Selon le secteur la France est un pays strictement dangereux, que l’on soit bourgeoise en Seine-St Denis**, ou beurette à Neully **, c’est selon. Du moment que tu ne colles pas au décor au point de t’y fondre les extrêmes se réveillent vite dans certains coins de l’hexagone.
Ah je me souviens, étudiant à l’époque, du RPG dans une cave Colmarienne …
**plus cliché je meurs … euh … argh’ .
hum…
C’est l’année dernière ou bien celle d’avant qu’un père de famille s’est fait poignardé devant sa femme et ces enfants alors qu’il prenait dans une citée chaude des photos de lampadaires que sa boite fabriquait ?!
Clichés ou non je n’irai pas tenter le diable malgré mon volume double de Lou et ma tête de bagnard.
….
@Bibox : Tu résumes parfaitement en 3 lignes ce que j’en pense… Et visiblement nous ne sommes pas les seuls à avoir cette opinion ! ^^
Par contre de pieuvres nous n’en avons pas vu ! Des corbeaux sinistres et d’étranges locaux semble-t-il heureux d’y passer leur dimanche… Ce qui est finalement bien plus perturbant qu’une pieuvre en plein champ.
@Mamzellescarlett : Ahah !
Cela dit, le fait d’y « réchapper », je crois que c’est quelque chose que tout provincial ambitionne aussi…
Mais j’avoue que lorsque nous avons croisé deux gamines l’air hagardes et dépressives sur le bord de la route, là, marchant sans rien faire… Brr !
@CMZ : Je suppose que la plupart des implantations des villes s’expliquent par des facteurs géographiques, géologiques et sociaux : Près des rivières, points élevés, sur le trajet des routes commerciales, etc…
Mais sinon oui, pourquoi nous ont-ils fourrés la capitale dans le nord, hein ?
@Ekios : Tu n’as pas faux pour la « différence »… Sauf que si tu es beurette à Neuilly, tu n’y laissera pas forcément ta peau. Au pire, tu sera prise pour la nounou des gamins du 4ème… (Hum.)
@PinkbOnO : Tu leur roulerai dessus, et ils ne feraient pas les fiers !
Hum.
/partie vite.
@Louisia : tout a fait, un peu comme une bonne sri lankaise au Liban.
Hélas, trois fois hélas la qualité des photos des photos présentées à le même niveau que le photographe.
Voir « le beau dans l’ordinaire des villes dortoirs et des campagnes désertes”, c’est fort possible, il suffit juste d’avoir un peu de talent, demande à Depardon, Franck etc…
Désolé pour le ton, mais le soit disant respect pour « l’esprit de sacrifice … tels des colons à la foi inébranlable, des coins déserts au vide abyssal. » ressemble plus à la pitié qu’à une authentique compréhension.
Quand à l’horreur que le vide de ces paysages provoque, sans doute est-ce parce qu’il semble faire écho au vide de ces cerveaux qui prétendent à faire des photographies alors qu’ils ne sont que pousse-bouton.